Israël : Journal de guerre, jour 385 : tremblement de terre

Par Élisabeth Rozen 
[26 octobre 2024]

On a tous ici sur nos téléphones l’application du pikud haoref (front intérieur, NDLR) qui prévient en temps réel en cas d’alerte. Ça fait un bruit strident qu’on reconnaît entre mille. Ça sonne pas mal ces dernières semaines, et on court.

Mais ce matin, c’était le pompon.

À l’aube, alors qu’on était encore tous au lit, l’application s’est déclenchée simultanément sur nos téléphones, avec en plus une voix qui disait en boucle « Rehidat Adama » (ça veut dire « tremblement de terre »).

On a couru, incrédules, dans la chambre blindée. Là-bas je me suis mise à rire. D’abord en lisant le message d’une copine sur le groupe du yichouv (village, NDLR) au moment de l’alerte :

C’est quoi cette merde maintenant???

Avec des émojis colériques. Ça résumait pas mal la situation.

Finalement, c’était une fausse alerte, un bug, une mauvaise interprétation.

Mais ça a continué à me faire sourire toute la journée, ce réveil en fanfare avec cette voix de robot « rehidat adama, rehidat adama ». Ce n’est pas très drôle, objectivement. Je ne sais pas quel mécanisme mon cerveau active pour que ça m’amuse. Peut-être mon attrait pour l’absurde.

Demain les enfants retournent à l’école, c’est officiel. Avec des arrangements de classes pour être tous à proximité des chambres blindées.

Je fuis les zooms de parents qui s’inquiètent et qui m’angoissent.

Je m’en remets aux consignes, je ne sais pas faire autrement, à moins de devenir folle. Les trajets scolaires seront assurés, aussi. On a tous reçu en image le rappel des instructions en cas d’alerte pendant les trajets scolaires.

Se pencher sous la ligne des fenêtres et mettre les mains sur la tête.

Ils connaissent ça par cœur, déjà.

Ils s’adaptent à tout, confiants. Cette dernière phrase me met les larmes aux yeux.

J’en peux plus de jouer à la roulette russe. ER

Élisabeth Rozen, Blog


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Un commentaire

  1. Chère Elysheva, imaginez seulement il y a 83 ans des coups sur la porte, de bon matin des voix avec fort accent germanique aboyant entre chaque série de coup sur la porte  » Rozen, c’est bien Ici ? » et bientôt, si, quand Dieu veut, une voix formidable, résonnant dans l’esprit de tous, « Courrez au dehors, chantez et dansez, et bénissez le Ciel, Me voici, Il m’a envoyé, je suis là et bien là, plus aucune crainte, que de l’amour ! » et là, tous, hébétés, comme ivres, guéris, sains puis hilares, et comprenant tout, soudain, et tous en rires et en pleurs à la fois, dehors, tous, sous le soleil !

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