חג סוכות שמח – Bonne fête de Soukot 2023

[29 septembre 2023]

J’écoutais l’autre jour un standapiste juif américain qui expliquait combien nous les Juifs nous avons un rapport curieux au temps qui passe. Nous avons parfois des questions qui peuvent sembler étranges :

À quelle heure shabbat entre-t-il ? Et à quelle heure sort-il ?

Pour nous, c’est une question banale et les journaux nous en indiquent d’ailleurs l’heure précise.

Les jours de la semaine n’entrent pas et ne sortent pas, ils sont là tout simplement1: nous sommes dimanche ou lundi ou samedi. Ah oui, samedi peut-être, mais pas shabbat dont la majesté le fait entrer et sortir presque comme une personne !

Et cette question singulière :

Combien de temps attends-tu ? Qu’attend-il ? Seuls les Juifs comprennent la question2.

De même il est difficile de faire comprendre que nous vivons avec deux calendriers, le calendrier לועזי (loazi)3 et le calendrier juif, ce qui provoque ces questions curieuses :

Quand est ce Soukot ? Le 15 Tichri oui, mais cette année(sous-entendu quelle date correspond au 15 Tichri cette année) ? Cette année c’est toujours le 15 du mois de Tishri mais la date varie sur la calendrier לועזי (loazi).

Et les non-Juifs de se gratter la tête en se demandant pourquoi nous sommes si compliqués…

Ne pensez pas que seuls les Juifs de Diaspora naviguent entre ces deux calendriers, ici aussi (en Israël, NDLR, les documents officiels sont datés d’une double date ainsi que journaux, les sites d’information y compris Haaretz.

Ce numéro est daté du 28 mai 2013 mais aussi du 19 sivan תש‟ג (tash’ag) soit l’année 5773

C’est ainsi que nous comptons très précisément les heures et les minutes, pour les prières, les lois de cacherout, le shabbat, les fêtes, etc.

En fait, il n’y a que les êtres humains que nous ne devons pas compter : chacun de nous a un nom et le remplacer par un numéro revient à le déshumaniser. À l’époque du Temple, les recensements se faisaient par le don d’un demi shekel. Ce sont ces pièces qui étaient comptées, pas les gens et tant pis si le recensement n’était pas précis, puisque seul les chefs de familles donnaient ce demi-shekel.

(Cette pièce d’un demi-shekel date de l’époque de la révolte de Bar Kokhba, soit du premier siècle de l’ère chrétienne, d’un côté le dessin de trois grenades et de l’autre l’inscription Jérusalem, la sainte. Photo Tal Rogovsky)

Mais pour le reste, le compte a commencé dès le livre de Bereshit (Genèse) dans le récit de la création du monde en 6 jours4.

Bien plus tard, le roi Salomon comptera les temps et nous dira qu’il y a un temps pour tout. Il les comptera ainsi dans ce texte que nous lisons pendant la fête de Soukot :

II y a un temps pour tout, et chaque chose a son heure sous le ciel, un temps pour tuer et un temps pour guérir, un temps pour démolir et un temps pour bâtir ; un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser ; un temps pour jeter des pierres et un temps pour ramasser des pierres, un temps pour embrasser et un temps pour repousser les caresses ; un temps pour chercher [ce qui est perdu] et un temps pour perdre, un temps pour conserver et un temps pour dissiper ; un temps pour déchirer et un temps pour coudre, un temps pour se taire et un temps pour parler ; un temps pour aimer et un temps pour haïr, un temps pour la guerre et un temps pour la paix.
(Qohelet-Ecclesiaste 3,1-8) :

לַכֹּל, זְמָן ; וְעֵת לְכָל-חֵפֶץ, תַּחַת הַשָּׁמָיִם. עֵת לַהֲרוֹג וְעֵת לִרְפּוֹא, עֵת לִפְרוֹץ וְעֵת לִבְנוֹת. עֵת לִבְכּוֹת וְעֵת לִשְׂחוֹק, עֵת סְפוֹד וְעֵת רְקוֹד. עֵת לְהַשְׁלִיךְ אֲבָנִים, וְעֵת כְּנוֹס אֲבָנִים ; עֵת לַחֲבוֹק, וְעֵת לִרְחֹק מֵחַבֵּק. עֵת לְבַקֵּשׁ וְעֵת לְאַבֵּד, עֵת לִשְׁמוֹר וְעֵת לְהַשְׁלִיךְ. עֵת לִקְרוֹעַ וְעֵת לִתְפּוֹר, עֵת לַחֲשׁוֹת וְעֵת לְדַבֵּר. עֵת לֶאֱהֹב וְעֵת לִשְׂנֹא, עֵת מִלְחָמָה וְעֵת שָׁלוֹם

Nous vivons dans un monde agité, global et confus qui à tendance à tout mélanger, à effacer toute frontière et tout genre, toute patience aussi car seule l’immédiateté est importante. Nous ne décomptons plus et ne différencions plus.

Le roi Salomon mentionne une vérité fondamentale selon laquelle il y a un temps et une saison pour tout. Et ceci précisément pour permettre à chacun de croître et prospérer dans son domaine. Il est important de séparer et de différencier les temps, de juger si et quand cela est bon pour nous. Comme le disait Avraham Ibn Ezra :

Une personne doit tout faire au moment qui lui convient.חייב אדם לעשות כל דבר בעתו

Après l’anniversaire de la création du monde à Rosh Hashana qui a duré 6 jours, et le jour mis à part du retour sur soi à Kippour, vient le temps de la construction : construction de la cabane de Soukot évidemment mais aussi de notre esprit, de notre société et donc de la nation.

Il est dit dans le livre du prophète Ishaya (Isaïe) :

Tous tes fils seront les apprentis de Dieu ; grande sera la concorde entre tes enfants.
וְכָל-בָּנַיִךְ,לִמּוּדֵי יְהוָה ;וְרַב,שְׁלוֹם בָּנָיִךְ.

Aussitôt ou presque, à l’époque des Amoraim5, nos Sages écrivirent de nombreux articles sur cette phrase, qui furent publiés dans le Talmud de Jérusalem et celui de Babylone et conclurent ainsi :

אַל תִּקְרֵי בָנַיִךְ אֶלָּא בונָיִךְ :
Ne les appelle pas fils mais bâtisseurs.

Ce qui signifie que nous devons encore et encore construire pour apporter la paix à la nation. Et ils avaient raison, car qu’est-ce qu’un fils sinon celui par qui la famille se construit ? Le verbe בונים (bonim) à la forme Pa’al – ils construisent (ou les constructeurs) – vient de la racine ב.נ.ה (B.N.H) qui, lorsqu’il est employé à la forme causative Hif’il, donne le verbe מבינים (mevinim), ils comprennent : La compréhension est le résultat d’une construction mentale.

(Manuscrit enluminé sur parchemin, en provenance de Furth, Allemagne 1738 : bénédiction en entrant dans la souka. Bibliothèque Nationale Israélienne. Jérusalem)

La météo nous promet que les premières pluies tomberont à la fin de Soukot !

חג סוכות שמח

Bonne fête de Soukot

À bientôt, HB♦

HannahBoker Tov Yerushalaim


1 Bien que selon notre calendrier, ils commencent la veille au soir et non pas à minuit !

2 Combien de temps attends-tu ? Sous-entendu combien de temps attends-tu pour manger du fromage après avoir mangé de la viande ? En fait le temps d’attente est variable selon les communautés. La guemara se contente de dire : זמן מה (zman ma) un certain temps !

3 לועזי (loazi) étranger est un adjectif vient de l’expression מעם לועז (meam loez) qui vient d’un peuple étranger qu’on trouve dans le livre de Tehilim 114, 1 : בְּצֵאת יִשְׂרָאֵל, מִמִּצְרָיִם ; בֵּית יַעֲקֹב, מֵעַם לֹעֵז, Quand Israël sortit de l’Égypte, la maison de Jacob du milieu d’un peuple à la langue étrangère, phrase reprise dans le texte de la Haggadah.
Cet adjectif לועזי (loazi) ne s’emploie que pour des langues et non pas des personnes et est assez littéraire.

4 La création du monde en 6 jours : https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/10/16/la-creation-du-monde-ou-le-feuilleton-de-rosh-hashana-1ere-et-2e-partie/

5 Amoraïm : du mot amora- orateur, commentateur : érudits qui enseignaient dans les universités talmudiques du troisième au sixième siècle en Eretz Israël, principalement à Tzippori, Lod, Césarée et Tibériade et en Babylonie à Sura, Nehardeah et Pumbeditha


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