
Le premier livre de la Bible est appelé justement « la Genèse ». Il décrit la création de l’univers et de l’homme. Texte fondateur dit-on mais ce premier récit de la Bible laisse perplexes de nombreux lecteurs ; c’est naïf… Pourquoi donc cela a échappé aux anciens qui, on le sait, étaient très instruits.
Encore plus, le texte présente l’être que l’on veut « humain » comme devant encore être éduqué ; Le Créateur l’a placé dans un jardin en Éden, lui donne de tout mais lui interdit l’accès à l’arbre à connaître bien et mal.
L’être créé, pourtant aimé du Créateur, est placé en présence d’une limite !
Un animal mythologique, rusé et malicieux ; un animal-qui-parle, un serpent, suscite le doute chez nos premiers parents ; un doute qui pousse au désir de devenir « comme Dieu ».
Divers auteurs, théologiens, philosophes dont Marie Balmary psychanalyste, ont souligné que, je cite Marie Balmary :
« Dieu, en créant, n’utilise la première personne que lorsqu’il s’adresse à l’humain. Auparavant, il n’a pas dit : “Je crée la lumière” mais “Que soit la lumière ”. Cette parole nouvelle du Créateur arrive au moment où apparaît l’être avec lequel il peut communiquer. Lorsque Dieu parle, c’est qu’il y a des répondants. Le Dieu de la Bible ne se comporte pas comme un parlant-tout-seul, un tout-parlant et une parole unique. Il ne se présente comme sujet qu’au moment où il a voulu d’autres avec lui ».
Pas de Tu sans JE et pas de JE sans TU…
Le diable, par contre, qui a reçu, plus tard, le nom de « Satan », qui veut dire adversaire, « travaille à ce que jamais JE et TU ne se rencontrent… dit Marie Balmary dans « Dieu n’a pas créé l’homme » :
« Il est l’adversaire du sujet, il intervient dans le but de brouiller l’accès à la première personne. Dès qu’il ouvre sa bouche irréelle, il supprime le TU et n’emploie que le pluriel. À la femme seule, il dit VOUS, dans une langue où l’on ignore totalement le“vous”de politesse »… « Il n’y a que dans la Bible que le Créateur fait l’humain, c’est-à-dire l’être humain, dans le sens de l’homme tel qu’il lui est possible d’être. Dans les autres cosmogonies le dieu crée l’homme, accompli ».
Marie Balmary dans Dieu n’a pas créé l’homme, insiste :
« Le terrien créé par Élohim, le Dieu de la Bible, est dit“mâle et femelle”. Il n’est pas écrit“Homme et femme il les créa”. L’humain est ici différencié seulement comme animal : mâle et femelle. Le dieu biblique a créé “la possibilité ” de l’homme et de la femme »…
« Le serpent poursuit : “Vous serez comme… Dieu”… « Si vous n’êtes pas tout, tout-connaissant, tout-puissant, vous n’êtes rien », dit le serpent.
L’animal parlant, non réel, dit que seul ce qui est totalité existe.
C’est le néant qui propose tout, insiste Marie Balmary elle poursuit :
Le premier JE prononcé par un humain est un JE malheureux, craignant la voix de l’Autre, suite à la désobéissance, il est un JE nu au sens de « dépouillé ». JE est dès lors un homme qui se cache dans le jardin, il se cache en entendant le bruit de pas de Dieu et craignant sa voix, Adam est un JE qui se cache car désobéissant. Mais pourquoi cette conscience craintive se reconnaît nue et non heureuse alors qu’elle se serait libérée, éveillée,possédant la totalité, le tout,le pur plaisir,« le narcissisme sans limites » ?
Dès lors, le Dieu d’Israël se cache pour garder à l’humain sa liberté qui est aussi sa possibilité d’évoluer dans son devenir. La liberté de l’homme est la condition de sa possibilité d’opter pour le bien ou le mal.
L’homme, pour être responsable, doit être libre. La désobéissance sans liberté n’a pas de sens.
Ah oui, l’arbre… au milieu du jardin. Berdiaev dans son « Esprit de Dostoïevski » dit « sans liberté, Dieu seul serait responsable du mal ». Pour Dostoïevski, la liberté peut aboutir au bien et au mal. La responsabilité de l’homme participe de sa dignité. L’homme n’est homme qu’étant intégralement responsable de ses actes. L’arbre de la connaissance du bien et du mal limite le désir de l’humain à être libre de tout bon vouloir, de toute violence…
On peut tuer les yeux grands ouverts et reproduire des horreurs sans discontinuer et puis s’en réjouir ! La tuerie terminée on fait la fête ! Faire la fête !
Ces gens, qu’on assassine, sont affublés de noms qui n’en sont pas. Il n’y a pas de place pour le TU et le JE est irresponsable de qui, de quoi reçoit-on les injonctions ? C’est un retour à l’animal. Le triomphe du serpent.
L’antidote de cette horreur sans nom, initiée par le serpent, est le Juif dont son humanisme qui dit l’homme en marche vers son humanité. Pour le Juif, l’histoire est un processus d’humanisation progressive, un défi, un effort demandé à l’homme pour atteindre la condition souhaitée mettant une limite à ses « sentiments primaires ».
Les Juifs ont partagé les dix commandements avec les autres nations. Les Juifs n’ont pour eux que leurs fondamentaux c’est leur identité.
Le Judaïsme a servi au développement éthique de l’humanité, particulièrement de nos sociétés occidentales.
Nous sommes la moisson de ces semailles anciennes et quoiqu’on cherche à lui imputer, les accusations sans nombre, des appels aux actes antisémites de toutes natures… les Juifs sont les garants de cette moisson.
Le texte biblique peut être destiné à la religion mais pas nécessairement ; il donne un cadre de vie qui peut être accepté de tous : il constitue la culture du peuple juif. Instruit par ses textes fondamentaux l’esprit du peuple juif, quelle que soit l’orientation de l’esprit de chacun, l’éthique est leur principe de vie.
La Parole biblique ouvre une épreuve, elle limite le mode de vivre que nous souhaiterions selon tous nos désirs, et nous laisse avec un malaise ; l’idée qu’une société idéale est hors de notre portée.
« Respecte ton père et ta mère ». Littéralement, leur donner du « poids ». Le contraire de donner du poids c’est alléger, et dans la Bible, c’est le même mot que « maudire ». Donner du poids c’est donc ne pas maudire, ne pas appeler sur eux le mal ; ne pas être vis-à-vis d’eux en état de « vengeance ». Le respect des parents donne à ceux qui le vivent une réserve ou un fonds de respect envers les autres.
« Aimer son prochain comme soi-même »… « Tu ne tueras pas » avec tout ce que cela implique, ne serait-ce que dominer les autres, les mépriser… notre désir de la suppression de l’autre ; par l’idée que s’il n’existait pas… ce serait plus simple. On peut se souvenir du premier meurtre des enfants d’Eve et d’Adam : Caïn et Abel. Pourtant le nom d’Abel est « vapeur »… C’est trop.
« Ne commets pas l’adultère » . le non à l’adultère appelle à ne pas tromper en prenant celle, ou celui, du voisin, de la voisine, selon son désir…
« Ne répands pas envers ton prochain un faux témoignage. » N’envahis pas avec du faux e destin d’un autre. Les variantes sont multiples. Ne pas céder à la rumeur – faite de témoignages non avérés…
Dans notre société, il est constamment question d’éthique. Nos sociétés en font une compétence…
N’est-ce pas Freud qui le dit « révélateur de notre malaise pour le contrer ». Nos médias les plus divers, ainsi que bon nombre de politiciens font un grand cas de « nos valeurs » en laissant entendre un niveau exceptionnel…
Le malaise est nié mais bien présent. J’ai lu quelque part aussi que la position de Freud au sujet de notre culture que celle-ci
« a un côté dérangeant, elle ne nous offre aucun réconfort, habitués comme nous sommes aux sédations des douleurs de l’âme…Notre fragilité est exposée à ses limites ; elle est justement l’éthique ».
Aujourd’hui le Juif est un reproche vivant, il est à nouveau l’objet d’un mépris et d’un rejet scandaleux.
Le monde Juif nous renverrait-il à notre propre incurie ? Une humanité a oublié de consulter son miroir. Le Juif tiendrait la surface réfléchissante aux autres hommes…
Le désir d’exterminer, de biffer la population juive et Israël est toujours vivante et cela depuis des millénaires.
Des siècles que les Juifs font l’objet de mensonges et de persécutions !
Aujourd’hui, les mensonges antisémites qui ont pavé la voie de la Shoah sont ouvertement de retour et bien peu de personnes s’en émeuvent et prennent des distances avec cette haine gratuite. Les slogans méprisants et meurtriers sont répandus sans vergogne. Au détour d’une phrase les propos antisémites s’immiscent dans les discussions de manière tellement courante et banalisée qui n’alarment pas, jusqu’à faire de la personne qui est ainsi attaquée une victime « coupable », coupable parce que juive tout simplement.
Bon nombre de films sur des chaînes publiques ou de livres à grande diffusion, des magazines fustigent le monde juif pour sa cruauté et sa violence, les intellectuels juifs ont disparu des débats publics, des radios, des télévisions, de la presse, comme par enchantement, sauf si de conviction anti-juifs ou antisionistes. La société européenne, entretient une inimitié ambiante envers Israël. Une idéologie qui a pour nom anti-israélisme, antisionisme, antisémitisme, appels aux boycotts, actes de vandalisme contre des institutions juives, manifestations avec appels au meurtre des Juifs, agressions anti-juives… s’exprime souvent librement dans l’espace publique.
N’y a-t-il pas quelque part une certaine similitude de situation avec les années 30 ?
Pourquoi toute cette haine sinon la confirmation d’une maladie de l’âme qui frustre les anti-sémites et anti-sionistes ? La barbarie demeure. Elle est au cœur de notre société. Le dépôt de haine, raciste, antisémite, est toujours là, qu’elle soit de gauche ou de droite, religieuse, politique… elle progresse petit à petit, degré par degré et on s’approche de la limite ignoble où plus rien ne l’arrêtera.
L’arbre à connaître le bien et le mal ? Refusé ; pas de limite à nos rêves partisans ! CR♦

Christian Rayet, MABATIM.INFO
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