
Le roi mérovingien exerce son autorité grâce à des hommes à qui il délègue des pouvoirs
Après la fin de l’Empire romain d’occident en 476, l’arrivée au pouvoir de la dynastie mérovingienne en « France » marque le début d’une nouvelle ère, d’un nouveau mode de gouvernement. Dès 511 est rédigée la première loi salique, c’est-à-dire un code de droit pénal qui s’applique dans les territoires où les Francs saliens sont censés vivre. Les Mérovingiens considéraient le royaume qu’ils contrôlaient comme un patrimoine personnel du roi, ce qui fait qu’à la mort de ce dernier on le partageait entre ses fils.
Cependant, il existait encore une liste précise de terres dites « publiques » qui étaient soumises à des contributions héritées des Romains concernant le foncier et le cheptel s’y trouvant. En deux siècles, du fait de la désorganisation de l’État et de la disparition de la bureaucratie romaine, on passe d’une structure étatique financée par l’impôt, à une structure financée par des terres, ce qui renforce la régionalisation. Dagobert marque l’apogée du royaume mérovingien, après lui on assiste à la montée en puissance des grandes familles aristocratiques et du maire du palais.
Charles Martel est pour un système hiérarchisé, mais contre une confédération d’aristocraties locales. Pépin le Bref devint roi avec l’appui du pape qui interdit de désigner un roi de France hors de la descendance de Pépin sous peine d’excommunication. Le pouvoir des Pépinides est grand : à l’extérieur les Francs dominent du fait de la chute des Wisigoths, à l’intérieur il s’appuie sur la vassalité (clientélisme) systématisée, et le jeu commun avec l’Église, jusqu’à la nomination d’un pape. Le contrôle politique et le contrôle religieux vont de pair. On notera que Pépin instaure la dîme (10 % sur les productions) gérée par les aristocrates locaux au profit des évêques.
Les carolingiens restent dans la tradition franque de gouvernement avec l’assentiment des grands. Le royaume alors compte 15 millions d’habitants sur 1,2 million de km², et quelques milliers de représentants directs. Les missi dominici, des inspecteurs royaux qui visitent les provinces, ont autorité sur les comtes et marquis, participent aux plaids (assemblée gérée localement), le roi est le seul à frapper la monnaie. Le couronnement par l’Église a renforcé les pouvoirs des rois fondés sur les succès militaires, le charisme personnel, la tradition antique. Même si l’empire se veut une grande communauté, il reste une mosaïque de pouvoirs, avec une diversité des lois en fonction des groupes sociaux et de la géographie, seule l’église est vraiment structurée (elle détient 1/3 des terres et leurs serviteurs représentent de 1/5 à ¼ de la population).
Dérive héréditaire du système féodal
Pour gérer tous ses territoires, les rois s’appuient donc sur le système de la vassalité où un guerrier rattaché à un maître profite d’un bénéfice bientôt appelé fief, source de revenus. Dans ce système, une personne choisie gère une terre en échange d’une assistance sous forme de service militaire, mais les vassaux veulent fréquemment transmettre leur fief à leurs fils, puis systématiquement à partir du IXᵉ. Enfin à cette époque un autre élément de solidarité très important est la famille, famille élargie où les liens matrimoniaux sont importants et source de pouvoir pour revendiquer les fiefs. Les aristocrates locaux, qui ont imposé leur vue sur les églises dans les campagnes, ont encore alors souvent plusieurs femmes et ne se gênent pas pour les répudier. Mais, quand l’Église durcit l’encadrement des mariages avec les interdictions suivant les degrés de parenté, cela va engendrer dans les grandes familles moins de mariages au sein du même clan.
Du VIIIᵉ au Xᵉ, le royaume subit de nombreuses attaques étrangères, le pouvoir central se révèle incapable de toutes les contrer, les régions doivent se débrouiller, elles se renforcent et ainsi naît le féodalisme. Dans ce système, le duc ou le comte règne en maître sur ses États, où il bat monnaie, collecte les impôts, rend la justice… Les seigneurs et chevaliers auxquels il concède des fiefs lui doivent des obligations, ils obtiennent de leurs vassaux une soumission plus grande que celle à laquelle ils se sentent tenus envers leur propre suzerain.
Après 900, en parallèle du déclin du pouvoir central, on note une montée en puissance des lignages, des parentés, des implantations territoriales, de la multiplication des fortifications et de l’exercice local de prérogatives publiques. Il se met en place une véritable hiérarchie féodale, fondée sur la seigneurie, c’est-à-dire un système de domination mêlant différents droits sur les hommes et sur les terres. L’exploitation des domaines se transforme, les seigneurs les font moins valoir directement, au profit de petites exploitations payant des redevances. Les forteresses se multiplient alors qu’avant leur construction était une prérogative royale. Des principautés s’affirment par des constructions défensives contre des envahisseurs ou les autres principautés et par l’exercice des droits de nomination, justice, imposition, ban. En parallèle, il y a regroupement d’habitats pour mieux les protéger, les contrôler et prélever les taxes, c’est la naissance du village médiéval.
L’aristocratie n’accapare pas que des territoires, mais aussi des droits, des privilèges
Même si l’affirmation des territoires n’est pas complète, on a encore des ducs des Aquitains, des Bavarois et non d’Aquitaine ou de Bavière, il s’agit bien de l’autonomisation des grands aristocrates. Un exemple emblématique de ces grands est Foulques III comte d’Anjou de 987 à 1040. Il a marqué l’histoire de son temps par sa violence et ses actions entreprises pour se racheter de ses crimes. Il a passé sa vie à se battre contre ses voisins, et pour protéger ses biens, ses conquêtes il a fait construire plus d’une centaine de châteaux, dont de nombreuses forteresses imposantes comme celle de Loches. Pour se faire pardonner, il a effectué quatre pèlerinages à Jérusalem et fait édifier des églises, des abbayes.
Dans un tel monde de violence, l’aristocratie est nécessaire pour protéger et maintenir la paix. Les gentilshommes sont issus d’une libre lignée de nobles toujours transmis par les pères. Mais du XIᵉ au XIIIᵉ on assiste à l’intégration progressive des combattants à cheval à la noblesse (assimilation des chevaliers aux nobles, même si tout fils de chevalier qui n’est pas adoubé avant 30 ans redevient un paysan). Peu à peu être noble c’est aussi vivre dans un château. Il existe dans les campagnes des maisons fortes dont la fonction est moins militaire que symbolique, elles montrent que la personne qui y vit est détentrice du ban (le ban désignait le pouvoir de commander les hommes à la guerre avant de désigner l’autorité générale d’ordonner et de punir). À cette époque l’aristocratie est nombreuse et belliqueuse.
L’aristocratie se transforme en une classe sociale : la noblesse
La multiplication des seigneuries a créé un cadre contraignant, stable et sécurisé qui a permis le décollage démographique de l’occident. En 1000, l’ensemble de l’Europe c’est environ 25 millions d’habitants, en 1300 environ 55, la France passe de 6 à 15 et il y a 10 % d’urbains. À cette époque, 35 % de la production est captée par les seigneurs et l’Église, 25 % conservée pour l’ensemencement, il reste 40 % à la masse des paysans producteurs pour vivre. À la fin du XIIIᵉ, la supériorité des aristocrates n’est pas que sociale, mais juridique (règles, privilèges), étant héréditaire, elle devient une classe sociale.
La domination seigneuriale s’exprime sur les serfs qui même s’ils possèdent plus de droits que les esclaves (se marier, être propriétaire, transmettre un patrimoine, ne pas être soumis à l’arbitraire), appartiennent à quelqu’un, sont liés à une terre qu’ils ne peuvent quitter sans la perdre, sont propriétaires uniquement s’ils résident, s’ils exploitent. À noter qu’il y a des taxes qui touchent spécifiquement les serfs. Cependant, il y a aussi des paysans enrichis, souvent des intermédiaires des seigneurs. La noblesse est devenue dominante.
Une des caractéristiques de la fin du moyen âge est la récurrence des guerres qui ont tendance à durer, comme la guerre de Cent Ans entre Français et Anglais. Le service armé féodal dû au roi théoriquement ne durait que 40 jours par an, c’était adapté pour les petites expéditions, mais pas pour assurer les plus longues. Pour y remédier, Charles VII a créé le premier impôt perpétuel pour financer une armée permanente, il n’existait pas avant un tel impôt et seules quelques taxes étaient permanentes. Le pouvoir royal va progressivement réaffirme son autorité dans l’ensemble du royaume et déboucher sur la monarchie absolue à partir de Louis XIII. Finalement, en 1790, l’Assemblée nationale décréta que la noblesse héréditaire est pour toujours abolie.
Pour finir, Alphonse Allais faisait remarquer qu’il est toujours avantageux de porter un titre nobiliaire : être « de quelque chose », ça pose un homme, comme être « de Garenne », ça pose un lapin… MB♦

Michel Bruley, MABATIM.INFO
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