
La disparition de l’Empire romain intéresse les commentateurs de la politique internationale
Fondée le 21 avril 753 av. J.-C. Rome a connu un développement extraordinaire. Dans un premier temps, elle est gouvernée par des rois latins, puis elle passe sous la domination des Étrusques, elle reprend son indépendance s’organisant en République. Après les guerres puniques elle s’impose en méditerranée, se transforme en un Empire qui a connu plusieurs périodes : Pax Romana ; guerre civile ; réformes drastiques avec division de l’empire en deux ; disparition de l’empire d’Occident ; continuation de l’empire d’Orient ; tentative de reconstituer l’empire par l’empereur d’orient Justinien et finalement prise de Constantinople par les Ottomans.
Le déclin et la chute de l’Empire romain ont fait l’objet de nombreuses études par les historiens. On compte 210 théories explicatives. Des commentateurs politiques actuellement réfléchissent sur cet exemple pour imaginer ce que pourrait être le devenir de l’actuelle emprise occidentale sur le monde, dans un contexte où aujourd’hui le modèle et l’emprise de l’occident sont de plus en plus contestés au profit d’un monde multipolaire.
L’emprise de l’Occident sur le monde et l’Empire romain
L’emprise occidentale sur le monde n’est pas comparable à celle de l’Empire romain sur les 44 territoires qu’il a dominés. Rome s’est imposé par les armes et après un long déclin a chuté par les armes. Si l’emprise de l’Occident a été établie par les armes (empires coloniaux 1500/1800 et nouvel impérialisme 1815/1870), elle continue malgré le démembrement des empires coloniaux de 1945 à 1970. L’Occident, depuis la fin de la guerre froide, a voulu orienter les règles du jeu mondial, en s’ingérant, en cherchant à diffuser ses valeurs démocratiques, en poussant à des changements de régime… Il impose dans le monde sa culture héritée de la Grèce antique (pensée, science), de la Rome antique (droit) et de ses religions judéo-chrétiennes.
L’emprise occidentale est rarement directe, gouvernementale, physique, mais plus souvent économique, intellectuelle, virtuelle. L’ascendant date des colonies, des guerres mondiales, de l’avance technologique et sociale des pays occidentaux, il permet aux pays occidentaux d’asseoir leur autorité sur le reste du monde, d’établir des relations inégalitaires, de dominer. Or cette emprise est aujourd’hui largement contestée et donc en déclin. C’est ici la source de l’intérêt des observateurs pour le déclin de l’Empire romain vu comme un exemple pour anticiper celui de l’emprise occidentale.
Le déclin de l’emprise occidentale
Le déclin commence avec la diminution de certains facteurs clés qui ont fait le succès de l’Occident : la science, la société de consommation, l’éthique du travail. Les Occidentaux font de moins en moins d’études d’ingénieur, et ceux qui en font se tournent de plus en plus vers des métiers de la finance très rémunérateurs, mais pas créateurs de valeur à long terme. La jeunesse remet en cause la société de consommation et le nombre d’adeptes de la décroissance est en forte augmentation. Enfin, le travail n’est plus une libération, les jeunes occidentaux ne veulent plus gâcher leur vie à la gagner.
Le déclin s’installe avec les mêmes facteurs que ceux qu’a connus l’Empire romain :
— Difficultés économiques et déclin de l’agriculture : l’Occident a du mal à résister à la concurrence des pays qui ont des mains d’œuvres bon marché avec des pratiques moins exigeantes en matière sociale, environnementale,
— Difficultés sociales avec des populations qui veulent leur part du gâteau, ne veulent plus faire certaines tâches, de nombreux emplois sont vacants,
— Effondrement de la pratique religieuse dans la chrétienté, multiplications des dérives sectaires, exacerbation du rigorisme chez les musulmans,
— Problèmes politiques avec l’essoufflement des démocraties qui sont de moins en moins un modèle et multiplication des démocratures,
— Questions militaires avec des pays qui ont peu investi dans leur défense et des populations pas prêtes à se battre, les va-t-en-guerre ne se trouvent que sur les plateaux de télévision (intellectuels, journalistes, artistes…),
— Nombreuses migrations, 100 millions de migrants par an, beaucoup en direction des pays développés, avec des migrants qui ne sont pas attirés par une culture, un mode de vie, mais cherchent un meilleur environnement économique pour vivre selon leurs habitudes,
— Multiplication des épidémies (aviaire, Covid…) qui apportent leur lot de destruction et de création,
— Problème du réchauffement climatique qui remet totalement en cause le mode de vie occidental comme modèle de production et de consommation pour l’ensemble du monde.
Du déclin à la fin de l’emprise et à l’acceptation d’un monde multipolaire
De l’apogée de la Pax Romana (180) à la chute de Rome (476) il y a eu près de 3 siècles et l’Empire byzantin héritier a continué pendant 10 siècles. La guerre en Ukraine, une énième guerre entre blancs n’intéresse pas tant que cela la planète même si une majorité de pays dénonce l’agression russe. Elle démontre cependant la naïveté de l’Occident qui croyait avoir définitivement gagné au moment de l’effondrement de l’Empire soviétique et pensait qu’il s’était imposé, que le monde évoluerait à son image, que le modèle de la démocratie se généraliserait.
Personne ne souhaite perpétuer l’ordre mondial actuel, à l’exception des États-Unis et de leurs alliés. De plus, il faut compter sur la montée en puissance de la Chine ; le monde va devenir de plus en plus multipolaire et l’occident va devoir apprendre à naviguer dans de nouvelles eaux internationales et voir s’affaiblir progressivement sa supériorité technologique et économique. Des scénarios de revanche de certains pays ne sont pas à exclure.
L’Europe va-t-elle sortir de l’histoire et quel avenir pour la petite Union européenne ?
L’emprise occidentale a d’abord été l’emprise européenne sur le monde avant d’être conduite par les États-Unis et de devenir l’Emprise américaine. De la même façon que l’Empire romain a commencé à Rome pour finir à Byzance, la domination occidentale a été établie par l’Europe avant que les États-Unis, à la faveur des deux guerres mondiales, n’en deviennent le chef de file et finissent par imposer principalement leurs volontés, leurs intérêts.
La guerre d’Ukraine est un suicide de l’Europe géographique qui verra s’affaiblir, être vassalisés, l’Union européenne et la Russie au profit des États-Unis et de la Chine, qui vont se disputer la prééminence sur le monde dans les années à venir. Les chutes de l’Empire romain (476/1453) préfigurent-elles celles de l’Emprise occidentale, celle de l’Europe, et celle des États-Unis plus tard ? L’Histoire ne se répète pas, mais ne se singe-t-elle pas ?
L’Union européenne est confrontée à des défis internes : divisions politiques et économiques ; tensions croissantes entre les États membres et les institutions européennes. Elle a des atouts importants, tels que son poids économique, sa capacité d’innovation, sa diplomatie pour promouvoir la coopération internationale, source de la stabilité dans le monde.
L’avenir de l’Union européenne face aux États-Unis et à la Chine dépendra en grande partie de sa capacité à surmonter ses divisions, à renforcer sa position sur la scène internationale en survivant au déclin de l’emprise occidentale.
Pour aller plus loin :
Une citation
« L’avenir est une porte, le passé en est la clé »
Victor Hugo.
Une blague
Un homme s’assoit sur une branche et entreprend de la scier. Un voisin passe et lui dit :
– Ne faites pas ça !
– Quoi ?
– Ne faites pas ça, je vous dis. Si vous sciez la branche sur laquelle vous êtes assis, vous allez tomber avec.
– De quoi je me mêle ? Je scie ma branche comme je veux… Allez-vous faire voir !
Le voisin, haussant les épaules, s’éloigne et le type continue, allègrement, à scier la branche. Et, bien sûr, quand elle est sciée, il fait, avec elle, une chute de plusieurs mètres. À moitié assommé, il se dit alors, en pensant à son voisin de tout à l’heure :
– Bon Dieu ! Si j’avais su qu’il prévoyait l’avenir, je l’aurais écouté ! MB♦

Michel Bruley, MABATIM.INFO
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