Les intellectuels juifs face à la guerre de Gaza (IV) : Ceux qui refusent d’écouter les témoins du massacre

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Il faut absolument écouter le témoignage glaçant de l’ex-otage franco-israélienne Mia Shem, qui relate le calvaire qu’elle a subi le 7 octobre et dans les semaines qui ont suivi, capturée par le Hamas puis détenue pendant de longues semaines à Gaza.

« J’ai vécu une Shoah… »,

déclare-t-elle, et ces quelques mots en disent plus long que bien des analyses savantes.

Il faut écouter le témoignage de Mia Shem, car c’est celui d’une survivante du « jour de Shoah » que nous ont infligé nos ennemis de Gaza, et parce que son témoignage est l’égal – par son contenu sinon par son style – de celui des survivants de la précédente Shoah, des Primo Levi et des Aharon Appelfeld.

Après la Shoah, disait le philosophe Emil Fackenheim, nous avons le devoir de ne pas donner de victoire posthume à Hitler. Après la nouvelle Shoah que le Hamas a tenté de perpétrer contre Israël (la « Shoah en keffieh », selon l’expression du regretté Paul Giniewski), nous avons l’obligation de ne pas donner de victoire posthume au Hamas et aux autres ennemis d’Israël, lorsque leurs dirigeants auront été tous éliminés. Mais le premier devoir est celui d’écouter les survivants. Or c’est précisément ce que certains intellectuels juifs refusent de faire.

Dans une longue interview donnée récemment à la chaîne LCI, le philosophe Alain Finkielkraut a ainsi tenu des propos stupéfiants et scandaleux sur le témoignage de Mia Shem. Reconnaissant tout d’abord que sa déclaration « j’ai vécu une Shoah » est terrible, il affirme dans la foulée avoir été « beaucoup choqué » ⦍sic⦎ de la déclaration de Mia Shem selon laquelle « tout le monde est terroriste à Gaza ». Selon lui, prétendre qu’il n’y a « pas de civils innocents à Gaza » est comparable au propos de l’indigéniste Houria Bouteldja, affirmant qu’il « n’y a pas d’Israélien innocent ».

La comparaison établie par A. Finkielkraut montre deux choses :

– la première, c’est que comparaison n’est pas raison. Comparer le propos de l’otage franco-israélienne Mia Shem à celui de Houria Bouteldja n’est pas seulement indécent, c’est également stupide.

– Mais cette comparaison montre aussi que Finkielkraut, en dépit de son intelligence et de son courage intellectuel, vit dans un univers conceptuel très éloigné de celui d’Israël, éloignement qui le rend totalement incapable de comprendre la réalité de notre État et des problèmes existentiels qu’il affronte.

Le propos d’A. Finkielkraut atteste à la fois d’un refus d’écouter les victimes du 7 octobre (imagine-t-on un intellectuel juif faire la même chose avec un rescapé de la Shoah ?), et d’un refus conceptuel de donner crédit à leur témoignage. La société israélienne tout entière, après le 7 octobre, a entrepris un immense travail de remise à zéro de compteurs et de remise en cause, travail qui n’est pas terminé.

On peut attendre des intellectuels juifs de diaspora qu’ils fassent la même chose.

Cette capacité de se remettre en question est en définitive ce qui distingue l’intellectuel dogmatique, enfermé dans ses convictions et ses propres références, de l’intellectuel ouvert à l’événement et à la nouveauté qu’il comporte.

Le 7 octobre – comme d’autres événements qui ont marqué l’histoire juive depuis ses débuts – appelle à la réflexion et à l’écoute. Il nous oblige à repenser ce que nous croyions comme acquis, à nous remettre en question. Et il nous oblige à écouter et à accepter les témoignages des otages.

Nul ne peut écouter le témoignage glaçant de Mia Shem et son terrible propos – irréfutable dans sa clarté morale – sur le fait qu’il n’y avait pas d’innocents à Gaza.

Vérité difficilement audible en Occident, mais vérité tout de même. PL♦

Pierre Lurçat, MABATIM.INFO


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4 commentaires

  1. bonjour Mr Lurçat mes respects mais je ne trouve pas du tout les propos d’Alain Finkielkraut de stupide. Par contre je pense qu’on ne peut pas accuser Mia chem d’avoir vu deux propos qui ne sont pas proportionnées d’après moi. Le premier comparé des programmes du 7 octobre à la shoah pour moi ce n’est pas comparable. Chaque mois sa valeur il faut savoir les utiliser correctement. Je ne vais pas donner la définition de la shoah mais tout le monde sait ce que c’est la shoah durant la deuxième guerre mondiale. Ceci étant dit les horreurs des pogromes barbares du 7 octobre tout aussi inqualifiables. Deuxièmement dire que à Gaza il n’y a pas d’innocent je trouve ça extrême. Il est évident que la plupart de la population de Gaza a été éduqué dans la haine des juifs d’autre part la minorité qui n’adhère pas à cette haine et qui n’adhère pas aux idées du Hamas, soit pour la plupart d’entre eux ont été tués et pour les autres ils préfèrent se taire car ils ont peur pour leur vie. Donc il est évident qu’il y a des personnes à Gaza qui ne partagent pas les idées barbares du Hamas et pour moi ce sont des gens innocents. Ceci étant dit je comprends très bien Mia shem qui elle a vécu l’horreur en plus a été blessé gravement d’avoir utilisé ses propos. Mia Shem n’est pas une philosophe elle a parlé dans l’émotion donc être horrifié par ses propos comme l’a dit A Finkielkraut et complètement exagéré. Cordialement. Benguigui philippe.jerusalem pbenguigui@gmail.com

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  2. Autant il est pertinent quand il s’agit du désastre français, autant il se trompe dès qu’il s’agit d’Israël, cramponné aux fallacieux espoirs du désastre d’Oslo.

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  3. Le problème avec Alain Finkielkraut c’est qu’il est resté de gauche (il avait dit à une émission sur CNews, je crois, cette phrase sibylline : « Je ne suis plus de gauche parce que je reste à gauche »… Je suis choquée par ses propos concernant la jeune otage Mia Shem qui a vécu l’horreur: celle de vivre dans l’univers concentrationnaire imposé par le Hamas avec la complicité d’une population majoritairement consentante. Mais au fond, pas tellement surprise puisque Finkielkraut avait signé pour « La paix maintenant ». Tout le monde a le droit de changer mais, visiblement il n’a rien compris aux enjeux de cette guerre et à la nature de l’islam.

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  4. finkielkraut , un intellectuel juif de qualité a raté un episode majeur de la vie juive contemporaine .

    il pense comme a Paris , hier aujourdhui et demain , il se trompe pour demain .

    car en diaspora , il n y a pas de demain .

    Alain , stp, prends un grand bol de sionisme et regarde droit devant toi , ici en Israel , c est ta place .

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