Par Richard Prasquier,
[10 avril 2026]

La fête de Pessah vient de s’achever, une occasion d’utiliser son symbolisme (la matza vs le hametz, l’essentiel vs le marginal) dans un contexte géopolitique inhabituellement chaotique.
Pensées pour le peuple israélien, dont une partie est soumise à d’épuisantes et répétitives courses aux abris, acceptées avec stoïcisme.
Mais pensées aussi pour le peuple iranien, opprimé par un régime sanguinaire et dont le sort présente bien des analogies avec celui des Hébreux sous le règne de Pharaon.
Cette année ici, l’an prochain à Jérusalem, dit le rituel de Pessah. La première Alyah après celle de Moïse fut celle d’un groupe de Judéens dont les ancêtres avaient été exilés après la prise de Jérusalem par les Babyloniens, et ce retour fut possible grâce au nouveau maître de la Mésopotamie, le roi perse Cyrus.
Nous connaissons non seulement la date (538 avant l’ère chrétienne), et le texte de son décret.
Plus tard, si la reine Esther n’a pas laissé de trace dans les annales, le Talmud de Babylone fut constitué dans un environnement iranien, et des spécialistes, tel l’Américain Chai Secunda, ont savamment analysé les points de confluence.
L’époque moderne ne fut pas toujours idyllique pour les Juifs (pogrom et conversion forcée des Juifs de Meshed au XIXe siècle) mais en 1979 il y avait en Iran une communauté juive de près de 100 000 personnes dont les ancêtres étaient présents avant l’arrivée des Iraniens eux-mêmes, avec un régime qui entretenait avec Israël des relations officieuses notoirement cordiales. Tout cela a évidemment disparu avec l’arrivée de Khomeini.
Aujourd’hui, alors que beaucoup de Juifs en Diaspora s’interrogent sur l’avenir de leur présence, pour les Iraniens, l’exil a un visage double et tragique :
- Dispersion minoritaire pour ceux qui ont quitté le pays,
- Exil intérieur pour l’immense majorité.

Il suffit de 10 à 20 % de soutiens du régime, familles de pasdaran ou de bassidj, privilégiés, ambitieux ou exaltés, pour diffuser des vidéos d’une résistance soi-disant unanime au grand et au petit Satan…
Cela permet aux chancelleries de parler de « l’Iran » alors qu’il s’agit d’une mafia qui a mis le pays en coupe réglée et qui plutôt que d’assurer à sa population un accès à l’eau potable a choisi d’orienter ses revenus pétroliers à la constitution d’un arsenal militaire démesuré et à l’armement d’alliés extérieurs à sa solde.

Le massacre de 40 000 manifestants, certains aujourd’hui disent 60 000, est d’une ampleur qui dépasse certains massacres de la Shoah parmi les pires, Babi Yar, Bogdanowka ou Erntefest.
Et pourtant il n’a mobilisé aucune protestation populaire d’ampleur dans nos pays.. La solitude des Iraniens crée une fraternité de destin avec les Juifs marqués par leur histoire…
À Téhéran en janvier un manifestant âgé à qui on demandait s’il avait peur a répondu : « Peur de quoi ? Je suis mort depuis 47ans ! ».
C’était, au nombre d’années près, ce que pensaient les révoltés du ghetto de Varsovie.
Beaucoup ont cru, après un premier jour qui a vu l’élimination des principaux dignitaires du régime, que la mafia au pouvoir s’effondrerait rapidement sous les coups de boutoir des bombardements.
Mais un régime qui se maintient par la terreur n’a que faire de l’hostilité populaire tant qu’ils garde sous la main un noyau d’affidés prêts à mater une révolte à n’importe quel prix.
Les appels de Trump sur ses réseaux sociaux encourageant les « courageux » Iraniens à se révolter ont malheureusement probablement contribué à envoyer une jeunesse à la boucherie. Le président américain avait vite oublié ces messages et n’a pas évoqué le changement de régime quand il s’est mis en guerre.
Ceux qui dirigent l’Iran aujourd’hui ne sont ni des seconds couteaux, ni des pleutres. Ils ont été dans leur jeunesse d’enthousiastes partisans de Khomeini et ont eux-mêmes préparé la machine de guerre et de répression iranienne d’aujourd’hui :
- Ahmed Vahidi, chef des Gardiens de la Révolution et ancien ministre de la Défense aurait été le cerveau de l’attentat contre l’AMIA, en 1994.
- En face de lui, Ghalibaf, que certains prennent pour le « good cop » est très loin d’être un modéré,
- de même que Abbas Aragchi, Ministre des Affaires étrangères.
Ces hommes sont des fanatiques, dont l’objectif est la suprématie du chiisme iranien dans l’Islam et la suprématie de l’Islam dans le monde, mais ils pensent à long terme et sont de redoutables négociateurs.
Ils ont fait du détroit de Ormuz le point crucial de la guerre alors que le Président américain en avait minimisé l’importance en commençant son opération militaire (« nous n’avons pas besoin d’y aller ») avant de faire machine arrière (« ouvrez ce foutu détroit ! ») et d’accepter un cessez-le feu au motif du chantage iranien sur le détroit.

Le régime iranien était en misérable situation au moment du cessez-le feu, mais aidé par une sorte de complaisance admirative de la plupart des médias occidentaux, il parvient de faire croire que c’est lui qui mène le jeu et impose ses conditions...
À Islamabad les objectifs des Iraniens et des Américains sont incompatibles, et les palinodies et les rodomontades de Trump qui suggère un jour que les États Unis pourraient éradiquer toute la civilisation iranienne pour se proposer le lendemain comme partenaire dans le paiement de taxes à l’entrée d’Ormuz et le surlendemain réclamer de nouveau l’ouverture de ce détroit ont laissé ses soutiens dans la stupéfaction.
Rares sont ceux désormais qui pensent
- qu’il n’acceptera aucune des prétentions iraniennes,
- qu’il gardera ses exigences inchangées
- et qu’il obtiendra la liberté de trafic dans le canal.
Je fais partie de ceux qui espèrent que les négociateurs américains resteront fermes et je suis convaincu que la paix, la vraie, ne viendra que d’un changement de régime.
Devant la guillotine, Mme du Barry suppliait : « Encore un instant, Monsieur le bourreau ! ».

Contrairement à d’autres, les Israéliens n’ont pas l’intention de mettre leur tête sur le billot et de laisser la théocratie iranienne développer des armements dont ils seront évidemment la première cible...
Ils n’ont pas confiance dans les organismes internationaux et les accords de façade.

Quoi qu’on prétende sur les vertus de la négociation, le JCPOA qui ne disait mot des missiles n’a ralenti que très modestement les Iraniens dans la poursuite de leurs objectifs et ne serait de toute façon plus valide à date actuelle…
Benjamin Netanyahu, qu’on l’aime ou non, a toujours été d’une cohérence absolue au sujet de l’Iran qu’il a toujours considéré comme la menace existentielle majeure que doit affronter Israël. Grâce à Trump et à l’extraordinaire partenariat que Tsahal a forgé avec l’armée américaine les moyens d’agression de l’Iran ont été drastiquement diminués. On a vu cependant à quelle vitesse les Gardiens de la Révolution savaient reconstituer leur potentiel militaire…
Le peuple israélien et le peuple iranien ont un objectif commun : éliminer le régime sanguinaire actuel de Téhéran.
Ce devrait être un objectif de l’ensemble du monde qu’on dit civilisé. Inutile de dire que ce n’est le cas que de manière incantatoire… RP♦

Richard Prasquier, Hey
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