Israël a-t-il perdu sa guerre contre le Hamas ?

Par Yves Mamou
[1ᵉʳ mars 2025]

Parti pour détruire le Hamas, Israël négocie la libération des otages. Mais tout n’est pas fini…

Récapitulatif.

Le 7 octobre 2023, le mouvement terroriste palestinien Hamas a lancé une attaque surprise contre l’État d’Israel. Au cours de cette attaque, 1200 civils désarmés – hommes, femmes et enfants – ont été assassinés dans des conditions de terreur et de souffrance innommables et 250 personnes ont été emmenées en otages à Gaza. Certains otages ont été confiés à des familles qui les ont mis en esclavage, d’autres ont été retenus dans les souterrains dans des conditions inhumaines.

Les raisons pour lesquelles l’armée a laissé le Hamas assassiner, torturer, détruire une région pendant une journée entière sans intervenir ne sont pas élucidées.

BILAN MILITAIRE

Dans les jours qui ont suivi le 7 octobre, l’armée israélienne est entrée dans la bande de Gaza. Après presque un an et demi de guerre, le bilan est le suivant :

Chiffres. Israël a infligé des pertes significatives au Hamas – les chiffres varient de 8 500 à 17 000 terroristes éliminés sur un total d’environ 25 000 miliciens –. Israël affirme avoir démantelé la plupart des 24 bataillons du Hamas, et tué des dizaines de commandants et de dirigeants clés. Nombre de tunnels et caches d’armes ont été détruits. La prise du corridor de Philadelphie à Rafah en mai 2024 a permis de couper des voies de ravitaillement utilisées par le Hamas.

Côté israélien, 844 soldats, officiers et réservistes – dont plusieurs dizaines d’agents de sécurité locaux – ont été tués ; un peu moins de la moitié (329) ont été tués le 7 octobre, et au moins 405 lors de l’offensive terrestre à Gaza.

TOUTEFOIS : Le Hamas continue de parader dans Gaza, pille les convois de ravitaillement de l’ONU, revend la nourriture pour financer son effort de guerre et payer ses miliciens, transforme les opérations de libération d’otages en messes télévisées pour afficher aux yeux du monde arabe sa « victoire militaire ». Le Hamas est aussi l’armée qui a tenu le plus longtemps face à la meilleure armée du Moyen-Orient… et il semble loin d’être éradiqué.

COMMENT UNE MILICE TERRORISTE A-T-ELLE PU SURPRENDRE LE PLUS PUISSANT SERVICE DE RENSEIGNEMENT DU MOYEN-ORIENT ?

Des fautes multiples du renseignement :

Les services de renseignement de l’État d’Israël n’auraient pas interprété correctement les multiples signaux indiquant qu’une opération militaire était imminente.

Une désinformation minutieuse, deux années durant, a permis au Hamas de convaincre Israël qu’il était « dissuadé » et ne voulait pas la guerre. Le renseignement israélien était convaincu que le Hamas se concentrait sur la construction d’un État à Gaza et sur la prise de contrôle de la Judée – Samarie (Cisjordanie). Une confrontation majeure avec Israël n’aurait lieu qu’après.

« C’était vrai, ont déclaré les responsables israéliens, jusqu’à ce que Sinwarprenne le contrôle (du Hamas à Gaza) et réoriente le groupe vers une attaque directe contre Israël », reconnaissent aujourd’hui les responsables militaires israéliens.

Rappelons tout de même que Sinwar a eu un rôle dirigeant à Gaza, depuis au moins 2017.

La faute des services de renseignement s’étale donc sur presque une dizaine d’années.

Le 7 octobre 2023, des bulldozers, des deltaplanes et des pickups bourrés de miliciens ont enfoncés la frontière sur plus de soixante points différents et ont pénétré en territoire israélien sans rencontrer aucune résistance.

QU’EST CE QUI A EMPÊCHÉ LA PLUS PUISSANTE ARMÉE DU MOYEN-ORIENT D’ÉRADIQUER UNE BANDE DE LOQUETEUX ?

Les otages et la division du peuple israélien.

En Israël même, deux populations se sont affrontées publiquement :

– La première représentait le camp de « sauver les otages à tout prix »

– et la seconde le « camp de la victoire totale contre le Hamas ».

  • Le premier groupe rassemble une population de gauche, anti Netanyahou, partisan de négociations immédiates et de concessions : cessez-le-feu prolongé, libération massive de prisonniers palestiniens en échange des otages. La frange dure de ce courant considère que le Premier ministre est la cause principale du maintien des otages en captivité.
  • À l’opposé, une frange plus nationaliste, souvent alignée avec la droite religieuse et les résidents des implantations de Judée Samarie, soutient la position officielle de Netanyahou : aucun compromis majeur avec le Hamas, qui doit être écrasé pour garantir la sécurité à long terme d’Israël.

La stratégie militaire israélienne a oscillé régulièrement entre ces deux options, sauver les otages et/ou éradiquer le Hamas.

L’impossibilité politique de sacrifier les otages, montre que le premier groupe a imposé sa vision au second.

Les tunnels tambours

Les Israéliens savaient que le Hamas avait truffé la bande de Gaza de tunnels. Mais le réseau qu’ils ont découvert les a stupéfaits par son ampleur. Au moins 500 kilomètres selon une déclaration de Yahia Sinwar lui-même. Les tunnels servaient – croyait Tsahal –, à abriter les miliciens, stocker des armes et des munitions, rendre les déplacements discrets. garder des prisonniers, attaquer (Israël) – et pratiquer la contrebande d’armes (avec les bédouins du Sinaï).

Mais après le 7 octobre, les tunnels ont révélé une fonction plus essentielle encore : faire battre le cœur des médias occidentaux.

Les tunnels n’ont pas été conçus pour abriter la population de Gaza, mais pour mettre en valeur son sacrifice.

Bousculée, déplacée d’un endroit à un autre en fonction des bombardements, les Gazaouis ont joué à la perfection pour les caméras occidentales le rôle que le Hamas leur a attribué, celui de « Palestiniens innocents victimes de la barbarie sioniste ».

La mécanique de la victimisation s’est alors déployée sur le mode de :

Quoi, au nom de deux cents otages, les Israéliens tuent vingt mille personnes, trente mille personnes, quarante mille personnes… ?

Nul ne pouvait dire combien de « civils » mouraient chaque jour à Gaza, mais imperturbablement, le « ministère de la Santé » du Hamas a publié des chiffres en croissance exponentielle. Plusieurs centres de recherche ont démontré que ces chiffres étaient truqués mais imperturbablement, les médias ont repris les chiffres du Hamas.

Les tunnels et les « Gazaouis innocents » sont ainsi devenus le battement de cœur d’une accusation quotidienne de « génocide » sur les réseaux sociaux.

La victime n’était plus le juif innocent assassiné et séquestré dans les tunnels, mais la population arabe de Gaza qui acceptait de mourir pour rendre service au Hamas.

La pression de l’administration Biden sur Israël.

L’administration Biden a été aussi surprise qu’Israël par l’attaque du Hamas. Dans un premier temps, Washington a protégé Israël d’un conflit qui menaçait de s’ouvrir sur plusieurs fronts (Syrie, Hezbollah, Iran…). « Don’t » a dit Biden au Hezbollah et à Téhéran. Et deux porte-avions ont été dépêchés en Méditerranée.

Mais au fur et à mesure de l’allongement des combats, au fur et à mesure de la victimisation de la population civile, au fur et à mesure de l’accusation de « génocide », l’administration américaine a exercé une pression croissante en vue d’obtenir un cessez-le-feu.

Dans une interview fleuve donnée en janvier 2025, au New York Times – un entretien ou le mot « cessez-le-feu » est répété huit fois – Anthony Blinken, ex-Secrétaire d’État, a expliqué comment il a empêché les Israéliens de gagner la guerre.

– La première fois en obligeant Tsahal à laisser entrer à Gaza d’immenses convois d’aide alimentaire.

– Et la seconde fois, en menaçant de bloquer le voyage de Joe Biden en Israël et en restreignant l’accès aux armes et munitions.

Dans le média israélien Ynet, le général israélien Giora Eiland, a regretté qu’Israël se soit laissé imposer « le narratif inventé par les Américains d’un Hamas clone de l’État Islamique, soit une organisation terroriste qui opprime la population de Gaza.

Le récit exact, affirme le général Eiland,

« est que le 7 octobre,“l’État de Gaza” a lancé une guerre criminelle contre l’État d’Israël. Dans les guerres entre États,il est d’usage d’exercer une pression économique sur l’État ennemi et même de lui imposer un siège. Le droit international n’impose nullement de fournir à l’État ennemi de quoi satisfaire tous ses besoins ».

Une pénurie relative de munitions et des convois massifs d’aide humanitaire ont progressivement parasité l’action militaire israélienne, aidé le Hamas à conserver le contrôle de la population – a le pouvoir celui qui nourrit le peuple – et contribué à son effort de guerre : le Hamas a revendu l’aide gratuite pour embaucher des miliciens.

Les conflits publics entre l’administration américaine et le Premier ministre israélien n’ont pas arrangé les affaires des otages.

« Chaque fois qu’il y a eu un conflit public entre les États-Unis et Israël et que certains ont pu avoir l’impression que la pression sur Israël augmentait, le Hamas a renoncé à accepter un cessez-le-feu et la libération des otages » a reconnu Blinken dans le NYT.

Israël, géant militaire, a été entravé par son principal allié…

ET MAINTENANT ?

/… YM

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3 commentaires

  1. nous avons perdu la guerre le 7/10 , depuis nous essayons ,tant bien que mal, de rattraper une defaite totale infligée a un Israel qui envoie des satellites et dispose d armes nucleaires , par un groupe de va nu pieds sortis du moyen age .
    oui c est une defaite militaire et conceptuelle totale .

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  2. On ne peut pas gagner une guerre en nourrissant son ennemi. Israel n’a pas d’avenir, mais ce n’est de toute façon pas un pays juif.

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