Se protéger des manipulateurs religieux est un travail pour Sisyphe

En Europe, le déclin culturel du Moyen Âge a été dû au christianisme

Pour Voltaire le Moyen Âge est une période pervertie par l’obscurantisme de la religion chrétienne, promotrice de l’ignorance. Avant la chute de l’Empire romain d’occident (476), le christianisme était religion d’État et les païens avaient été bannis de l’administration, de l’armée… Les nouveaux maîtres barbares ont vite compris l’intérêt qu’ils avaient à se servir du christianisme comme moyen de manipulation pour s’imposer dans les territoires qu’ils venaient de conquérir. Le roi des Francs Clovis se convertit et si les Wisigoths sont dans un premier temps des hérétiques, car adeptes de l’arianisme, ils se convertissent avant la fin du VIᵉ siècle.

Les rois « barbares » organisent des conciles qu’ils président, et ils contrôlent presque toujours la nomination des évêques. Le mot évêque vient du grec episkopos « celui qui surveille », c’est le modèle du pasteur qui surveille le troupeau. Dans cet esprit, les églises sont des structures d’encadrement des populations, de leurs croyances pour les conduire à leur salut. La rupture avec la culture classique antique n’est pas due aux barbares, mais au christianisme. La première rupture, c’est celle du grec au profit du latin pour des raisons politiques (opposition à Constantinople), mais la plus grande rupture se fait dans les domaines scientifiques et philosophiques. Il n’y a des traductions du grec vers le latin que pour la bible et quelques textes médicaux.

Les écoles selon le modèle antique (savoir lire et écrire) disparaissent presque partout dans la seconde moitié du VIᵉ. L’Église forme ses cadres orientés vers les connaissances sacrées. Désormais, les hommes cultivés sont presque toujours des clercs et s’il y a des laïcs, ils sont formés par des institutions religieuses. Les intellectuels se mettent au service de la religion, par exemple l’histoire vise à édifier et convertir, on multiplie les vies des saints empreintes de miraculeux. Finalement, l’Église a modifié, abandonné, intégré, synthétisé, le savoir (romain, grec…) l’influençant de ses propres préoccupations. Le VIIᵉ siècle est sans conteste une période de déclin de la culture.

Les Rois occidentaux et l’Église de Rome se sont mutuellement aidés à prendre le pouvoir

Si les rois barbares se sont appuyés sur l’Église de Rome, cette dernière en retour s’est servie d’eux pour s’affranchir de l’empereur d’Orient, pour imposer ses vues et propulser le pape comme référent. Les évêques sont de véritables hommes politiques et certains jouent un rôle dans les affaires de l’État. Cependant, sous Charlemagne, l’empire reste une mosaïque de pouvoirs, avec une diversité des lois en fonction des groupes sociaux et de la géographie. Le projet à long terme d’unification de l’Église qui concerne les clercs, les moines et touche aussi les laïcs, commence sous Pépin et fonctionne à plein sous Louis le Pieux.

La renaissance carolingienne (langue, instruction – du clergé en priorité –, étude de lettres profanes…) vise à renforcer l’unité et la connexion de la société. C’est la première politique culturelle occidentale. Cependant, la culture carolingienne reste une culture de l’élite et l’exigence sur la qualité de la langue latine finit par séparer la langue de l’élite de celle du peuple (le futur français). À partir de 900, une société plus hiérarchisée se met en place et les rôles dans la société se répartissent de la façon suivante : défense pour les nobles ; production pour les laïcs ; prières pour les moines ; surveillance pour les clercs. L’imbrication de l’Église et de la société civile est la norme. Les vicomtes de Marseille par exemple se transmettent la dignité d’évêque, d’oncle à neveu sans discontinuer de 954 à 1073.

L’Église de Rome a cherché à imposer une théocratie

Grégoire VII définit la supériorité du pape et une théocratie absolue : seul le pontife peut déposer ou absoudre un évêque ; tous les princes doivent baiser les pieds du pape ; le pape peut déposer les empereurs ; aucun synode ne peut être appelé général sans son ordre ; aucun texte canonique n’existe sans son autorité ; il ne doit être jugé par personne ; l’Église romaine n’a jamais erré et n’errera jamais ; le pape peut délier les serments de fidélité faits aux injustes…

Pour le pape, le pouvoir des rois vient du diable (force), il faut séparer les laïcs des clercs (dont le pouvoir vient de Dieu). L’Église se veut indépendante, supérieure moralement, productrice des lois, le pape ne doit être désigné/élu que par les cardinaux. Après de nombreux conflits avec l’empereur et les laïcs, un compromis est trouvé avec la double investiture des évêques, religieuse par le pape et temporelle (pour les terres) par les rois ou l’empereur. Cependant, l’affirmation de la supériorité pontificale précipita la rupture avec l’Église grecque et après la conquête, le pillage, de Constantinople par les croisés en 1204, les Églises d’orient et d’occident sont définitivement séparées.

Le rôle des évêques change, ils deviennent l’instrument local du pape, ils doivent réunir une fois par an un synode diocésain pour transmettre les décisions de l’Église. L’aristocratie perd pour partie le contrôle des monastères familiaux, biens et revenus n’appartiennent plus qu’à l’Église, ce qui va asseoir son opulence. La monarchie pontificale se mue en véritable absolutisme et met en place l’administration la plus efficace de tout l’occident.

Pour encadrer les laïcs, l’Église au 12ᵉ siècle, fixe les 7 sacrements, multiplie les traités pour faire des sermons, pour étendre son contrôle, elle crée l’obligation de la confession annuelle (recommandation de se confesser 3 ou 4 fois par an) et invente le purgatoire parce que la vision binaire paradis/enfer finissait par faire trop peur. Enfin, des ordres militaires sont créés, le premier, les Templiers, en 1119 à Jérusalem, officialisé au concile de Troyes en 1129.

L’échec de la théocratie a amorcé la fin de l’emprise du christianisme sur la société européenne

Les croisades, lancées, justifiées par les papes, ont exprimé les contradictions du monde médiéval, un mélange de chevalerie, barbarie, religion, guerre. Les croisades ont eu comme résultats durables, le déclin irrémédiable de l’Empire byzantin après l’éphémère Empire latin issu de la 4ᵉ croisade et la séparation définitive avec les Églises d’orient.

La théocratie pontificale a cherché son apothéose en voulant juger les rois, mais ces derniers se sont violemment opposés, comme Philippe IV le Bel face à Boniface VIII. Il s’ensuivra la période dite du Grand Schisme d’Occident, une lutte interne à l’Église qui durera 40 ans où chaque partie est soutenue par un État. On sort finalement du conflit par un concile qui définit sa supériorité sur le pape et dans la plupart des royaumes comme en France avec Charles VII se créent des Églises nationales qui adaptent les institutions religieuses au pays.

En parallèle, il y a la diffusion toujours plus importante de l’écrit facilité par l’innovation du papier ; la création de nombreuses bibliothèques ; l’intérêt pour les auteurs antiques considérés comme des modèles ; les nombreuses discussions/débats théologiques s’attaquant au dogme dans les universités ; les contestations du dogme (les Vaudois, les lollards qui traduisent la Bible en anglais, les hussites qui prêchent en langue vulgaire et si Hus est brûlé, la révolte finit par gagner après un accord). Tout cela amorce la renaissance au tournant du XIIIᵉ et du XIVᵉ, même si le déploiement ne s’est fait qu’au XVᵉ.

Finalement, après l’échec de la théocratie catholique romaine, la renaissance, le protestantisme, le siècle des Lumières, différentes révolutions, de nombreux combats démocratiques comme la séparation de l’Église et de l’État en France (1905), le christianisme est suffisamment bousculé pour mettre fin à son emprise sur la société européenne.

Cependant, la laïcité n’a pas encore totalement gagné et doit faire face à une nouvelle menace : l’islamisme. Bonjour Sisyphe !

J’aurais voulu finir sur une note humoristique, j’avais une blague sur Sisyphe, mais je vous l’épargne, car elle est trop répétitive 🙂 MB♦

Michel Bruley, MABATIM.INFO


En savoir plus sur MABATIM.INFO

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire. Il sera visible dès sa validation.