Birmanie, Thaïlande, Israël, même combat, même opprobre

ThailandePar Liliane Messika*

Ces temps-ci dans nos médias, on entend beaucoup parler de la Birmanie, surtout à propos des Rohingyas, mais plus du tout des démêlés de la Russie avec les Tchétchènes et presque jamais de ce qui se passe dans les provinces méridionales de la Thaïlande : Pattani, Yala et Narathiwat. Ce que ces trois pays ont en commun ? Une lutte opiniâtre contre des « séparatistes ».

« Séparatistes », c’est une AOC
Une appellation contrôlée, ça offre plein d’avantages : et d’une, tout le monde comprend du premier coup de QUI on parle, et de deux on contrôle que personne ne comprend de QUOI on parle. Mais le principal avantage, c’est d’établir le code qui permettra de définir « qui c’est les gentils » et « qui c’est les méchants ».

C’est important, le casting.
Imaginez que quelqu’un pense tout seul dans son coin.
Il risquerait de se demander s’il n’y a pas un point commun entre tous ces attentats dont on entend parler abondamment (quand il y a des dizaines de morts en Occident), un tout petit peu (quand il y en a des centaines de milliers au Mali ou au Soudan) ou pas du tout, soit parce que c’est loin (6000 en Thaïlande depuis 30 ans) soit parce que c’est bien fait pour eux (Israël).

C’est pour éviter le péril des libres penseurs solitaires que nos médias évitent soigneusement de préciser qui sont les « séparatistes » violents dont ils parlent. Car ceux-ci ont en commun d’appartenir à une religion de paix et de tolérance dont les textes sacrés ordonnent à ses fidèles de la propager sur toute la planète par le verbe, par le sabre ou par le ventre. Le ventre des femmes pieuses et surtout impies, s’entend.

Les seules occasions où cette religion est mentionnée, c’est au moment des représailles, quand les agresseurs se retrouvent en position de victimes.

Vous n’y croyez pas ? Ça fait « complot » ? Ça fait « révisionniste » ?

Travaux pratiques : exercice de décryptage
« L’ex-dissidente et dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, ancienne Prix Nobel de la paix, s’exprimera le 19 septembre » écrit Paris-Match, que l’on peut difficilement accuser d’extrémisme politique.

*** Lire les articles de Liliane Messika ***

L’ex-dissidente et dirigeante. Du temps où elle était en résidence surveillée, sur une durée de quinze ans, elle était « résistante ». Ce qui lui avait valu cette détention, c’était le dernier des trois mots du nom du parti politique qu’elle avait créé : la LND, ligue nationale démocratique. Pendant cette période, des élections de plus en plus démocratiques ont été organisées. Le parti qu’elle menait a gagné, mais comme la constitution interdit la Présidence du pays à un Birman marié à un étranger, elle ne le dirige qu’officieusement. Son titre officiel est « Conseillère spéciale de l’État, porte-parole de la présidence et ministre des Affaires étrangères ».

Ancienne Prix Nobel de la paix. Alors ça, c’est une première : on peut être « ancienne prix Nobel » ? En 1991, alors emprisonnée, Aung San Suu Kyi a bien reçu ce prix prestigieux, que nul ne lui a jamais retiré, ce qui fait d’elle le « Prix Nobel de la paix 1991 » tout court.

Elle avait déjà, l’année précédente, été lauréate du Prix Rafto pour les Droits humains et du Prix Sakharov pour la liberté de penser.

Sauf que, maintenant, elle combat les pacifiques Rohingyas qui se contentent d’assassiner de temps en temps un faucon bouddhiste.

Birmanie.jpgC’est cela qui est impardonnable aux yeux des peureux, euh des bien-pensants, de tous les pays, unis dans le soutien inconditionnel d’une idéologie totalitaire et raciste, qui distingue les hommes (musulmans) des sous-hommes (tous les autres), les hommes libres (mâles) des esclaves (les femmes) et divise le monde en deux catégories : Dar al Islam, la maison de l’islam et Dar al harb, la maison de la guerre.

Ce n’est pas le scoop qui motive les médias, c’est la peur
« Ce n’est pas le pouvoir qui corromps, mais la peur : la peur de perdre le pouvoir pour ceux qui l’exercent et la peur des matraques pour ceux que le pouvoir opprime » écrivait Aung San Suu Kyi en 1990.

Aujourd’hui, en France, il faudrait qu’elle ajoute « et c’est la menace de se faire traiter d’islamophobe qui paralyse la plume et souvent la pensée. »

C’est probablement cela qu’elle prévoyait, car dans le même discours, elle disait : « Dans sa forme la plus insidieuse, la peur prend le masque du bon sens, voire de la sagesse, en condamnant comme insensés, imprudents, inefficaces ou inutiles les petits gestes quotidiens de courage. »

Logo Liliane MessikaAujourd’hui, en France, la peur version « masque du bon sens et de la sagesse » consiste à traiter d’islamophobes tous ceux qui s’opposent au nouveau totalitarisme. LM

* Liliane Messika est écrivain (http://www.lili-ecritures.com/)

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Un commentaire

  1. tout à fait d’accord avec Liliane….nos médias occidentaux ont tendance à taxer d’islamophobes ceux qui osent critiquer, voire condamner, les crimes accomplis au nom de l’islam

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