Frères musulmans : l’erreur colossale de l’Occident

Par Pierre Rehov,
[16 janvier 2026]

Face à l’approche agressive des États-Unis, les organisations des Frères musulmans en Europe prospèrent, et la réponse est plutôt faible

Le 24 novembre 2025, le président américain Donald Trump a signé un décret exécutif ouvrant un processus formel pour désigner certaines parties des Frères musulmans comme « organisations terroristes étrangères » et « acteurs terroristes mondiaux spéciaux ». Le décret ordonne aux secrétaires d’État et au Trésor d’examiner les activités des branches des Frères musulmans dans des pays tels que l’Égypte, la Jordanie et le Liban, et de prendre des mesures en vertu des lois américaines antiterroristes pour leur refuser leurs capacités et ressources – une mesure que l’ordre relie explicitement aux priorités de sécurité nationale suite à l’invasion du Hamas en Israël le 7 octobre 2023, et à ses répercussions dans tout l’Occident. De plus, l’ordre établit un calendrier accéléré pour la soumission de recommandations concernant certaines branches.

Le décret exécutif de Trump reflète l’effort le plus sérieux des États-Unis depuis des décennies pour affronter cette organisation politico-musulmane, qui a été perçue à Washington depuis des années comme une controverse politique plutôt que comme une menace mortelle pour la sécurité.

De l’autre côté de l’Atlantique, cependant, la réponse à ce courant idéologique est tout à fait différente. Dans l’Union européenne et dans nombre de ses grandes capitales, l’islam politique – souvent incarné dans des organisations liées aux Frères musulmans – reste une partie d’une approche plus large de « dialogue avec les islamistes ».

Pourrait-on imaginer un « dialogue avec les bolcheviks » ou un « dialogue avec les nazis » ?

Les musulmans radicaux sont traités comme une voix légitime au sein de la société civile et du discours politique…

Les décideurs européens préfèrent éviter les définitions polémiques et choisissent plutôt de collaborer avec des réseaux islamistes, en tant que partenaires dans une société « multiculturelle ».

Le contraste entre la politique de confrontation de Washington et la politique de partenariat de Bruxelles reflète un profond écart stratégique, dans la manière dont l’Occident perçoit l’islam politique.

L’administration Trump ne considère pas les Frères musulmans comme un partenaire pour une réflexion politique, mais comme une menace pour la sécurité nationale. Le décret présidentiel de novembre 2025 considère les Frères musulmans, comme les théoriciens de l’islam politique, supportant le Hamas et d’autres organisations terroristes. La directive de Trump ordonne à l’administration de recueillir des preuves et notamment, à propos de l’aide matérielle octroyée aux organisations terroristes, la qualifiant d’infraction à la loi, et de réduire leurs activités internationales.

Les mesures du président font suite à des années de débats au sein de l’administration américaine et au Congrès, sur la question de savoir, si les Frères musulmans méritent d’être classés comme une organisation terroriste. Au fil des années, les administrations américaines ont différentié les groupes djihadistes violents – tels qu’Al-Qaïda et Daech – des mouvements islamistes politiques, ayant participé aux élections ou à des activités publiques « éducatives » et « caritatives » comme les Frères musulmans.

Cependant, la combinaison de la violence islamiste mondiale avec les réseaux fréristes a modifié la perception américaine, qui est devenue plus réaliste.

Parallèlement, de nouvelles initiatives du Congrès actuel ont de nouveau permis d’ancrer la définition en question par la loi.

En revanche, l’Union européenne a adopté une approche beaucoup plus prudente, et parfois même indulgente, préférant considérer les musulmans extrémistes comme des électeurs potentiels…

Bruxelles et les capitales des États membres de l’Union ont collaboré avec des réseaux liés aux Frères musulmans, par le biais de financements, par des tentatives d’inclusion dans la société civile et par les politiques multiculturelles. Un exemple en est le « Forum des organisations de jeunesse et d’étudiants musulmans en Europe », une organisation paneuropéenne, active sur les arènes politiques de l’Union européenne, bien que dans divers rapports elle ait été accusée d’entretenir des liens avec les Frères musulmans, ce qu’elle nie.

L’implication politique des organisations s’identifiant aux Frères musulmans en Europe dépasse les simples associations étudiantes.

La « Fédération des organisations islamiques en Europe », fondée en 1989 et basée à Bruxelles coiffe des dizaines de groupes musulmans et elle est considérée comme un interlocuteur reconnu auprès des institutions européennes. Bien qu’elle se considère comme représentant les intérêts du « courant principal » musulman, une recherche académique sur le sujet a montré les liens de ses fondateurs avec les Frères musulmans et avec une idéologie islamiste internationale.

La politique européenne de « dialogue » découle de la conviction largement répandue, selon laquelle l’intégration de voix « diverses » dans les cadres sociaux et politiques réduit l’extrémisme…

Ses détracteurs soutiennent, en revanche, que la coopération avec des groupes ayant des liens idéologiques avec l’islamisme international normalise des courants politiques, qui rejettent les valeurs libérales européennes et brouille les limites de l’extrémisme.

En pratique, cette approche a permis aux organisations islamistes de s’enraciner dans des réseaux culturels et institutionnels– des forums de mouvements de la jeunesse aux processus de conseil en politiques publiques.

En Belgique, et surtout à Bruxelles, le siège de l’Union européenne, cette dynamique « d’inclusion » est particulièrement marquée. Des études présentées au Parlement européen ont révélé des flux de financement importants, provenant des programmes de l’Union européenne vers des organisations liées aux réseaux des Frères musulmans, suscitant l’inquiétude du législateur quant à l’utilisation de l’argent du contribuable.

Ces groupes n’ont pas seulement reçu un financement public, mais ont également été invités à participer aux discussions politiques et à occuper le rôle de conseil au sein de la société civile, une situation qui aurait été inimaginable selon la doctrine de Trump.

La France est un condensé du dilemme présent dans tous les pays de l’UE.

  • Un rapport produit à la demande du gouvernement en 2025 affirmait que les réseaux des Frères musulmans avaient discrètement étendu leur influence via des écoles, des mosquées et des ONG locales, tout en dissimulant leurs objectifs idéologiques derrière un voile d’intégration et de services sociaux.
  • Le rapport a conduit le président français, à réunir des ministres de haut rang, pour discuter des façons de répondre à ce qui était décrit comme un« défi à long terme pour les valeurs laïques de la République ».

Cependant, la politique préconisée par ce rapport a rencontré l’opposition d’activistes des droits civiques et d’universitaires, qui ont remis en question les conclusions du rapport et ont mis en garde contre la « stigmatisation » des communautés musulmanes...

D’autres critiques ont soutenu que qualifier l’engagement civique d’« infiltration islamiste » pourrait éloigner les voix modérées et alimenter les tensions internes dans la société.

La tension entre les considérations de sécurité et l’« inclusion » politique reflète la lutte plus large de l’Europe avec l’islam politique

L’Allemagne reflète également la complexité de l’approche européenne.

La communauté islamique d’Allemagne, liée à la « Fédération des organisations islamiques en Europe » a été désignée par les services de sécurité intérieure, comme liée aux Frères musulmans.

Néanmoins, dans le cadre du pluralisme en vigueur en Allemagne, elle continue d’œuvrer ouvertement sur le territoire allemand.

Par conséquent, sous prétexte de défendre les valeurs de liberté d’association et d’expression, nous voyons comment les institutions européennes se font infiltrer par des réseaux islamistes.

En Suède, les réactions au rapport français sur l’influence des Frères musulmans ont montré comment la politique intérieure et la politique européenne plus large envers l’islamisme sont interconnectées.

Le ministre de l’Emploi et de l’Intégration, Mats Person, a réuni un « groupe d’experts » pour étudier l’influence de l’extrémisme musulman, mais il a été confronté à de vives critiques de la part de dirigeants sociaux-démocrates, qui ont rejeté les accusations portées contre les Frères musulmans sous le prétexte, qu’elles étaient « motivées par des considérations politiques ».

Cela illustre le profond désaccord sur la manière de traiter l’islam politique en Europe.

À travers le continent, des organisations musulmanes extrémistes ont mis en place des réseaux puissants de mouvements de jeunesse et d’institutions éducatives. Les rapports indiquent, que des organisations liées aux Frères musulmans gèrent des écoles et des centres culturels.

Rien qu’en France, ont été identifiés des centaines de réseaux agissant dans des mosquées, ce qui révèle la profondeur de l’enracinement des mouvements fréristes dans la communauté musulmane.

La présence des Frères musulmans au sein des institutions n’est pas fortuite. Les analystes soulignent, qu’il s’agit d’une politique structurée de la part des groupes affiliés aux Frères musulmans.

Pour infiltrer les cercle du pouvoir, les organisations islamistes utilisent la tactique de pénétration discrète dans des partis modérés. Au sein de ces partis, ils maintiennent une organisation séparée et nient obstinément l’existence d’une « organisation dans l’organisation ».

Plutôt que de se confronter directement aux valeurs libérales et démocratiques, les agents entristes exploitent des failles des lois, ce qui tend à estomper la frontière entre la liberté religieuse et l’islam politique. Toutes ces menées torpillent les efforts de définir une position unie de l’Occident contre les idéologies extrémistes.

Cette division est particulièrement frappante dans les débats sur Israël, où l’hésitation européenne et les attitudes vagues envers l’islam politique – accompagnées d’incitateurs bien financés – ont alimenté les troubles anti-israéliens et la radicalisation parmi les jeunes musulmans dans les villes européennes.

À travers le continent, des villes telles que Paris, Berlin et Bruxelles sont devenues des champs de la controverse à propos des Frères musulmans.

— En Allemagne, le réseau de mosquées et d’organisations de la « Communauté musulmane d’Allemagne » est un exemple de la manière dont l’influence islamiste s’accommode aisément des structures démocratiques, sans déclencher une réaction politique coercitive.

— À Bruxelles, les financements provenant de l’Union européenne, aux organisations non gouvernementales liées aux Frères musulmans continuent.

Tout cela contredit la doctrine de l’administration Trump selon laquelle les liens idéologiques et organisationnels avec l’islam politique ne sont pas une composante du pluralisme civil, mais plutôt une menace pour la sécurité.

Bien sûr, beaucoup de musulmans en Occident cherchent simplement à mener une vie meilleure, mais ce ne sont pas eux, qui encouragent l’extrémisme musulman.

L’agenda même de l’islam est de répandre le don d’Allah – l’islam (Dar al-Islam, « Maison de l’Islam ») – au reste du monde (Dar al-Harb, « Maison de la Guerre », ceux qui ne se sont pas encore rendus à l’islam), que ce soit par pénétration ou par la force.

Finalement, lorsque tous les peuples du monde se seront rendus à l’islam, volontairement ou de manière coercitive, la « paix » prévaudra. Alors, on soutient que le monde jouira de la « religion de la paix »…

En ouvrant le processus de déclaration des branches des Frères musulmans comme organisations terroristes, Trump remodèle le discours stratégique – privilégiant la sécurité nationale et la lutte contre le terrorisme à l’illusion de « confinement » et de « dialogue ».

L’écart entre l’Europe et les États-Unis révèle une division philosophique plus profonde dans la compréhension de l’islam politique en Occident.

  • Le cadre européen met l’accent sur l’intégration, le multiculturalisme et l’implication, parfois au détriment de la gestion des courants idéologiques extrémistes qui sous-tendent ce phénomène. Ce faisant, elle suppose que l’islam politique peut être modéré par la participation et le dialogue au sein des institutions démocratiques existantes.
  • L’approche de Trump, en revanche, suppose que certains courants idéologiques sont incompatibles avec les valeurs libérales-démocratiques lorsqu’ils soutiennent ou permettent une violence extrême, la déstabilisation ou des objectifs anti-occidentaux. La volonté de déclarer les branches des Frères musulmans comme organisations terroristes découle de cette logique et vise à perturber les réseaux d’organisations qui encouragent l’extrémisme et nuisent aux intérêts sécuritaires.

Le monde occidental suit donc deux chemins opposés.

— Sur le premier, les États-Unis de l’administration Trump s’orientent vers la clarté et la confrontation, prêts à définir des ennemis idéologiques et à les éloigner de la sphère politique.

— Sur le second, l’Europe poursuit sa politique d’implication, de confinement et de capitulation, tout en trouvant un équilibre dangereux entre l’aspiration à l’intégration civile et le danger idéologique.

Cette division n’est rien d’autre qu’un obstacle à la guerre contre le terrorisme et met en danger tout l’Occident. PR

Pierre Rehov, Gatestone et Mida


– Pierre Rehov est un romancier, reporter et vidéaste franco-israélien.
– A
rticle publié initialement sur le site du Gatestone Institute.
– MIDA : Magazine d’actualité en ligne, qui se revendique libéral et conservateur.
– Traduit et adapté pour MABATIM par Édouard Gris


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