« Permis.e.s de conduire » en Arabie saoudite

écriture inclusive.jpgPar Liliane Messika*

L’écriture inclusive pour exclure les élèves
Une polémique franco française porte sur « l’écriture inclusive », qu’un manuel scolaire tente d’introduire dans l’apprentissage de l’écriture des petit.e.s Français.e.s.

Non, vous n’avez pas vu double, c’est le principe même de cette écriture, qui oblige à ajouter un « e » pour le féminin à la fin de chaque mot masculin. De quoi dégoûter toutes nos têtes blonde.brune.roux.ss.e.s d’apprendre à lire.

Le ridicule ne tue pas, mais il fait du mal aux non-mâles
Pourquoi compliquer l’écriture au point de rendre illisible n’importe quelle phrase simple ? Mais enfin, étourdis que vous êtes ! Pour faire avancer la cause féministe, bien sûr ! En tout cas c’est ce que disait une ministre (combien de .e.s ?) de l’Education Nationale que nous nous dépêcherons d’oublier.

Attention, hein, la cause fémiNISTE, parce que l’auteur de ces lignes, qui est une femme (au sens genré ET sexué du terme) considère que ça fait surtout avancer la cause des misogynes en ridiculisant aussi bien le genre que le sexe féminins…

La paille française et la poutre saoudienne
Les féministes dogmatiques de notre pays ont bien de la chance : elles se battent contre des moulins à vent.r.e, elles votent pour une femme maire (mais pas mère) qui veut chasser la voiture du centre de Paris alors qu’à 6000 kilomètres, la situation est bien différente.

Puisqu’une image vaut mille mots, celle-ci est valable jusqu’en juin 2018 :

women fly F16.jpgEn français dans le texte, « Il y a plus de femmes pilotes de F16 en Israël que de conductrices d’automobiles en Arabie saoudite ».

Une photo avec une date de péremption ?
Oui. Car à partir de juin 2018, les Saoudiennes auront le droit de conduire sans leur tuteur. Soyons clair.e.s, jusqu’à présent, cela n’avait rien à voir avec la « conduite accompagnée » telle que nous la connaissons sous nos latitudes. Aujourd’hui, à Djeddah, l’autorisation de son tuteur légal est indispensable à une femme pour conduire une voiture.

Soyons re-clair.e.s, cette mesure ne concerne pas seulement les femmes handicapées mentales ou démentes. Quoique… Il semble qu’en Arabie Saoudite, le seul fait de n’avoir pas de pénis vous condamne à cette sous-catégorie mise sous tutelle chez nous.

*** Lire les articles de Liliane Messika ***

Le changement, c’est maintenant : le roi Salmane vient de décider que malgré ce péché originel, les femmes saoudiennes n’auront plus besoin d’obtenir l’accord de leur tuteur légal pour passer leur permis et pour conduire. Ce tuteur légal, alors, c’est qui ? Eh bien, le père, le mari, le frère… tout ce qui porte djellaba, mais pas voile.

Une décision révolutionnaire… qui était Loi dans tous les autres pays du monde
En France, le permis de conduire existe depuis 1922, sans distinction entre les conducteur.trice.s.

Les Saoudiennes auront dû attendre 96 ans pour obtenir le même droit que les Françaises. Et encore, il a fallu des chiffres pour convaincre le monarque : dans les familles où on autorisait les femmes à sortir de chez elles (ce n’était pas la majorité, mais on n’a pas de statistiques), cela ajoutait au budget le salaire mensuel d’un chauffeur (au masculin exclusivement), en moyenne un peu moins de 1000 € par mois. Charges comprises puisqu’il n’y en a pas dans les monarchies pétrolières.

Mais qui dit « pétrolières » dit « crise économique », d’où l’immense progrès social en direction des pétroleuses.

6000 kilomètres ou 15 siècles de distance ?
Résolument 6000 kilomètres. Parce que, au même moment, le 23 septembre 2017[1], Miss Turquie a été déchue de son titre à peine obtenu pour raisons d’État. En l’occurrence, un tweet comparant le sang de ses règles avec celui des victimes d’Erdogan suite au coup d’Etat manqué contre lui en juillet 2016. « L’organisation Miss Turkey, dont l’objectif est de promouvoir et soigner l’image de la Turquie dans le monde, ne peut accepter une telle publication » a expliqué sobrement l’homologue turc de notre Madame-de-Fontenay nationale.

Logo Liliane MessikaAlors bienheureuses les pauvres féministes françaises qui n’ont rien de plus dangereux à combattre que l’orthographe déjà en voie de disparition ! LM♦

* Liliane Messika est écrivain (http://www.lili-ecritures.com/)

[1] Quotidien Le Soir

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Un commentaire

  1. Bravo. Parions que d’ici peu par la grâce d’Hidalgo les parisiennes n’auront plus aucun besoin de permis de conduire: toutes à vélo!
    Marc

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