Le Qatar à la croisée des chemins

Par Amit Segal,
[12 mars 2026]

Peu après le déclenchement de la guerre, le Qatar a annoncé la fermeture de son installation de liquéfaction de gaz naturel à la suite d’une frappe iranienne. Les conséquences ont été immédiates : le surplus mondial de gaz s’est évaporé et les prix de l’énergie ont bondi.

Les États-Unis sont extrêmement sensibles aux prix de l’énergie – et ce président en particulier, revenu au pouvoir sur fond de colère contre l’inflation.

Puis quelqu’un aurait expliqué au président que cette situation pourrait relever d’un calcul plus large :

Une coordination entre l’Iran et le Qatar pour fermer l’installation et ainsi faire pression en faveur d’une fin rapide de la guerre

Selon cette version, Trump serait entré dans une colère noire et aurait fait savoir que cela ne se poursuivrait pas.

Le sort des Qataris a quelque chose de touchant :

  • Sans l’Iran, plus besoin d’une base américaine avancée à Doha
  • – et sans cette base, l’influence de l’émirat gazier s’évapore.

C’est peut-être pour cela que, depuis le début de la guerre, Doha a multiplié les messages étonnamment conciliants envers Israël. Soudain, les bombardements israéliens ne sont plus décrits comme un « génocide » sur Al-Jazeera.

À ce rythme, même Tucker Carlson – largement abreuvé de financements qataris – pourrait redécouvrir les vertus du peuple juif.

Peut-être les Israéliens le méritent-ils.

Mais certains de nos proches partenaires, comme les Émirats arabes unis, subissent eux aussi les contrecoups de cette guerre. Pour eux comme pour nous, elle devrait se conclure par une issue décisive.

Contrairement à Israël, ces États n’ont pas construit leur existence sous le feu. Si demain ils se retrouvent en première ligne, la responsabilité nous en sera imputée – avec toutes les conséquences problématiques que cela implique.

Dans ce contexte, les dirigeants qataris pourraient, par pur pragmatisme, finir par expulser le Hamas de leur territoire.

Le prétexte serait l’absence de condamnation par le mouvement des frappes iraniennes.

La vraie raison serait plutôt la volonté de se rapprocher de l’Occident.

La possible disparition du régime des ayatollahs annoncerait aussi la fin d’une époque : celle de la médiation permanente.

Sans empire terroriste chiite, plus d’otages à négocier, plus de guerres à arbitrer – et plus d’argent à faire circuler.

Du côté du Hamas non plus, l’avenir n’a rien de simple.

La Turquie sera probablement peu encline à les accueillir – surtout maintenant qu’Erdoğan a découvert que Trump, qu’il pensait tenir dans sa poche, entretenait en réalité depuis longtemps des relations discrètes avec les Kurdes qu’il abhorre.

Après tout, que peut faire le Hamas lorsque papa bombarde maman ?

Cette semaine, l’ambassade d’Iran à Doha a ouvert un registre de condoléances après la mort de Khamenei.

– Les Iraniens s’attendaient à ce que, après tant d’années de coopération, les dirigeants du Hamas viennent rendre hommage.

– Mais d’un autre côté, un tel geste passerait très mal à Doha ces jours-ci, alors que le Qatar est lui-même sous la menace de missiles balistiques.

Alors ils ont hésité. Et continuent d’hésiter.

Pour l’instant, le registre de condoléances reste vide. AS♦

Amit Segal


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