
Par Serge Siksik,
[Tel Aviv 31 décembre 2025]
S’il vivait aujourd’hui, Emmanuel Levinas ne décrirait pas Israël en termes techniques : « conflit », « opération militaire », « processus diplomatique ». Il verrait ce qu’il a toujours cherché : un lieu où le destin moral du monde se révèle.

Dans Difficile Liberté, il écrit que le judaïsme pose la question morale « avant » la politique, mais jamais « à la place » de la politique.
C’est exactement ce que le monde refuse à Israël :
- Il voudrait qu’Israël soit moral sans être souverain,
- vulnérable sans être fort,
- exemplaire sans être vivant.
Levinas n’aurait jamais accepté cela. Il dirait :
« Israël n’a pas à choisir entre éthique et survie. Il doit survivre éthiquement, et il doit exister sans s’excuser. »*
Levinas savait une chose tragique que beaucoup feignent encore d’ignorer :
Le monde qui exige la morale des Juifs a rarement exigé la morale pour les Juifs*.
1. Israël devant le tragique – l’éthique à hauteur d’hommes, pas d’anges
Contrairement aux caricatures, Levinas n’a jamais prôné un angélisme politique.
Dans Totalité et Infini, il décrit la « totalité » :
- Les empires, les idéologies, les puissances qui absorbent l’autre, qui justifient tout au nom du pouvoir, de l’histoire, du progrès.
- Et il oppose à cela l’exigence de justice, qui empêche l’homme de dormir tranquille dans sa puissance.
Israël appartient à cette seconde histoire. Ses ennemis, à la première.
Dire que la première responsabilité morale d’Israël est de protéger ses vies, ce n’est pas une dérive militariste, c’est l’obéissance à « Ou’vaharta ba’haïm » – choisis la vie.
Ce commandement vaut plus que toutes les colonnes éditoriales européennes réunies.
Et pourtant, Levinas aurait ajouté une phrase tranchante comme un rasoir :
« Plus on force un peuple à vivre dans le tragique, plus on espère le briser moralement. »*

Le pari de beaucoup est simple : tuer le corps ou assécher l’âme. Israël n’a pas le droit de céder ni l’un ni l’autre...
C’est là qu’entre en scène l’Occident.
2. L’Occident moraliste – la grande imposture
Levinas savait ce que vaut la conscience morale européenne quand la mort approche. Il a vu l’Europe, sa culture, ses Lumières, sa philosophie… se taire.
Et il savait que, souvent, la morale européenne ne supporte la morale juive que sous une condition : qu’elle reste théorique.
Quand Israël demande que cette morale vive dans un État, une armée, une frontière, alors soudain l’Europe explique, juge, condamne, sermonne.
Levinas l’aurait dit clairement :
« Le monde qui n’a pas su protéger le Juif vivant n’a aucune autorité pour condamner le Juif debout »*.
Et il aurait posé la question que personne n’aime entendre :
« Où était ce monde quand il fallait risquer quelque chose pour sauver des vies juives ? »*
3. France – universalisme rhétorique, faillites historiques
Levinas a vécu en France, enseigné en France, aimé la France, mais il ne lui aurait pas épargné la vérité.
- France de Vichy
- France administrative, « propre », glacée, qui collabore sans haine apparente mais avec efficacité
- France qui met un demi-siècle à regarder sa vérité
- France d’Algérie, où la raison d’État écrase l’humain
Et aujourd’hui :
- France qui explique à Israël la morale, la proportion, les « valeurs ».
Levinas n’aurait pas hurlé. Il aurait dit calmement cette phrase qui brûle :
« Tu sais ce qu’est un État quand il cesse de répondre humainement, tu l’as été ! Alors parle mais parle avec humilité, pas avec morgue. »*
4. Angleterre – respectabilité d’apparat, conscience fissurée
Empire « civilisé », raffiné, parlementaire ?
Levinas, lui, aurait rappelé l’autre face : puissance coloniale, calculatrice, glaciale quand il s’agit de garder le contrôle.
Et surtout ceci :
« Quand les Juifs fuyant l’enfer nazi frappaient à la porte de la Palestine mandataire, Londres a choisi la gestion impériale plutôt que la responsabilité humaine. »*
Aujourd’hui, Londres explique à Israël comment protéger ses frontières ?
Il y a des hypocrisies qui ne vieillissent pas !
5. Espagne – mémoire trouée, morale tardive
Levinas n’aurait pas oublié l’Espagne.
- Ni l’Inquisition
- Ni l’expulsion
- Ni le pillage
- Ni la destruction d’un monde juif incomparable
- Ni la longue, longue absence de repentance réelle
Et voilà que l’Espagne juge ?!
Certains silences devraient interdire le ton doctoral.
6. Ceux qui accusent – et celui qui s’interroge
La fracture est là, nette.
Les nations accusatrices :
- Ont exercé la violence sans être rongées par la conscience
- Ont dominé sans trembler
- Ont échoué sans honte profonde
Israël :
Exerce parfois une force terrible, mais conserve des juges, conserve des débats, conserve une presse, conserve des citoyens qui interrogent leur propre État.
Dans Autrement qu’être, Levinas écrit :
« La responsabilité est ce qui ne laisse pas tranquille. »

Voilà la différence : Israël n’est pas tranquille. Ses ennemis, eux, le sont dans leur haine...
7. Et Israël face à lui-même ? La morale comme lutte intérieure
Levinas regarderait aussi l’intérieur :
- Fracture religieux / laïcs,
- Division droite / gauche,
- Guerre symbolique autour de la Cour Suprême,
- Obsession anti-Netanyahou d’un camp, idolâtrie de l’autre,
- Enquêtes sur le 7 octobre oscillant parfois entre quête de vérité et lynchage politique.
Levinas n’aurait pas parlé comme un tribun.
Il aurait dit :
« Une démocratie n’est pas une société sans conflit, c’est une société qui ne sacrifie pas sa responsabilité au conflit. »*
Israël ne peut pas livrer deux guerres à la fois : une guerre pour sa survie, et une guerre intérieure pour son anéantissement symbolique.
Aux religieux, il dirait :
« la Torah oblige, elle n’exempte pas. »*
Aux laïcs, il dirait :
« L’universalisme n’est rien sans la fidélité au destin concret d’unpeuple. »*
À ceux qui transforment Netanyahou en obsession, il rappellerait :
« Quand toute une nation se réduit à un homme, la pensée recule. »*
À ses partisans, il dirait aussi :
« La loyauté politique n’abolit pas l’exigence de vérité. »*
Quant aux enquêtes sur le 7 octobre :
« Elles doivent servir la justice, pas la vengeance intérieure. »*
Sinon elles deviennent armes de destruction nationale.
Et il ajouterait cette phrase simple, définitive :
« N’effectuez pas le travail de vos ennemis, ils rêvent de votre division intérieure, ne leur offrez pas ce cadeau. »*
Attardons-nous sur ces problèmes internes : Israël politique : souveraineté, justice, et la haine devenue programme
Levinas était trop fin pour confondre démocratie et panique institutionnelle. Il aurait regardé Israël avec cette phrase en tête :
« La justice exige des institutions ; mais les institutions exigent une conscience. »*
L’enjeu n’est pas simplement juridique. Il est moral et politique :

Un État juif ne peut pas survivre si ses propres institutions cessent d’assumer leur part de responsabilité historique….
Il verrait une Cour Suprême qui, au nom d’une certaine idée de la morale, a parfois oublié que la démocratie ne repose pas seulement sur des juges mais sur un peuple.
Levinas n’aurait pas sanctifié l’arbitraire judiciaire au-dessus de la souveraineté populaire.
Il aurait rappelé que la justice juive n’est pas l’empire froid d’un clergé juridique, mais une respiration entre loi, peuple et Histoire.
Il verrait une opposition qui, trop souvent, ne combat plus une politique mais un homme jusqu’à transformer la critique légitime en haine obsessionnelle. Levinas, qui voyait la haine comme la négation ultime de la responsabilité, aurait dit ceci :
« Quand la haine devient moteur politique, la pensée s’effondre et le pays se brise. »*
Et il aurait posé ce rappel simple, qu’aucun adversaire ne peut effacer :
- « Les urnes ont parlé, plusieurs fois ;
- Elles ont désigné Netanyahou ;
- Elles ont confirmé Netanyahou ;
- Elles ont renouvelé Netanyahou. »*
Dans une démocratie, cela ne se discute pas à coups d’invectives, de manœuvres ou de fièvre judiciaire permanente ; cela se combat par d’autres urnes. Pas par la disqualification morale systématique.
Levinas n’aurait pas rédigé un panégyrique. Mais il aurait refusé l’injustice intellectuelle. Il aurait dit de Binyamin Netanyahou ce que la probité impose :
« C’est un dirigeant qui a porté Israël à travers des tempêtes que beaucoup n’auraient pas su traverser ; un homme politique que l’on peut critiquer mais que l’on n’a pas le droit de haïr au point de souhaiter la chute du pays avec lui. »*
Il aurait rappelé une autre évidence, effacée par la fureur : il existe une présomption d’innocence. Ce principe fondamental n’est pas une clause technique ; c’est une armature morale.
Ceux qui le bafouent au nom d’une « pureté » autoproclamée révèlent souvent que leur combat n’est pas judiciaire mais stratégique.
Quand la justice devient arme politique, la démocratie cesse d’être justice.
Et Levinas aurait regardé ceux qui rêvent d’abattre Netanyahou coûte que coûte et leur aurait dit (avec un esprit camusien) :
« Lorsque vous haïssez plus un homme de chez vous que ceux qui veulent vous détruire, vous n’êtes plus moralement sérieux. »*
Le problème n’est plus Netanyahou, le problème devient la nation elle-même.
Car il y a une ligne rouge morale :

On peut débattre, on peut critiquer, on peut s’opposer, mais on n’a pas le droit de souhaiter l’échec d’Israël pour satisfaire une revanche politique...
Levinas, fidèle à l’idée que « la responsabilité n’a pas d’alibi », aurait exigé des juges, des dirigeants et de l’opposition qu’ils se rappellent cela : Israël n’a pas le luxe de la haine intérieure. Quand l’Histoire frappe, il n’y a pas de place pour ceux qui préfèrent voir chuter leur adversaire que tenir debout leur pays.
8. Géopolitique : la fin de l’humiliation
Levinas n’était pas candide, il savait que la morale sans souveraineté n’est qu’une poésie tragique.
Dans Difficile Liberté, il rappelle que la morale n’existe vraiment que quand elle doit passer par l’État, par l’armée, par la décision.

Beaucoup voudraient qu’Israël reste un peuple de prophètes sans État. Ils préféraient le Juif sans défense. Ils supportent mal le Juif souverain...
Levinas aurait dit :
« Il y a un moment où la dignité consiste à refuser l’humiliation »*
Ce moment est arrivé.
Israël a été assassiné, insulté, infantilisé, menacé, culpabilisé. On l’a sommé de s’excuser d’exister tout en exigeant qu’il reste « moral ». Cela n’a plus cours, DAYENOU !
9. Ce que Levinas dirait aujourd’hui à Israël :
– « Sois fort, mais reste responsable.
– Ne deviens pas ce que tes ennemis veulent que tu deviennes. Ne cesse jamais de te regarder moralement mais ne t’excuse plus de vivre. »*
À l’Europe :
- « Vous avez parlé trop tard.
- Vous avez agi trop peu.
- Vous avez perdu toute autorité morale sur le sujet juif.
- Continuez à parler si cela vous rassure, mais n’espérez plus tenir le rôle de juge. »*
10. Conclusion – Le verdict moral
Levinas n’aurait pas sanctifié Israël, Il aurait refusé l’angélisme.
Mais il aurait dénoncé ce tribunal planétaire saturé d’hypocrisie.
Et il aurait rappelé cette vérité ultime :
« La vraie morale n’est pas celle qui juge à distance. La vraie morale est celle qui agit dans la tempête, qui assume la force quand il le faut, et refuse que la conscience se taise. »*

Aujourd’hui, Israël reste l’un des seuls États dont la puissance est encore habitée par une inquiétude morale. Cette inquiétude est sa grandeur...
Et si Levinas était là, il dirait calmement, fermement, sans fureur mais sans concession :
« Israël a été humilié. Israël a été mal jugé. Israël a été abandonné, cela suffit. »*
À partir de maintenant : pas d’arrogance, pas de brutalité satisfaite, mais aucune soumission. Jamais plus. SS♦

Serge Siksik, MABATIM.INFO
* Cette phrase n’est pas de Levinas ; je l’ai imaginée afin de nourrir mon article…SS
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Texte magistral – En fait les pays occidentaux s’acharnent à ramener/ ou à convertir le juif à leurs niveaux, leur bassesse. Le véritable juif ne se pliera jamais, ni ne pourra tenter de colmater les fibres juives qui l’animent, depuis son existence. C’est dans le fond ce qui le rend éternel et invincible. Il a survécu à toutes les civilisations, les empires… On connaît l’histoire.
Je l’ai repris – merci.
Amitiés Thérèse
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[…] 08/01/2026 Serge Siksik […]
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