Nuremberg, le film : une apnée de 2h28

Par Liliane Messika,
[20 janvier 2026]

80 ans, jour pour jour après l’ouverture du procès de Nuremberg, le film éponyme sortira en France. Un film de plus de deux heures qui tient le public en haleine, voire en apnée de la première à la dernière image.

Russel Crowe et Rami Malek offrent une performance hors du commun sur un épisode de l’Histoire qui défie l’Humanité.

Bien qu’il connaisse la fin, le spectateur est happé par le suspense

C’est un docu fiction, beaucoup plus docu que fiction, joué avec une maestria qui vaudra certainement des Oscars à Russel Crowe, fantastique dans le rôle d’Hermann Göring et à Rami Malek plus vrai que nature dans celui d’un psychiatre tiraillé entre la carotte d’écrire un best-seller et le bâton de devoir offrir son scoop à l’accusation. Sans oublier Michael Shannon, aussi obsessionnel à l’écran qu’a dû l’être le véritable procureur Robert Jackson, à qui la notion de crime contre l’humanité doit sa naissance.

« Vous n’allez pas me juger parce que vous êtes plus moral que moi, mais parce que vous avez gagné la guerre. Si cela avait été le contraire, c’est vous qui seriez en prison et nous qui vous jugerions »,ditGöring/CroweàKelley/Malek.

« Si vous croyez que ces hommes, y compris Göring,étaient des monstres atteints de troubles psychiatriques, des individus vraiment déviants, alors vous les absolvez de la responsabilité de leurs actes », explique Jack El-Hai, l’auteur du livre dont est tiré le film.« Ils ont fait des choix, et un monstre ne fait pas nécessairement des choix. Un monstre agit simplement comme un monstre. Et je préfère les tenir responsables de leurs actes. »

Dans les coulisses de l’Histoire

Le film avance au pas de charge entre images d’archives en noir et blanc et reconstitution avec des acteurs époustouflants de vérité, entre rappels d’Histoire et refus du manichéisme : un chef-d’œuvre d’images, de rythme, d’intelligence et de montage.

Avant le cœur du sujet, le face-à-face entre le psychiatre et le nazi, les coulisses de ce qui a été le tout premier procès de sa catégorie nous apprennent que celui-ci a failli ne pas avoir lieu.

Pour parvenir à l’organiser, le procureur Robert Jackson a dû pratiquer un gymkhana au milieu d’un parcours d’obstacles juridiques et diplomatiques. Il ne les a surmontés que grâce à une manœuvre, elle aussi inédite : un chantage contre le pape Pie XII.

Adolf Hitler s’était déjà suicidé (30 avril 1945), quand le psychiatre américain, Douglas Kelley, a été envoyé examiner les 22 haut-gradés nazis accusés, en attente de jugement. Il avait pour mission, d’une part, de décider s’ils étaient en état (psychiatrique et psychologique) d’être jugés et, d’autre part, d’empêcher qu’ils se suicident.

Il a accordé une attention particulière à Hermann Göring, le deuxième plus haut responsable nazi à être inculpé, le troisième dignitaire dans la hiérarchie du Reich et le plus intelligent de tous les prévenus.

En tant que psychiatre de l’armée américaine, Kelley avait travaillé dans des hôpitaux militaires à travers l’Europe, traitant des militaires atteints de ce qu’on appelle aujourd’hui le syndrome de stress post-traumatique. Avant le procès, il a passé environ cinq mois à mener des centaines d’heures d’entretiens avec chacun des 22 dirigeants nazis.

« Si nous pouvons définir psychologiquement le mal, nous pourrons empêcher que quelque chose comme cela ne reproduise jamais », déclare-t-il au début de sa mission. Il avait changé d’avis à la fin.

Un film tiré d’un livre tiré de faits réels

Lorsque le livre de Jack El-Hai est paru, en 2013, le magazine Psychology Today a formulé une critique en ces termes :

« Si vous avez aimé Eichmann à Jérusalem d’Hannah Arendt, essayez Le nazi et le psychiatre ».

El-Hai est souvent décrit comme un minutieux artisan de l’écriture. Un artisan élu meilleur ouvrier de sa discipline, alors ! Il effectue des recherches exhaustives et construit des bases de données encyclopédiques avant de commencer à écrire.

Pour ce livre il a exploré des archives inédites conservées par la famille du Dr Kelley :

« J’ai soulevé un couvercle, et la première chose que j’ai vue était un vieux carton Kodak sur lequel était écrit à la main : “ Radiographies du crâne d’Hitler.” »… « Papa les a obtenues auprès d’un des médecins d’Hitler », m’a dit son fils. »

Le Reichsmarschall Göring était-il visiblement un monstre, ou possédait-il du charme ? Les nazis étaient-ils absolument différents des gens banalement méchants ? Le psychiatre Douglas Kelley répond à ces questions à l’instar de Hanna Arendt, en invoquant la banalité du mal.

D’après ses observations et ses tests, les criminels nazis avaient un QI moyen ou supérieur à la moyenne et Göring, en particulier, était doué d’une grande imagination créative et d’un narcissisme de montgolfière. Mais surtout, c’était tous des bourreaux de travail et de banals opportunistes que l’on peut trouver partout :

« Je suis persuadé qu’il existe, même en Amérique, des personnes qui n’hésiteraient pas à marcher sur les cadavres de la moitié de la population américaine si cela leur permettait de prendre le contrôle de l’autre moitié. »

Le psychiatre n’était pas insensible au charme du nazi

Dans son livre, El-Hai s’attarde sur les ambiguïtés du psychiatre. Si son évaluation et, surtout, ses notes personnelles en vue de l’écriture d’un livre, ont aidé l’accusation à formuler des questions plus pertinentes, il n’a fourni ces documents qu’après avoir été lui-même confronté aux images des camps de concentration.

« Les choses comme celle-ci se produisent quand les gens ne s’y opposent pas avant qu’il soit trop tard », lui dit le jeune soldat qui lui a servi d’interprète auprès des nazis prisonniers.

Parmi les personnages de premier plan du film, celui-ci est le seul juif. Les atrocités dont Göring était responsable ont eu raison de l’ambition de Kelley de garder sa documentation pour son projet éditorial.

L’auteur du livre, Jack El-Hai (en hébreu, littéralement « Dieu est vivant »), vient d’une famille juive qui a fui l’Espagne pendant l’Inquisition. Elle a séjourné brièvement en Italie et en Turquie, beaucoup plus longtemps en Crète (plusieurs générations) avant de finalement s’installer aux États-Unis. Comme son héros, El-Hai est américain avant tout. Mais peut-être son goût pour l’étude des psychopathes est-il le fruit d’une crainte atavique plus ancienne que la deuxième guerre mondiale ?

La haine joue un rôle primordial, mais elle n’aura pas d’Oscar

Lors de ses interventions avec le psychiatre, Göring explique la vénération dont Hitler faisait l’objet : il avait rendu leur fierté aux Allemands et leur avait promis qu’ils pouvaient aussi retrouver leur puissance d’avant le Traité de Versailles. Le nazi admet volontiers que la Solution finale n’est qu’un moyen comme un autre de donner un exutoire à des gens qui n’ont pas à manger et encore moins d’espoir.

Fabriquer la haine et la canaliser sur un objet est une stratégie gagnante…

« Cela peut recommencer n’importe quand, avec n’importe quel uniforme et même sans uniforme », affirme le psychiatre.

Cela a recommencé le 7 octobre 2023.

Quand les miliciens du Hamas ont tué 1200 civils, ils ne portaient pas d’uniforme. Ils n’ont enfilé leur tenue militaire qu’au moment de la mise en scène, pour échanger leurs otages contre des terroristes.

Comme le Hamas, LFI donne raison à Göring : ce n’est probablement pas pour obéir aux consignes de ses alliés verts (écolo), mais pour se concilier les suffrages verts (islam) qu’elle recycle les mêmes boucs émissaires qu’Hitler. La même haine et la même mécanique : d’abord on nie le passé du bouc émissaire, puis sa culture, sa place dans la société et finalement son existence.

Jusqu’où les Nationalsozialistenfrançais iront-ils et qui amalgameront-ils à leurs boucs émissaires historiques : les Blancs ? les hétéros ? les auditeurs de CNews ? LM♦

Liliane Messika, Dreuz


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