L’Iran s’effondre ! « Allô, les pays arabes ? Vous êtes là ? »

Par Yves Mamou,
[15 janvier 2026]

Curieux ! Les pays arabes n’ont pas l’air d’avoir envie que leur ennemi numéro un disparaisse !

Un effondrement de l’Iran serait pour le Moyen-Orient, « l’équivalent de la chute du mur de Berlin » dit Elliot Abrams, ex-diplomate de la première administration Trump.

En effet, si les mollahs étaient chassés du pouvoir, les États sunnites du Moyen-Orient verraient disparaître un ennemi structurel qui, depuis 46 ans, les menace de son ambition hégémonique.

La révolution islamique chiite en 1979 a en effet, rebattu l’ensemble des cartes au sein du monde musulman. Elle a radicalisé, par contagion mimétique, le monde sunnite et donné naissance au terrorisme d’Al Qaeda, de l’État islamique, etc.

En se positionnant en commandeur de tous les croyants, le Guide Suprême iranien est entré en rivalité directe avec le sunnisme et des États arabes sunnites...

En appelant à la destruction de l’État d’Israël dès le début des années 1980, l’Iran révolutionnaire a donné à sa « diplomatie » une dimension transfrontière révolutionnaire.

L’Iran c’était « musulmans de tous les pays, unissez-vous contre Israël ». Un slogan qui a déstabilisé les régimes arabes, les faisant passer pour des régimes faibles, des quasi infidèles prêts à pactiser avec l’ « entité sioniste ».

Si l’Iran révolutionnaire disparaissait, ouf ! Quel soulagement pour les pays arabes ?

Eh bien pas du tout, ils y tiennent les pays arabes à leur tyran intime, ils ne veulent pas être débarrassés des mollahs. Que personne n’y touche !!!

– États du Golfe (Arabie saoudite, Émirats, Bahreïn, Koweït, Oman) : «Mais ça ne va pas la tête de nous demander si l’effondrement des mollahs nous convient ? Chhhhuuutttt ! Taisez-vous ! »

« Prudente expectative »peut-on lire dans les Clés du Moyen Orient.

Traduction : que le pire n’arrive pas.

L’Arabie Saoudite, Oman et le Qatar tentent même, si l’on en croit le Wall Street Journal, de dissuader Donald Trump d’intervenir.

Les médias Al-Arabiya / Asharq Al-Awsat (saoudiens) couvrent les évènements a minima. Tout juste apprend-on ici ou là que le Qatar propose sa médiation à l’Iran. Intermédier quoi ? Difficile de savoir.

– Qatar. Il est le seul État du Golfe en sympathie islamiste avec Téhéran. En 2017, quand les autres États du Golfe se sont ligués pour déstabiliser le cheikh al Thani qui règne à Doha, l’Iran a maintenu ses liens avec le Qatar et lui a permis de garder la tête hors de l’eau.

Aujourd’hui, si le bouclier iranien disparaissait, la position du cheikh al Thani serait beaucoup moins confortable.

Al Jazeera, la chaîne d’information du Qatar, couvre certes les évènements en Iran, mais de manière très prudente et en n’affichant aucune sympathie pour les émeutiers.

-Liban. Mutisme absolu du gouvernement :

  • il ne faut pas fâcher le Hezbollah, une milice créée par l’Iran en 1982, et plus puissante que l’armée libanaise.
  • Mais il ne faut pas fâcher Israël non plus, qui continue de pilonner les positions du mouvement chiite au Liban. Casse-tête !!

Le gouvernement libanais est pris au piège.

Privé de l’Iran que deviendrait le Hezb ? Se laisserait-il désarmer ? Pas si sûr ! Deviendrait-il une mafia de la drogue, ce qu’il est déjà ? Pas facile de savoir. D’ailleurs, nul ne veut rien savoir au Liban !

– Égypte et Jordanie. Même attitude « prudente » que dans le Golfe.

Rien ne fait plus peur aux despotes arabes qu’un soulèvement, peu importe qu’il se produise à 1 000 kilomètres de chez eux.

.L’Égypte dépasse les 100 millions d’habitants et la situation économique du pays est apocalyptique. La junte militaire au pouvoir n’a peur que d’une chose : que le soulèvement populaire en Iran donne des idées à la population égyptienne. Un effondrement iranien pourrait aussi déstabiliser la circulation dans le canal de Suez. Le premier gagne-pain du pays ! Alors, les médias Al-Ahram / Youm7 observent un silence quasi-total. Une chute du régime iranien ? On n’en parle pas. L’autruche, on joue !

.Jordanie : Même prudence, mais la dépendance plus grande du régime envers l’axe Washington/les États du Golfe/Israël oriente plutôt l’analyse vers un soulagement stratégique.

Mais il faut faire attention à la population majoritairement arabe et « palestinienne » de Jordanie qui, elle, n’aime guère les ayatollahs mais trouve que leur haine d’Israël a quelque chose de sympathique.

Le roi de Jordanie aspire surtout au calme et au calme et encore au calme, car il craint qu’un tremblement fasse vaciller son royaume.

– Irak. Pays arabe doté d’une population chiite majoritaire qui cherche à s’extraire de la domination iranienne tout en rendant des services (contournement de l’embargo américain) à l’Iran.

La minorité sunnite se réjouirait du renversement des mollahs et une partie des chiites irakiens aussi. Bref, un pays divisé.

Sur les réseaux irakiens, la population affiche sa sympathie pour les femmes et jeunes Iraniens en révolte. Mais d’importantes milices pro-iraniennes en Irak perdraient un soutien (politique et financier) qu’elles iraient chercher dans le trafic de drogue peut-être.

La chute du régime iranien est donc susceptible de générer des troubles intérieurs en Irak. Allô l’Irak ? Vous êtes là ?… Non, sont pas là non plus.

-Syrie. Le régime de Bashar al Assad qui était au service de Téhéran, a été chassé fin 2024. Ahmed al-Sharaa, chef du groupe djihadiste sunnite Hayat Tahrir al-Sham (HTS) occupe le fauteuil présidentiel. La population majoritairement sunnite de Syrie garde un souvenir amer de la guerre civile commencée en 2011 et du soutien apporté par Téhéran au dictateur alaouite, Bashar al Assad.

Mais les troubles ethniques actuels (sunnites/druzes, sunnites/kurdes) ne permettent pas au régime de se positionner vis-à-vis des évènements d’Iran. Allo la Syrie ? Répond pas !

-Hamas-Jihad Islamique Palestinien (Gaza). Hamas et Iran se sont unis (financements et armes) dans un but commun : la destruction de l’État d’Israël. L’effondrement du régime iranien serait donc une perte cruelle pour le mouvement terroriste sunnite, déjà mal en point.

Il pourrait encore compter sur l’argent du Qatar, mais il ne pourra plus s’illusionner sur sa capacité à agir avec les autres milices iraniennes contre Israël. Allo le Hamas, une déclaration ? « Allah ou akbar » ! ah merci !

– AP / Palestiniens non-Hamas (Judée Samarie). L’« antisionisme » iranien convenait parfaitement à l’Autorité Palestinienne. Mais son obligation de ménager ses sponsors européens et arabes l’incite au silence. Veulent pas répondre non plus.

Si effondrement iranien il y a, quelles conséquences ?

– Une source d’agitation et d’angoisse aura disparu.

L’espace public arabe (réseaux sociaux, commentaires, médias d’opinion), perçoit majoritairement l’Iran comme une source d’instabilité régionale (soutien au Hamas, soutien au Hezbollah, ingérences diverses) plutôt que comme un allié dans un jeu anti-israélien.

Mais la disparition d’un péril fait peur ! L’Orient est tellement compliqué que même les Orientaux ne veulent pas qu’il bouge !

– D’ailleurs, si l’Iran s’effondrait une autre source d’agitation et d’angoisse pourrait prendre la place.

La Turquie a les mêmes ambitions régionales que l’Iran. Elle aussi veut se donner les moyens d’agir par milices interposées. Elle aussi veut s’appuyer sur l’antisémitisme des Arabes pour unifier la Oumma contre Israël au nom de la « cause palestinienne »...

Vous voyez bien, disent les pays arabes : aucun intérêt à ce que les choses bougent ! La paix ? Enfin ? Mais vous n’y pensez pas !!!

– Question cruciale ? Que deviendraient ces encombrantes milices constituées par l’Iran, au Liban, en Irak, à Gaza, en Syrie, au Yémen ?

Vireront-elles vers un comportement mafieux ? Se mettront-elles en quête d’un autre sponsor ? La Turquie ? Non, non ! Elle n’a pas les moyens de les entretenir ! Que rien ne bouge, vous dis-je !!

– Si l’Iran s’effondrait, le Liban pourrait désarmer le Hezbollah plus facilement ? Oh là là, mais taisez-vous, taisez-vous !

Un axe chaleureux Jérusalem-Téhéran pourrait se mettre en place ?

… qui pourrait bien marginaliser les paix froides et improductives d’Israel avec les régimes arabes sunnites (Égypte, Jordanie). Oh mais quel désastre pensent les régimes arabes ! Que rien ne bouge surtout !

L’Arabie Saoudite se trouverait également face à un choix crucial :

  • Rallier l’axe hostile à Israël proposé par la Turquie ?
  • Ou construire une paix économique, scientifique et touristique avec Israël comme les Émirats l’ont fait ?

« Oui, mais qu’est-ce que je vais leur dire aux Saoudiens » pense Mohamed Ben Salmane le prince régnant ? « Qu’il faut pactiser avec Israël ? Surtout pas !! »

Les opinions publiques arabes sont-elles prêtes à une solution pacifique ?

Les opinions publiques arabes sont-elles prêtes à faire l’impasse sur la question palestinienne ?

Ne parlons de rien, taisez-vous.

Allah ou Akbar ! YM

Yves Mamou, Décryptages


En savoir plus sur MABATIM.INFO

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire. Il sera visible dès sa validation.