Collège de France : le colloque de la honte

Par Simone Rodan,
[10 novembre 2025]

Je vois circuler des réactions indignées après l’annulation du colloque « Palestine et Europe » : certains crient à la censure, d’autres comparent cette décision à la déprogrammation d’Eva Illouz ou à l’interruption violente d’un concert de musiciens israéliens.

Rien à voir.

D’un côté, un colloque révisionniste, organisé au sein d’une institution censée incarner le savoir et la rigueur scientifique.

De l’autre, l’essentialisation : prendre pour cible des individus non pour ce qu’ils font, mais pour ce qu’ils sont – ou plutôt, pour ce qu’ils sont présumés être.

Il n’y a pas de symétrie : seulement une perversion du sens, du vrai et du juste

Un colloque sous influence qatarienne

Le colloque « Palestine et Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », coorganisé par le Collège de France et le CAREP Paris, était tout sauf neutre.

Le CAREP n’est pas un centre académique indépendant :

Il constitue la branche française du réseau qatarien « Arab Center for Research and Policy Studies » (ACRPS), dirigé par Azmi Bishara, idéologue panarabiste proche du pouvoir de Doha, qui a quitté Israël en 2007 sous le coup d’accusations d’espionnage pour le Hezbollah pendant la guerre du Liban.

Le site officiel du Doha Institute répertorie explicitement le CAREP Paris comme « Office / Branch » du réseau ACRPS, au même titre que ses antennes de Tunis, Beyrouth ou Washington.

Son directeur, Salam Kawakibi, est un proche de Bishara ; plusieurs contenus publiés sur le site du CAREP proviennent directement de l’Unité d’analyse politique de Doha.

Autrement dit, le Collège de France a offert sa caution à une structure relevant d’un appareil d’influence étranger, financé par un État connu pour son soutien aux Frères musulmans et au Hamas.

C’est une faute institutionnelle et morale majeure.

Une lecture idéologique de l’histoire

L’argumentaire du colloque inversait systématiquement les causes et les responsabilités :

le sionisme y était décrit comme une entreprise coloniale européenne, sans un mot sur les pogroms, l’exclusion, la Shoah, ni même sur la guerre d’extermination du 7 octobre.

La naissance d’Israël n’était plus l’expression d’un droit à l’autodétermination, mais le produit d’un impérialisme occidental.

– La culpabilité européenne devenait la clé de lecture unique : Israël serait né d’un « péché moral » de l’Occident, et la Shoah réduite à une simple justification politique.

C’est une inversion du réel – un révisionnisme déguisé en décolonialisme. L’Histoire n’y est plus étudiée : elle est réécrite pour servir un dogme.

Un programme à charge, sans contradiction

Tous les panels étaient univoques :

  • « Le sionisme comme projet européen d’expansion coloniale » ;
  • « De l’instrumentalisation de la Shoah dans le déni de l’affliction palestinienne » ;
  • « Réseaux d’influence et intérêts économiques » ;
  • « De la rhétorique à la complicité : l’Europe et la crise du droit international à Gaza ».

Pas un seul intervenant n’apportait de contrepoint.

Le colloque devait s’ouvrir avec Azmi Bishara, figure intellectuelle du Qatar, et se clore avec Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU, accusée d’antisémitisme y compris par la France : le ministère français des Affaires étrangères a officiellement dénoncé, en mars 2024, ses propos sur « le lobby juif » et « la culpabilité occidentale », les jugeant incompatibles avec les valeurs des Nations unies.

Entre Bishara et Albanese défilaient les auteurs de Gaza, une guerre coloniale – ouvrage militant accusant Israël de génocide et l’Europe de complicité.

Le tout, sous le sceau du Collège de France, comme si la recherche devenait tribunal.

Un contenu ouvertement militant

Les publications du CAREP confirment cette dérive.

Sur son propre site, on peut lire :

« La guerre génocidaire qu’Israël mène contre les Palestiniens de Gaza s’accompagne d’une réoccupation progressive de la bande de terre… Ce qui est en jeu pour le Hamas, c’est la disqualification d’Israël. » – Leïla Seurat, « Le Hamas face à l’expansionnisme colonial d’Israël », CAREP Paris, 5 mai 2025.

Le Hamas y est présenté non comme un mouvement terroriste, mais comme l’expression d’une lutte anticoloniale, tandis qu’Israël est accusé de « nettoyage ethnique » et de « guerre génocidaire ».

Ce lexique, répété dans plusieurs textes du CAREP, relève clairement d’une grille idéologique, pas d’une démarche scientifique.

La perversion du savoir

Ce colloque ne relevait donc pas du débat intellectuel : il relevait de la moralisation politique du savoir.

– On y remplaçait la nuance par la culpabilité,

– la méthode par l’indignation,

– l’analyse par le jugement.

Ce n’était plus un lieu de science, mais un théâtre d’inversion morale, où Israël incarnait le Mal et l’Europe la faute originelle.

La Shoah y devenait non plus mémoire mais obstacle, non plus avertissement mais soupçon.

C’est là le cœur du révisionnisme contemporain : non plus nier les crimes du passé, mais les détourner pour légitimer ceux du présent.

Comparer l’incomparable, encore

Annuler ce colloque n’a rien de commun avec :

  • la censure d’un artiste israélien,
  • l’exclusion d’une intellectuelle juive,
  • ou les violences antisémites qui se multiplient en Europe.

– Dans un cas, on bâillonne la liberté individuelle au nom d’une idéologie.

– Dans l’autre, on refuse de confondre :

  • savoir et propagande,
  • science et manipulation,
  • mémoire et instrumentalisation.

Annuler ce colloque, c’est

refuser qu’une institution républicaine serve de caisse de résonance à une entreprise d’influence révisionniste ;

– et défendre la probité du savoir contre la contamination du mensonge. SR♦

Simone Rodan, Substack


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