Rétrospective Lanzmann au Centre Pompidou : ZIVA POSTEC chef-monteuse de « SHOAH » évincée !

Centre Pompidou du 3 novembre au 18 décembre 2023

Au regard de la barbarie islamiste qui a déferlé sur le Sud d’Israël le 7 octobre, en bordure de Gaza, l’abjection de cette éviction dont sont responsables le Centre Pompidou et la Fondation Lanzmann, parait certes dérisoire.

Considérant que son travail sur le film de Claude Lanzmann « Shoah », durant près de 6 ans, témoigne suffisamment pour elle, Ziva Postec, dégoûtée par ce type de procédé de la part de ces institutions qui pourtant se veulent des lieux de culture, c’est-à-dire, en principe des lieux d’échanges et de débats, ne voulait plus donner suite à sa révolte exprimée auprès de ses censeurs.

Je l’ai persuadée du contraire. La presse notamment cinématographique, les cinéastes et leurs organisations, les intervenants prévus à cette manifestation, les spectateurs, doivent savoir de quelle manigance elle a été victime.

Ayant eu à collaborer avec Ziva Postec durant une dizaine d’années pour mon dernier film « Israël, le voyage interdit », une tétralogie de 11 heures, en tant que coproductrice et surtout chef-monteuse, j’ai pu mesurer pour ma part le très grand talent qui permit aussi au film de Lanzmann d’être ce qu’il est. D’où mon soutien.

Ziva Postec

Il y a 3 ans, la Revue française de Psychanalyse lui rendait hommage :
https://www.rfpsy.fr/entretien-avec-ziva-postec/

L’affaire, en bref…

Informée par des amis étonnés de son absence d’une telle manifestation, Ziva Postec interrogea les deux institutions organisatrices de cet évènement : le Centre Pompidou et l’Association Lanzmann présidée par Mme Dominique Lanzmann.

Extraits de leurs échanges :

— Arnaud Hee, Programmateur (14 sept. 2023)

Dans la préparation de la rétrospective, j’ai vite constaté des tensions, des scissions profondes et inconciliables dans la « famille lanzmanienne ». J’ai tenté de naviguer au mieux – je ne dis pas que je l’ai bien fait, mais j’ai fait de mon mieux.

Le choix de ne pas vous convier ne peut que vous heurter, tant vous êtes une actrice et témoin majeure et essentielle de la fabrique de Shoah.

Je m’y suis résolu quand j’ai pris conscience – plus que connaissance dans le détail – de profonds différends, allant jusqu’au terrain judiciaire, et le rendu d’un jugement.

Travaillant en étroite collaboration avec l’Association Claude et Félix Lanzmann, présidée par Dominique Lanzmann, légataire du droit moral sur l’intégralité de l’œuvre (elle ne m’a pas pour autant dicté la programmation), j’ai considéré, pas de gaieté de cœur, que c’était ce que je devais faire. »

— Dominique Lanzmann (20 sept. 2023)

Votre nom m’est familier depuis la première fois que j’ai vu Shoah car il est très visible dans les génériques. Si Claude Lanzmann, dont j’ai partagé la vie pendant 28 ans, m’a confié le droit moral sur l’intégralité de son œuvre, je ne prétends pas pour autant jouir d’un droit de veto sur les manifestations qui fleurissent dans le monde entier autour de son œuvre.

Arnaud Hee, initiateur et programmateur de la rétrospective complète à la BPI de Beaubourg, après s’être nourri des suggestions des uns et des autres, a exercé son libre arbitre. Finalement, votre nom n’est pas apparu dans la liste des intervenants, résultat d’une dialectique commune.

Oui, vous avez travaillé cinq ans et huit mois au montage de Shoah, c’est incontestable. Et Claude Lanzmann a rendu honneur à votre endurance en vous mettant en valeur dans les génériques de Shoah où votre nom est gravé bien en évidence, à plusieurs reprises, pour l’éternité. En guise de remerciement, il est non moins incontestable et personne n’a oublié que vous avez assigné et donc trahi Claude Lanzmann en 85-86, vous faisant du même coup l’artisane radicale du présent évitement dont vous vous prétendez la victime.

Réponse de Ziva Postec à M. Hee (20 sept. 2023)

Je retiens que la décision finale de m’écarter ayant été le fruit « d’une dialectique commune », vous, Mme Lanzmann et son association, en partagez la responsabilité. Dont acte.

Et quand je vous lis : « Personne d’extérieur à notre institution ne nous l’a dictée, même si on a à l’esprit en ces circonstances que la programmation doit tenir compte du légataire du droit moral sur l’intégralité de l’œuvre », j’ai bien l’impression d’avoir été l’objet d’un marché : les films accordés contre mon élimination.

Et comme vous et Mme Lanzman vous rejoignez pour justifier votre « commune dialectique » par mon action en justice, je tiens à vous informer que :

– J’en pris l’initiative afin de protester contre l’immense injustice qui consista à inclure dans la première édition du livre « Shoah » (qui consignait l’intégralité des paroles prononcées dans le film) le texte de Beauvoir paru initialement dans Le Monde où elle parlait du « montage de Lanzmann » sans jamais citer mon nom. Hormis la présence de ce texte en guise de préface, Claude alla jusqu’à reproduire en quatrième de couverture précisément la phrase où figurait cette expression. Le tribunal lui demanda d’ailleurs de l’ôter dans toute nouvelle édition. Ce qui fut. Voici donc à propos de « la trahison » évoquée par Mme Lanzmann.

– Je mis fin à cette initiative judiciaire car épuisée par presque 6 années de travail durant lesquelles je m’étais entièrement donnée.

– Contrairement à ce que certains disent dans les salons, je n’ai jamais revendiqué la co-paternité de la réalisation de ce film, pour laquelle je rendis hommage à de multiples reprises à Lanzmann.

« Les séances seront toutes publiques, ouvertes à toutes et tous, et à toutes les paroles, la programmation a été pensée pour être ouverte au débat », poursuivez-vous M. Hee. Étrange conception du débat ouvert à « toutes les paroles » sauf… à la mienne dont vous reconnaissez par ailleurs la pleine légitimité.

Quant à la tirade concernant l’appréciation de mon travail : « Il m’est impossible d’en prendre la mesure colossale, mais je prétends connaître assez bien le cinéma pour savoir combien Shoah s’est écrit à la table de montage, combien sa structure est née à cette étape, autre folle aventure après celle de la préparation et du tournage. Et bien sûr votre rôle crucial. Si Shoah est le film d’une vie d’un cinéaste, il est sans doute celui de votre vie de monteuse », ne vous est-il pas venu à l’esprit qu’elle ressemblait plutôt à une oraison funèbre, art qui consiste à faire l’éloge de l’Absent ? Mais je ne suis pas morte, M. Hee !

Et c’est une immense fierté pour moi d’avoir dirigé le montage et même une partie de la post-production de ce film qui, de par ma propre histoire familiale, a représenté aussi pour moi une mission, vis-à-vis des 6 millions de Juifs assassinés par les nazis avec la complicité et la collaboration d’une Europe et d’un Vatican consentant, vis-à-vis des Juifs du monde entier et des rares Justes, enfin vis-à-vis de mon propre peuple d’Israël où je suis née et qu’après la fin de « Shoah » il me fallait impérativement rejoindre.

Alors comment ne pas considérer que mon élimination de cette Rétrospective Lanzmann, dont le pivot sera le film « Shoah », est une agression délibérée de la part de l’Association Lanzmann représentée par Mme Dominique Lanzmann et du Centre Pompidou qui à ma connaissance a le statut d’une institution publique et dont vous serez le porte-parole M. Arnaud Hee, agression qui vise à me nuire personnellement et à manipuler l’histoire et la mémoire du Cinéma ?

Maintiendrez-vous cet acte négationniste ?

L’acte maintenu, Ziva Postec s’est adressée en ces termes à la Directrice du Centre Pompidou, Mme Julie Norbey :

« Quelles qu’en soient les véritables raisons des uns et des autres, car celles avancées me paraissent controuvées et inadmissibles, le fait même d’évincer la personne qui demeure à ce jour le seul témoin vivant de la fabrication de ce film à partir de 350 heures de rushes et sans scénario (cf les 2 textes parus dans la Revue française de psychanalyse : Comment j’ai monté Shoah et l’Entretien avec Ziva Postec) me paraît relever d’un esprit revanchard incompatible avec ce qu’aurait dû être cet hommage. Je sollicite donc votre recours»

Pas de réponse non plus de la Directrice. Mais le chef du service Cinéma, M. Julien Farenc, confirma cette éviction sans en donner d’explication.

Notons aussi que le film réalisé par la réalisatrice canadienne Catherine Hebert « Ziva Postec, la monteuse derrière Shoah », ainsi que l’auteur du seul ouvrage sur le montage de ce film « Shoah, une double référence », Rémy Besson, ont également été boycottés.

Il n’est pas non plus inutile de rappeler que ni « Les Cahiers du Cinéma » », ni « Positif », revues qui s’intéressent à tous les métiers du cinéma, et dont on se serait attendu qu’elles interviewent l’auteur d’un montage si particulier, ne se sont manifestées, ni à la sortie du film, ni plus tard. ÉtrangeJ-PL♦

1ᵉʳnovembre 2023

Jean-Pierre Lledo, MABATIM.INFO


PS : Ceux qui m’ont dit vouloir interroger publiquement les organisateurs doivent savoir que les dates les plus appropriées sont :

— le samedi 16 décembre à 16 h, quandsera rendu l’hommage principal à SHOAH avec la présence de la Directrice générale de l’UNESCO, Mme Audrey Azoulay.

— Dimanche 17 décembre : SHOAH (partie 1) à 11h30 et (partie 2) à 17 h

les 2 projections seront présentées par le philosophe Éric Marty.

Programme : https://agenda.bpi.fr/cycle/claude-lanzmann-cinema/


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