
Par Yves Mamou,
[22 mars 2026]
Pas question pour les Arabes sunnites et les Européens progressistes de faire la guerre à l’Iran aux côtés d’Israël. Cachez ce Juif que je ne saurai voir.
– Pourquoi les États arabes du Golfe, qui dépensent 100 milliards de dollars annuels pour leur défense (dont 40 milliards d’équipements militaires de pointe), ne ripostent-ils pas quand l’Iran les bombarde et les empêche d’exporter leur pétrole ?
– Pourquoi l’Europe, malgré les mensonges de Téhéran sur le nucléaire et ses violations répétées de tous les accords précédemment signés, refuse-t-elle l’emploi de la force pour le respect de ce fameux « droit international » dont elle se gargarise si souvent ?

Ces questions, en apparence distinctes, renvoient en réalité à une même réponse : la place stratégique d’Israël dans le conflit...
Un paradoxe stratégique
Sur le papier, les intérêts d’Israël, des États du Golfe, de l’Union européenne et des États-Unis convergent :
- Israël veut mettre fin à la menace d’éradication qui pèse sur son territoire et sa population depuis plusieurs décennies.
- Les monarchies du Golfe ont toujours compris que l’Iran menaçait leur indépendance. Et les drones et missiles iraniens qui les frappent aujourd’hui concrétisent une volonté de domination qui aurait dû les amener à réagir.
- L’Europe a tout intérêt à empêcher une prolifération nucléaire iranienne qui déstabilise le Moyen-Orient et qui, tôt ou tard, la menacerait.
- Les États-Unis aussi ont toutes les raisons de considérer Téhéran comme une menace directe. Le régime a pris en otage leur personnel diplomatique en 1979, a assassiné 241 marines à Beyrouth en 1983, et fait hurler « Mort au Grand Satan » par des milliers de manifestants sur une base quotidienne depuis cinquante ans.
Les quatre (monarchies du Golfe, Union européenne, États-Unis, Israël) devraient unir leurs forces contre l’Iran. Mais aucune coalition militaire cohérente ne s’est mise en place. Et quand l’Iran bloque le détroit d’Ormuz par où transite 20 % du pétrole mondial, l’Europe progressiste morigène les États-Unis comme un fauteur de troubles.
Ce décalage entre rationalité stratégique et inertie politique appelle une explication plus profonde.
ISRAËL, « PERTURBATEUR STRATÉGIQUE »
L’hypothèse qui sera défendue ici est que la présence d’Israël transforme la nature même du conflit.

Jusqu’à présent, Israël a mené ses guerres seul. Mais quand apparaît la possibilité d’une coalition contre un ennemi commun, les positions se figent...
Pour les États du Golfe, Israël est un multiplicateur de coût politique.
- Il est possible qu’un État musulman ait le même ennemi qu’Israël. Mais il sera impossible à cet État musulman de s’allier à Israël si cet ennemi commun est un autre État musulman. A fortiori, une « république islamique » qui a fait de la cause palestinienne son fer de lance politique.
- Pour les États du Golfe, s’allier avec Israël fragilise leur légitimité politique. Les familles royales sont traversées de courants intégristes qui les fragilisent et les populations de ces émirats sont farouchement « propalestiniennes ».
- Du coup, pourquoi les États du Golfe iraient-ils s’engager dans une alliance toxique avec Israël si les États-Unis et l’État hébreu font le « boulot » ?
Pour l’Europe, la présence d’Israël provoque une dissonance narrative
En principe, l’Union européenne (UE) devrait s’indigner que :
— l’Iran fabrique clandestinement une bombe atomique et ce faisant piétine, bafoue et viole au quotidien ce « droit international » dont elle se gargarise ;
— L’Europe, si « sensible » aux droits humains » des Palestiniens, devrait s’indigner que l’Iran assassine par dizaines de milliers des manifestants iraniens désarmés. Elle s’est juste bornée à inscrire les Gardiens de la Révolution sur la liste des organisations terroristes.
— L’Europe qui a fait pénitence de la Shoah devrait s’indigner qu’un État islamique comme l’Iran reprenne à son compte le projet hitlérien d’extermination des Juifs. Mais elle préfère sanctionner Israël sur ses démêlés avec les Palestiniens.
Alors, plutôt que de rejoindre la coalition américano-israélienne, l’Union européenne fait état :
- de contraintes budgétaires liées à la guerre en Ukraine ;
- de contraintes de fabrication de matériel militaire ;
- d’absence d’intérêt vital direct.
Ce positionnement contradictoire de l’UE – obligation morale et politique à agir et auto-interdiction de le faire pour des raisons « techniques » – est l’équivalent d’un « double bind », soit le dilemme d’un individu face à deux injonctions contradictoires.
La réticence des Européens à agir aux côtés d’Israël s’explique aussi par la présence en Europe
- d’importantes concentrations de populations musulmanes ;
- de la mobilisation politique à gauche autour de la cause palestinienne depuis le 7 octobre 2023 ;
- du poids d’une gauche extrêmement critique envers un Israël dénoncé comme « génocidaire ».

Tout alignement avec Israël se traduirait par un coût politique immédiat. D’où une prudence structurelle qui mène à la paralysie…
La présence d’Israël fragmente également le Parti républicain américain.
- « Pourquoi sommes-nous en guerre avec l’Iran ? Parce qu’Israël l’a décidé », a déclaré l’influenceur Tucker Carlson à The Economist.
- Joe Kent, patron du Centre national de lutte contre le terrorisme aux États-Unis, a démissionné le 17 mars, en accusant Israël et le lobby juif de manipuler l’administration Trump.
- Candace Owens, autre influenceuse très populaire à droite, accuse Israël d’avoir été à l’origine de l’assassinat de Charlie Kirk, un fervent supporter de Donald Trump.
Au XXI siècle, la présence juive perturbe toujours

Rien, en théorie, ne s’oppose à une coalition contre l’Iran. Rien, sauf Israël. Israël agit ici comme un test de cohérence. Et ce test, pour l’instant, est massivement négatif…
Le monde arabe ne conçoit pas la moindre coopération militaire (officielle) avec l’État juif. Et l’Union européenne estime que le soutien à Israël est trop coûteux politiquement. Mieux vaut laisser l’Iran déstabiliser le Moyen-Orient.

La réalité est brutale : ce n’est pas l’Iran qui bloque une coalition. C’est Israël...
Ou plus précisément :
Le refus persistant des Arabes et des Occidentaux, au XXIe siècle, de traiter l’État juif comme un allié légitime – même face à un ennemi commun.
Téhéran peut continuer d’avancer.
Ses adversaires sont paralysés en raison d’un impensé politique et culturel. YM♦

Yves Mamou, Substack
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