Israël : L’enquête du Shin Bet révèle les échecs ayant conduit à la catastrophe du 7/10

Par Idan Yossef
[4 mars 2025]

Ronen Bar

– Les informations critiques sur le plan d’attaque du Hamas, nom de code « Le mur de Jéricho » n’ont donné lieu à aucune alerte sur le terrain.

– Le manque de clarté sur le partage des rôles entre le Shin Bet et l’armée, concernant la proclamation d’état d’alerte générale.

– Sous-estimation des capacités du Hamas et surévaluation du pouvoir d’alerte préalable de la barrière frontalière high-tech.

– Défaut d’interprétation des signaux, interceptés durant la nuit du 6 au 7 octobre indiquant une attaque imminente.

Une enquête interne menée par le Shin Bet (Sécurité intérieure) met en lumière une chaîne de défaillances au niveau du renseignement et au niveau opérationnel, qui ont rendu possible l’attaque du Hamas du 7 octobre.

Les conclusions indiquent que des informations importantes n’ont pas donné lieu à une alerte générale.

Les conclusions indiquent :

– que des informations importantes sur le plan d’attaque du Hamas n’ont pas été traduites en avertissement,

– que des suppositions erronées ont conduit à la complaisance le matin de l’incident

– et que le manque de coordination entre les agences de sécurité a contribué à l’échec de la prévention du massacre.

En plus des conclusions douloureuses, l’enquête détaille les mesures immédiates prises depuis lors pour renforcer les renseignements et éviter un nouvel échec.

Le directeur du Shin Bet, Ronen Bar, a assumé l’entière responsabilité de l’échec et a admis publiquement des erreurs. Il a souligné que les leçons avaient été tirées et pleinement mises en œuvre. Toutefois, Ronen Bar n’avait pas encore jugé bon de démissionner.

Principales défaillances du renseignement, découvertes lors de l’enquête

L’enquête énumère une série d’échecs significatifs des Services de Renseignement, qui ont permis au Hamas de surprendre Israël :

Au premier rang d’entre eux se trouve le traitement inadéquat et continu des informations concernant un plan d’attaque à grande échelle du Hamas, connu en Israël sous le nom de « mur de Jéricho ». Des informations sur ce plan sont parvenues au Shin Bet dès 2018 et à nouveau en 2022, mais elles n’ont pas été transformées en une véritable menace de référence et n’ont pas servi de base à un scénario d’alerte contre une attaque totale depuis la bande de Gaza.

En d’autres termes, le Shin Bet n’a pas réussi à déduire de ces renseignements, les intentions du Hamas.

Durant l’été 2023 une série de signes préliminaires faibles ont été interceptés. Eux non plus n’ont pas alerté des services de renseignement israéliens.

D’autres défaillances étaient liées à des aspects structurels et conceptuels. L’enquête a mis en évidence l’absence d’une répartition claire des responsabilités entre le Shin Bet et l’armée, concernant la prévention d’une guerre.

Alors que le Shin Bet est chargé de contrecarrer le terrorisme et alerter en cas d’attaques localisées, l’armée est chargée d’avertir d’une attaque militaire à grande échelle aux frontières.

Donc, le Shin Bet considérait le Hamas toujours comme une organisation terroriste et n’a pas perçu la transformation de celui-ci en une véritable armée et par conséquent n’a pas transmis à Tsahal la responsabilité de s’en occuper.

Cet écart a créé un « angle mort » en matière de responsabilités, dans lequel la menace d’une invasion par le sud n’a pas été pleinement prise en compte.

Le Shin Bet n’a pas non plus ménagé ses accusations contre l’échelon politique. Les principales raisons de l’accumulation de pouvoir du Hamas qui ont permis de lancer une offensive sont :

– une politique de « calme contre calme », qui a permis au Hamas de se développer massivement,

– l’afflux de fonds qataris, interceptés par le Hamas en vue d’augmenter ses capacités militaires,

– l’érosion continue de la dissuasion de l’État d’Israël,

– la négligence sécuritaire dans la délivrance des autorisations de travail en Israël aux Gazaouis.

– Les divisions de la société israélienne à cause des désaccords politiques et par conséquent l’affaiblissement de la cohésion sociale, ainsi qu’une politisation de l’armée, causant une rupture entre elle et le peuple.

Tous ces éléments ont été décisifs dans la prise de décision, par le Hamas, d’entrer en guerre.

De plus, les mécanismes de contrôle internes conçus pour examiner de manière critique le travail du renseignement se sont dilués, puis noyés dans une administration pléthorique. Par conséquent, il n’y avait plus d’examen contradictoire et de remise en question suffisante des hypothèses de travail et d’évaluation de la situation en temps réel.

Le Shin Bet a admis qu’il n’y avait pas de mécanisme efficace, qui remettrait en question les concepts obsolètes et examinerait des scénarios alternatifs, collant aux renseignements recueillis sur le terrain.

L’une des idées fausses les plus répandues était une surestimation de l’efficacité du système de défense à la frontière de Gaza

…et qu’en cas d’infiltration, celle-ci serait détectée suffisamment tôt, pour que Tsahal ait temps de la bloquer.

Dans le même temps, il y avait une hypothèse consensuelle, selon laquelle le Hamas continuerait à concentrer ses efforts de déstabilisation en Judée-Samarie (Cisjordanie), et qu’il ne déclencherait pas une guerre depuis la bande de Gaza.

Cette hypothèse s’est avérée fondamentalement fausse. La combinaison de la croyance que le Hamas est dissuadé et le sentiment que, dans tous les cas, l’armée a une réponse adéquate ont directement contribué au fait que la menace venant sud avait été très largement sous estimée.

Les alertes manquées et le comportement du Shin Bet avant l’attaque

L’enquête relate une chronologie inquiétante des événements survenus dans les heures qui ont précédé l’attaque surprise, au cours de laquelle des avertissements et des signes avant-coureurs sont apparus, mais n’ont pas été traduits en une image claire de la menace imminente.

Dès la nuit du 6 octobre, les responsables du Shin Bet ont identifié une série de mouvements et de préparatifs suspects du côté palestinien. Dans un résumé d’une évaluation interne de la situation distribué par le Shin Bet aux responsables de la sécurité vers 1h00 du matin, il a été noté qu’il y avait une série de signes indiquant que le Hamas se préparait à une éventualité d’attaque.

L’évaluation « routinière » que le Hamas n’était pas intéressé par une escalade a complètement émoussé la vigilance du Shin Bet.

Il s’agissait d’une évaluation erronée à l’improbabilité d’un scénario catastrophique imminent. IY

Idan Yossef, News1
Rédacteur en chef

Traduction et adaptation : Édouard Gris


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Un commentaire

  1. Merci pour votre analyse fine. J’avais en gros compris que l’idéologie gauche-woke avait bloqué la réponse d’Israël et qu’un laxisme avait baissé la vigilance.
    Basiquement depuis 1948 le crime était de tolérer des populations dont le seul but est de TERMINER LE TRAVAIL D HITLER. Il est étonnant que cesdites populations ne soient toujours pas expulsées chez nos amis égyptiens …

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