Discours de Bar Mitvah d’Elior Bouhnik

EliorPar Elior Bouhnik

Avant de commencer, j’aimerais dédier ma Bar Mitvah aux enfants tués, assassinés parce qu’ils étaient juifs, et qui n’ont pas pu célébrer leur Bar ou Bat Mitsvah :

Les trente-quatre enfants de Louveciennes, raflés et déportés le 31 juillet 1944 (dernier convoi du camp de Drancy) ; les enfants de Versailles déportés et assassinés notamment Adolphe BENHAMOU 8 ans, Amélie GOLDMANN 2 ans, Marcelle HOULY 11 ans et Roger SIMON 8 ans; et de nos jours assassinés à Toulouse Myriam MONSONEGO 7 ans, Gabriel SANDLER, 3 ans et Arie SANDLER 6 ans avec qui j’ai eu la joie de jouer et le bonheur de les rencontrer.

Je vais à présent allumer deux bougies en leur mémoire.

Remerciements et discours complet : ici

Merci d’être présents à mes côtés.

Il est d’usage lors d’un discours de Bar Mitsvah de parler de la Paracha. La Paracha, est le passage de la Thora que nous lisons donc chaque semaine (lundi, jeudi samedi et jours de fête). La lecture de la Paracha est suivie de la lecture de la Haftarah (textes des Prophètes), qui conclue l’office du samedi matin, ainsi que des jours de fêtes. La lecture de la Haftarah est effectuée selon certains commentateurs en souvenir du temps où le roi Antiochus IV Epiphane, en 168 avant l’ère chrétienne, avait interdit aux juifs de lire la Torah. Ils firent alors un substitut avec les textes des prophètes ayant un lien avec la Paracha.

Vous avez pu remarquer l’importance que prend la lecture de la Thora dans le déroulement de ma Bar Mitsvah. La lecture, le questionnement sont au cœur même du judaïsme. Ce n’est pas pour rien qu’on nous surnomme, le peuple du livre. Justement, ayant aujourd’hui ma majorité religieuse, il m’appartient de lire, de relire, de triturer, de lire aux éclats comme le dit Marc Alain Ouaknine dans son livre « Dieu et l’art de la pêche à la ligne ». Car il existe dans le judaïsme, différents types de lecture de la Thora :

La lecture PSCHAT, lecture littérale, « simple » par opposition à la lecture DRACH (allégorique) ou le SOD (sens mystique, caché), où l’on doit utiliser le Pilpoul (littéralement le Piment) pour effectuer cette gymnastique intellectuelle, sans parler de la Loi orale consignée dans la Michna et la Guémara, plus communément appelé le Talmud.

Regardons de plus près cette Paracha, elle se situe dans le 5ème livre de la Thora, Dévarim, (Deuteronome). On lit ce texte durant le mois d’Eloul, un mois très important (c’est le mois de ma naissance, le 8 Eloul) mais surtout car c’est un mois qui nous permet de nous préparer, de préparer notre introspection pour Rosh Achana (le nouvel an).

Dans cette Paracha, on traite uniquement de lois et devoirs, (77 selon Maïmonide), de règles à respecter en fonction de tel ou tel cas. La Thora traite de tout, par exemple comment se comporter avec ses semblables, famille, amis ou ennemis. Des Lois agricoles, comme par exemple ne pas labourer son champs avec un âne et un bœuf attelés ensemble, ou encore sur le fait de laisser après les moissons ou les récoltes, l’étranger, l’orphelin et la veuve venir glaner et prendre ce dont ils ont besoin. Ces Lois donnent souvent naissance à des contes Hassidiques.

Par exemple, nous avons pu lire que « Tu ne dois pas voir le bœuf ou la brebis de ton frère égarés et te dérober à eux : tu es tenu de les ramener à ton frère. Si ton frère n’est pas à ta portée ou si tu ne connais pas le propriétaire, tu recueilleras l’animal, et il restera chez toi jusqu’à ce que ton frère le réclame, alors tu le lui rendras, tu agiras de même à l’égard de son âne, de son manteau et de toutes choses que tu auras trouvées : tu n’as pas le droit de t’abstenir ».

Voici un conte Hassidique :

Rabbi Hanina et sa femme Naomi étaient très pauvres et ne mangeaient souvent que des légumes secs et des caroubes provenant de l’arbre de la cour. Un jour d’été, un homme arriva au village, il portait deux sacs de légumes afin de les vendre au marché, avec la vente du premier sac, il acheta des poulets. Il faisait très chaud et il voulut se reposer. Il entra dans la cour de rabbi Hanina pour se reposer à l’ombre du caroubier, posa les poulets et l’autre sac de légumes qui lui restait à vendre. Fatigué il s’endormit et ne se réveilla que tard dans la journée. Il se dépêcha, laissant les poulets dans la cour de rabbi Hanina les trouvant en sécurité et se précipita de nouveau au marché avec son second sac de légumes. A son retour il faisait nuit noir et ne trouva pas dans l’obscurité ses poulets. Entre temps, les poulets s’étaient manifestés car ils avaient faim. Naomi ne voyant pas de propriétaire demanda à son mari que faire de ses poulets affamés. Rabbi Hanina lui répliqua qu’ils devaient les nourrir et attendre le retour du propriétaire. Les poules se mirent à pondre, Rabbi Hanina dit qu’ils n’avaient pas le droit de prendre leurs œufs. Ces œufs ont donné naissance à de nouvelles volailles dont le nombre cru rapidement et il devint difficile pour Rabbi Hanina et sa femme de les nourrir. Rabbi Hanina décida d’échanger ces poulets contre trois chèvres. Des années s’écoulèrent et l’homme repassa devant la cour de rabbi Hanina, reconnut le caroubier et voulu savoir ce qu’il était advenu de ses poulets. Il interrogea le Rabbi. Celui-c,i après avoir vérifié qu’il s’agissait bien du propriétaire des poulets, lui montra les chèvres et lui dit que ces poulets étaient devenus dix chèvres, en lui expliquant devant son étonnement toute l’histoire et en lui disant que ces chèvres l’attendaient. L ‘homme voulut remercier Rabbi Hanina en lui donnant au moins une chèvre, celui-ci ne voulut rien car il n’avait fait qu’appliquer la Thora. Il dit à l’homme qu’il n’y avait qu’un seul être à remercier, c’était Dieu !

Mais dans cette Paracha très riche et très dense en enseignement, parfois, le texte peut paraitre obscur et demande des explications pour le comprendre. Par exemple dans cette Paracha, il est dit :

« Si, par hasard, en chemin, tu rencontres un nid d’oiseaux avec des petits ou des œufs, et la mère qui couve le nid, sur un arbre quelconque ou même à terre, tu ne devras pas t’emparer de la mère avec sa couvée :Tu es tenu de renvoyer la mère avant de t’emparer des petits et des œufs ; de la sorte, tu seras heureux et tu verras se prolonger tes jours ». Voici la lecture PCHAT de ce texte qui parait mystérieux et même horrible. Ce commandement du Chilouah’ a ken revêt un caractère énigmatique . Que veut-on nous enseigner ? Attirer la miséricorde sur un nid d’oiseaux ? Doit-on le rapprocher de commandement de « ne pas faire cuire le chevreau dans le lait de sa mère » ? ou « Tu ne sacrifieras pas la mère et le petit le même jour » ? Doit-on rapprocher ce texte avec le Décalogue (les dix paroles, ou 10 commandements en langage chrétien) ou la 5ème parole nous dit : « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que Dieu te donne ». On peut voir aisément le rapport Parents / Enfants…

Ce sont les deux seules fois où l’on nous parle de prolonger notre vie et de récompense (avec la mitsvah des tephilines que j’inaugure avec ma Bar Mitsvah). Pourquoi ces cas particuliers, pourquoi cette focalisation à analyser toutes les situations de la vie. Est-ce pour nous enseigner, nous faire réfléchir sur la cruauté vis à vis des animaux et au-delà des êtres humains? L’application du principe de mesure pour mesure ?

Dans les textes talmudiques, il y a comme d’habitude différentes interprétations :

Certains maîtres Hassidiques comme le Rabbi Nah’man de Braslav et le Rabbi Nahman de Neminov, voient dans cette mitsvah une rupture de causalité. Il existe un rapport entre la mère-Cause et les enfants-Effets. Les enfants ne peuvent exister que grâce à leurs parents. Si le nid d’oiseaux représente le lien entre la mère-cause et les enfants-effets, le renvoi du nid signifie la coupure de ce lien et une invitation à découvrir une autre logique, qui ne sera pas causale mais beaucoup plus ouverte sur le questionnement, passant ainsi de Bina à Hoh’ma.

Vous le voyez tout cela n’est pas très clair…Dans les débats talmudiques, certains y voient des enjeux entre miséricorde divine et justice.

Pour Abraham Ibn Ezra, commentateur médiéval, on manque de générosité en accomplissant cette mitsvah, mais on n’aura pas totalement détruit tout le nid, car on a abandonné l’essentiel, à savoir la mère (la partie la plus nutritive) et qui, de plus, pourra pondre à nouveau. C’est la garantie qu’aucune espèce ne sera jamais exterminée de la surface de la terre. Certains y voient une métaphore entre Dieu et le peuple d’Israel.

Moi je préfère l’interprétation de Maïmonide (XIIème siècle) qui nous dit : Qu’en laissant échapper la mère, celle-ci n’aura pas la douleur de voir prendre ses petits mais aussi que nous serions émus du spectacle des jeunes oisillons attendant le retour de leur mère et de la becquée et que nous serions dissuader de les prendre. De plus, de jeunes oisillons ne sont pas bons à manger, et pas très digestes. Donc si on ne prend pas les oisillons la vie sera prolongée. Celui qui n’agit pas avec cruauté et qui n’utilise pas un droit qui est le sien acquiert un mérite qui peut se traduire ensuite. Cette action n’est pas pour appeler la miséricorde divine sur les humains mais pour que les humains soient sensibles à toutes leurs actions même sur un simple nid d’oiseaux. La cruauté est mauvaise partout, de façon générale.

Cette mitsvah donne la bonne mesure de ce que l’on peut attendre de Dieu, mais aussi la bonne mesure de ce que l’on est en devoir d’accomplir.

Voilà j’attends avec impatience vos interprétationsEB

 

 

 

 

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