Israël : La lettre du lieutenant Ivri Dikstein

par Boker Tov Yerushalayim 
[24 novembre 2024]

Le lieutenant Ivri Dikstein, que sa mémoire soit bénie, a été tué au combat le jeudi 14 novembre, au sud Liban. Il avait 21 ans et était officier dans le bataillon 51 des Golani.

Ivri était marié à Myriam depuis quelques mois et habitait au yishuv Eli en Binyamin, au nord de Jérusalem.

Avant de partir pour sa dernière mission, Ivri avait commandé pour sa femme un bouquet de fleurs accompagné d’une lettre. Elle les a reçus quelques heures après l’enterrement de son mari, à la sortie de shabbat:

Ma chère épouse, je t’écris à nouveau de la frontière nord, j’espère pour la dernière fois. Je suis heureux d’être ici et de faire quelque chose d’important pour notre peuple.
Je te demande de sourire et de garder la tête haute. Je vais bien, ne t’inquiète pas pour moi.
Je t’aime plus que tout au monde. Que ces chocolats et ce bouquet te réjouissent.

À toi pour toujours,
Ivri.

Vendredi dernier, ont eu lieu les obsèques d’Ivri au cimetière militaire du Mont Herzl à Jérusalem. Son père Ilan a lu une lettre que son fils, alors tout jeune soldat, avait écrite il y a un an et demi, peu après son enrôlement dans l’armée et au cœur du débat sur la réforme judiciaire.

Cette lettre-testament est une lettre d’amour pour le pays, appelant au dévouement et à l’unité :

Mes frères et mes sœurs, nous ne nous connaissons pas, mais nous sommes frères.

Je voudrais vous faire partager ce que je ressens en ces journées où le vent de la discorde, le vent de la haine souffle sur notre pays.

Qui suis-je? Un soldat. Mon nom n’est pas important, là où j’habite non plus et mes opinions politiques non plus. Avant tout je suis Juif et citoyen israélien  et je sers dans l’armée israélienne comme beaucoup de jeunes de mon âge pour garantir la sécurité de notre maison, de notre famille, avec dans mon cœur le sentiment d’accomplir une mission sacrée.

À l’aube de notre vie d’adulte nous avons choisi de donner, comme l’ont fait les générations précédentes.

Il y a peu j’ai prêté serment au Kotel, serment de loyauté envers l’État d’Israël, de lui dédier toutes mes forces et aussi de sacrifier ma vie pour la protection du pays et la liberté d’Israël.

En ce moment où la polémique bat son plein dans la société israélienne, chaque fois que je rentre à la maison, les routes sont bouchées (par des manifestations). Sachez mes frères et mes sœurs que nous, soldats de Tsahal, avons du mal à comprendre ce qui se passe à l’extérieur de notre bulle militaire, car ici pour nous c’est le calme plat. Nous nous focalisons entièrement sur la défense de notre patrie, nous la vivons au quotidien.

Il y a chez nous des soldats de tous horizons:

Certains viennent du nord, d’autres du centre, de la périphérie, soldats ultra-orthodoxes et d’autres qui sont athées, voire anti-religieux, des Israéliens de souche et des nouveaux immigrants.

Mais il n’y a pas de débat sur ce qui se passe dans la société israélienne, non pas parce que nous sommes déconnectés ou que cela ne nous intéresse pas, mais parce que nous sommes conscients que nous œuvrons au cœur du Saint des Saints et qu’il y est impossible d’y faire entrer le moindre feu étranger1, אש זרה esh zara, qui affaiblirait nos bras en cas de guerre.

Sachez que lorsque nous entendrons l’ordre de donner l’assaut, nous nous lèverons comme un seul homme sans le moindre calcul individuel.

Sachez que pour ceux qui vivent côte à côte, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, nous les soldats, ce qui nous réunit est bien plus important que ce qui nous divise.

Nous n’avons qu’un pays et l’histoire nous a prouvé que le peuple juif n’a qu’une patrie et qu’un seul et unique endroit où il peut vivre.

Et même lorsqu’il y a des problèmes douloureux, cet unique endroit reste notre maison, notre foyer.

Nous n’oublions pas que si la vie est dure, les parents n’abandonnent jamais leurs enfants et les frères ne cessent pas de se parler, ils se chamaillent et ensuite tombent dans les bras l’un de l’autre.

Je suis un soldat qui fera tout ce que l’État d’Israël me demandera de faire, je sacrifierai ma vie car nous sommes tous frères et c’est une exigence indispensable.

Ne renoncez pas à votre vérité mais n’oubliez pas qui vous êtes, d’où vous venez et rappelez-vous toujours que nous avons un beau pays prospère avec des gens formidables. Nous le ressentons et nous en profitons.

Alors mes amis, cessez de colporter de mauvaises choses, nous sommes tous des gens bien, vous êtes le beau visage de la société israélienne, et faites nous confiance:

Nous vaincrons dans chacun de nos combats face à l’ennemi, en temps de guerre ou pas, même au prix de notre vie, afin que vous puissiez vaquer à vos occupations. Vivez en paix et aimez-vous car nous sommes frères!

Des survivants du kibboutz de Nir Oz2 ont décidé de venir à Eli, à la sortie du shabbat, pour monter leur solidarité avec les habitants de ce yishuv qui a déjà perdu plusieurs de ses fils au combat.

תהא השעה הזאת
שעת רחמים ועת רצון מלפניך

(Que cette heure soit une heure de douceur et que ce moment soit un moment  de volonté
Nous sommes différents mais nous sommes frères.
Nous croyons d’un cœur entier qu’ensemble nous vaincrons)

Comme l’avait écrit Ivri Dikstein:

Ne renoncez pas à votre vérité mais n’oubliez pas qui vous êtes, d’où vous venez et rappelez- vous toujours que nous avons un beau pays. HB♦

À bientôt,

HannahBoker Tov Yerushalayim


1 Un feu étranger. L’expression vient du texte de Vayikra-Lévitique 10,1:

Les fils d’Aaron, Nadav et Abihou, prenant chacun leur encensoir, y mirent du feu, sur lequel ils jetèrent de l’encens, et apportèrent devant le Seigneur un feu étranger sans qu’il le leur eût commandé

Le feu étranger est une expression désignant un désir de perfection extrême qui peut conduire à l’extrémisme et amener à un résultat négatif. Dans le cas des fils d’Aaron, ils ont voulu faire plus que ce qui leur avait été demandé par Dieu

2 kibboutz Nir Oz: https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Nir_Oz


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