
Par Richard Prasquier,
[5 février 2026 Radio J]
Dimanche 1er février, voyage du Crif à Auschwitz, remarquablement organisé, comme d’habitude, par l’équipe du Mémorial de la Shoah sous la direction d’Olivier Lalieu. Protégé par ses vêtements sophistiqués, chacun des 300 participants pouvait imaginer ce que signifiait pour un prisonnier sous-alimenté, portant une simple toile de coton et des sabots sans chaussettes, de supporter des températures de -20° dans cette plaine de Silésie exposée au froid sibérien…
J’ai visité Auschwitz la première fois en 1993, avec mon ami Henri Klugman qui avait connu le ghetto de Varsovie, ainsi que les camps de Majdanek et Auschwitz. Contrairement à lui, les Juifs polonais envoyés à Birkenau provenaient en général de localités voisines et non de l’ensemble de la Pologne.
Auschwitz est proche de Cracovie, capitale du gouvernement général de Pologne, mais la région avait été annexée au Reich dans la province de Haute Silésie et Himmler lui avait attribué une vocation internationale.
C’est ailleurs, dans des lieux qui furent de simples usines de mort, que la moitié des 3 millions de Juifs polonais assassinés furent gazés : Treblinka (900 000), Belzec (450 000), Sobibor (200 000).

Pour les imposteurs qui parlent de génocide à Gaza, une visite s’impose dans ces lieux peu fréquentés où il n’y eut pas de survivants en dehors de très rares Sonderkommandos survivants des révoltes…
J’ai fait plus de vingt voyages à Auschwitz, parfois simplement pour une cérémonie, une réunion du Conseil International ou une discussion difficile au sujet du Bunker 1, le plus souvent en visite du camp.
J’en ai tiré une compréhension historique chaque fois plus précise mais une compréhension mentale chaque fois plus oppressée.
En effet, les impératifs de survie n’y permettaient pas, en dehors peut-être de certains postes ou sous-camps privilégiés, de maintenir les normes de sociabilité que nous croyons inhérentes à la nature humaine. Et bien qu’il ne s’agisse pas de la définition juridique, les nazis ont à Auschwitz effectué au sens propre un crime contre l’humanité, non seulement parce qu’ils y ont exterminé tant d’êtres humains, mais aussi parce qu’ils se sont employés à réduire ceux qui tentaient de survivre à un état non humain.
Stücke, pièce, est un des pires mots du vocabulaire nazi.
Dans de telles circonstances, il peut sembler dérisoire sinon indécent de se cantonner à l’histoire plutôt que de faire résonner vers le ciel ou vers les hommes un cri de détresse, de colère ou de vengeance.
Mais nous qui n’avons pas regardé, comme l’écrit Primo Levi, le visage de la Gorgone, et qui ne sommes d’ailleurs que les témoins des témoins, nous devons transmettre ce qui fut, au plus près possible de la vérité des faits, car c’était souvent là le dernier espoir des disparus, c’est le respect que nous leur devons et c’est une exigence morale d’autant plus impérative que se développe le monde de la post-vérité.
Or, l’histoire d’Auschwitz est géographiquement complexe, Stammlager d’Auschwitz 1, camp de Birkenau ou Auschwitz 2, usine de caoutchouc synthétique Buna Monowitz et la quarantaine de sous camps qui constituent Auschwitz 3, différents les uns des autres.
C’est aussi une histoire longue.
Le 14 juin 1940 les premiers détenus polonais amenés par train entendent sur les hauts parleurs de la gare que les Allemands sont entrés dans Paris. Le 27 janvier 1945 quand l’Armée soviétique arrive à Auschwitz, Paris était libéré depuis 5 mois.
C’est enfin une histoire plurielle qui n’est pas seulement celle de l’extermination des Juifs :
- Plus de 70 000 polonais y sont morts, le plus grand lieu du martyrologue polonais, que les Juifs se doivent de ne pas oublier.
- 20 000 tziganes y furent assassinés
- ainsi que 15 000 soldats soviétiques dont le taux de survie fut de 1 %, le plus faible de tous, et dont la mémoire ne fut jamais mise en exergue dans leur pays, car « un soldat communiste ne se laisse pas faire prisonnier ».
Interrogé par l’armée britannique, Rudolf Höss, le commandant du camp,, prétendit que 3 millions de personnes étaient mortes à Auschwitz.
Ces chiffres furent repris à l’époque communiste, mais ils étaient faux. Toutes les études convergent sur le fait qu’il y eut à Auschwitz 1 100 000 victimes, dont 90 % étaient Juifs. Faurisson et consorts se réjouissaient des chiffres manifestement exagérés qui les confortaient dans leur mystification négationniste.
De façon plus conforme à la vérité, mais approximative, on expliquait que les gazages avaient eu lieu dans les 4 crématoires de Birkenau dont chaque visiteur peut voir les traces. Mais ces chefs-d’œuvre de la technologie allemande ne commencèrent à fonctionner qu’au printemps 1943. Jusque-là, depuis un an, les gazages avaient eu lieu dans le bunker 1, la maison rouge, petite ferme en briques rouges auquel on ajouta le bunker 2 ou maison blanche. La gestion des cadavres y était artisanale, ils étaient enterrés ou brûlés à ciel ouvert. C’est là que furent gazés une quarantaine de milliers de Juifs déportés de France au cours de l’année 1942, dont les 3000 enfants de la rafle du Vel d’Hiv.
Birkenau évoque la rampe d’arrivée à l’intérieur du camp telle qu’on la voit sur l’album d’Auschwitz.
Mais ces photos furent prises fin mai 1944 sur des installations mises en place une quinzaine de jours auparavant pour simplifier l’extermination des Juifs hongrois. 430 000 de ceux-ci furent en effet assassinés à Auschwitz où ils arrivèrent dans 147 trains en 56 jours. Un chef d’œuvre de logistique d’Adolf Eichmann et de technologie d’extermination avec souvent plus de 10 000 personnes gazées par jour……
Mais auparavant, c’était sur la Judenrampe, à distance du camp, longtemps oubliée jusqu’aux initiatives de Serge Klarsfeld, que s’était effectuée la sélection des déportés juifs…
Les prisonniers de Birkenau qui voyaient la fumée et sentaient l’odeur de chair brûlée savaient tous à quoi s’en tenir.
En mai 1944 le rapport très détaillé de deux juifs slovaques enfuis de Birkenau, Rudolf Vrba et Alfred Wetzler, fut traduit et assez largement diffusé. Ce fut le premier document irréfutable qui informa le monde sur ce qui se passait à Auschwitz.
Le régent hongrois, Miklos Horthy, le doyen des dirigeants antisémites européens, ne pouvant plus prétendre ignorer le sort des Juifs qu’il envoyait sur les trains, menacé par les chancelleries alliées, comprenant que les Allemands risquaient de ne pas gagner la guerre, ordonna l’arrêt des convois le 6 juillet 1944.
Le rapport Vrba – Wetzlerne permit pas, comme ses auteurs l’espéraient, la fin des gazages qui se poursuivirent encore cinq mois, ou le bombardement des voies d’accès à Auschwitz, mais il sauva probablement beaucoup des 200 000 Juifs de Budapest dont la déportation n’avait pas encore eu lieu.
À l’époque communiste, on signalait les Juifs comme l’un parmi d’autres dans la liste des peuples victimes de la barbarie nazie, au même titre par exemple que les Bulgares et les Autrichiens et c’était une vertu internationaliste que de ne pas mentionner que ces Bulgares ou Autrichiens étaient juifs.

C’est exactement ce qu’a fait la BBC ce 27 janvier lorsque ses journalistes ont rappelé avec beaucoup de gravité dans la voix les 6 millions de victimes, sans jamais signaler que ces victimes étaient juives...
Mais l’escroquerie intellectuelle va encore plus loin et, une fois de plus l’URSS en a fourni l’idée.
Après la guerre des Six Jours, le régime soviétique, humilié par la déconfiture des équipements militaires qu’il avait fournis à ses alliés arabes a lancé une campagne antisémite sous couvert d’antisionisme :
Un régime communiste ne pouvant décemment utiliser ni des arguments racistes, ni des arguments religieux, il a construit d’Israël l’image d’un État impérialiste et du sionisme une idéologie alliée au nazisme.
Ce fut le sens de la thèse d’histoire du jeune Mahmoud Abbas, rédigée par le KGB. Elle était le contraire d’une vraie thèse d’histoire…

Nous y voilà de nouveau aujourd’hui. On ne nie plus la Shoah, on en évacue les Juifs pour la transformer en symbole d’un crime dont seuls les impérialistes pourraient être capables. Ce crime, Gaza en est l’archétype, le « vrai » génocide...
S’il est vrai c’est qu’on n’arrête pas de le marteler, même si c’est à rebours des faits.
Tout simplement, comme l’enseignait Goebbels, parce qu’un mensonge répété avec persistance devient une vérité.
C’est donc en tant que génocidaires, car partisans du sionisme, que nous avons visité Auschwitz. C’est la philosophie des grands penseurs français de notre époque, Rima Hassan et Aymeric Caron.
Dans un discours prophétique prononcé le 27 janvier 2024 devant le Bundestag et rappelé par le Président du Crif, Yonathan Arfi, dans son discours à Birkenau, Simone Veil alertait :
« Quand on retourne la mémoire de la Shoah contre les Juifs… quand on banalise le génocide juif… ou qu’on exploite les clichés de la propagande antisémite au service du combat antisioniste, l’Europe a le devoir d’arrêter ces dévoiements, non seulement par respect pour les survivants de communautés décimées…, mais aussi par souci de sa propre dignité ».
Nous y sommes… RP♦

Lire également : La Shoah Sans Les Juifs…, d’Yves Mamou
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Merci pour ce texte magnifique.
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