
Par Simone Rodan,
[17 février 2026]
Sur la mort de Quentin Deranque et sur ceux qui ne veulent pas entendre
Je sais que je ne devrais pas être surprise.
- Évidemment que La France insoumise ne se remet pas en question.
- Évidemment les contre-accusations, le renversement méthodique de la culpabilité, la victimisation instantanée.
- Sur la violence, sur la responsabilité, car sur le communautarisme, sur l’islamisme, sur l’antisémitisme, on a la même chose depuis des mois, depuis des années.
La même mécanique, les mêmes mots, le même refus obstiné de voir ce qui crève les yeux. Je le sais. Je connais la stratégie. J’en connais les ressorts, les objectifs, les effets calculés.

Et pourtant. Chaque fois, quelque chose en moi refuse de s’y habituer. Quelque chose bute. Parce que je me dis – naïvement, peut-être – qu’il devrait bien y en avoir un, quelque part dans cette machine, un seul, qui à un moment se dise : ça va trop loin. Je porte une responsabilité. Je vais essayer d’écouter les victimes. Pas un. Jamais…
Le 11 février 2026, le groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale publie un communiqué. Il est toujours en ligne à l’heure où j’écris ces lignes :
LFI y exige du gouvernement qu’il « abandonne sa procédure de dissolution de la Jeune Garde », qualifiée d’outil « essentiel » de lutte contre l’extrême droite.
Le lendemain, le 12 février, des militants de cette même Jeune Garde semblent être responsables du lynchage d’un étudiant de 23 ans dans une rue du 7e arrondissement de Lyon.
Je voudrais que chacun relût ce communiqué. Pour la gravité de ce qu’il révèle :
Un parti de gouvernement qui, la veille d’un meurtre, demande publiquement la protection du groupe qui semble être impliqué dans le meurtre.
Il s’appelait Quentin Deranque. Il étudiait les mathématiques à Lyon 2. Il avait 23 ans. Le soir du 12 février, il accompagnait des militantes du collectif Némésis – mouvement féministe identitaire d’extrême droite – qui organisaient un rassemblement contre la venue de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon.
Quentin faisait apparemment partie du groupe d’hommes qui assurait leur protection. Selon les témoignages recueillis par l’enquête et les images diffusées au journal de TF1, une quarantaine de militants armés de gants coqués et de lacrymos – affiliés, selon Némésis et les premiers éléments de l’enquête, à la Jeune Garde de Lyon – les ont attaqués. Quentin a été isolé du groupe.
La vidéo amateur, insoutenable, montre trois hommes encerclés et roués de coups. Deux parviennent à fuir. Le troisième reste à terre, inanimé. C’est Quentin.
Frappé au sol, à coups de pied au visage, par une dizaine d’individus cagoulés, il a été laissé là, sur le bitume, comme un déchet. Secouru une heure plus tard par les pompiers, quai Fulchiron, à deux kilomètres de là. Il est mort le 14 février d’une hémorragie cérébrale.
Le parquet de Lyon a ouvert une enquête pour « coups mortels aggravés » et identifié cinq à six suspects, pour la plupart issus de la mouvance d’ultra-gauche. L’avocat de la famille, Me Fabien Rajon, parle d’un « guet-apens méthodiquement préparé » par des « individus organisés et entraînés, en très large surnombre et armés, ayant effectué des repérages préalables ». La famille a appelé « au calme et à la retenue ». Elle demande justice.
La chaîne est là, sous nos yeux, et il suffit de tirer le fil.
La Jeune Garde a été cofondée en 2018 à Lyon par Raphaël Arnault. Triple fiché S par la DGSI. Condamné définitivement en décembre 2025 pour violences volontaires en réunion. Élu député LFI du Vaucluse en 2024. Son organisation, dissoute en conseil des ministres le 12 juin 2025 par Bruno Retailleau pour « provocations répétées à des agissements violents », n’a jamais cessé d’exister.
En janvier 2026, Arnault inaugurait un nouveau collectif – « Génération antifasciste – Éteignons la flamme » – pour prendre la relève, avec le soutien direct du parti. Le collectif Némésis affirme avoir identifié parmi les agresseurs Jacques-Élie Favrot, collaborateur parlementaire d’Arnault et cofondateur de la Jeune Garde. L’intéressé dément. L’enquête tranchera.
Mais les faits, eux, sont déjà là :
- Un parti qui siège à l’Assemblée nationale,
- dont un député a fondé un groupe violent dissous par l’État,
- dont un collaborateur parlementaire est accusé d’avoir participé à un lynchage mortel,
- le tout en marge d’un événement organisé par une autre élue du même parti
- et dont le groupe parlementaire, la veille du meurtre, demandait la protection de l’organisation qui allait le commettre.
En avril 2025, Jean-Luc Mélenchon déclarait en meeting :
« J’appelle tous mes camarades Insoumis à se grouper derrière la bannière de la Jeune Garde. J’en parle avec passion, car ce sont mes jeunes camarades. »
Il faudrait relire cette phrase, elle aussi, lentement : …Mes jeunes camarades…
Le chef du quatrième parti de France qui, devant des milliers de personnes, appelle à rejoindre un groupe fondé par un triple fiché S, condamné pour violences, et dont la dissolution était déjà en cours.****C’est un choix. Un choix mûrement réfléchi, répété, assumé.
Dimanche 15 février, meeting à Montpellier. Mélenchon prend la parole. Une heure. Il commence par quelques secondes d’« empathie » et de « compassion » – il ne nomme pas Quentin – puis bascule :
« C’est nous qui sommes agressés. Nous n’avons rien à voir avec cette histoire. Tous ceux qui affirment le contraire sont des calomniateurs ! »
La mécanique est rodée. Je la connais. Vous la connaissez. Il ne condamne jamais sans se victimiser dans la même phrase. Il ne reconnaît jamais sans accuser. La mort d’un garçon de 23 ans devient, dans son récit, une opération de « calomnie » contre La France insoumise.
Les permanences vandalisées – faits évidemment condamnables – deviennent la preuve que le vrai agressé, c’est lui. Le mort disparaît derrière le martyre du tribun.

Mais il faut nommer la stratégie pour ce qu’elle est. La victimisation, chez Mélenchon, n’est pas un réflexe : c’est une arme. Se déclarer victime sert à désigner le prochain agresseur. C’est parce qu’on nous attaque que nous devons frapper...
C’est la logique de la brutalisation :
Installer un climat de guerre civile permanente, un récit dans lequel chaque citoyen doit choisir son camp, et où quiconque ne choisit pas le bon devient un ennemi existentiel. La violence n’est pas un accident de cette rhétorique. Elle en est le produit attendu, et peut-être l’objectif.
Car la brutalisation, chez LFI, ne sert pas seulement à mobiliser sa base. Elle sert à
- faire monter la température.
- rendre tout dialogue impossible.
- pousser l’adversaire à la radicalisation pour mieux le dénoncer ensuite.
Et, in fine, à faire monter le Rassemblement national – parce que Mélenchon a besoin du RN comme il a besoin d’oxygène : sans l’extrême droite, son récit s’effondre, sa légitimité disparaît, sa stratégie de tension n’a plus de carburant.
C’est aussi pour cette raison qu’il a fait de la question palestinienne l’alpha et l’oméga de sa politique :
Non par conviction sincère – où était-il quand les Palestiniens de Gaza étaient tués en Syrie ou à Gaza par le Hamas ? – mais parce qu’il sait que ce sujet est explosif, qu’il déchire, qu’il polarise, qu’il rapporte des voix dans certaines circonscriptions et qu’il permet surtout de faire monter la température.
Ça fait des années qu’on le sait. Des années qu’on parle d’« importation du conflit ».

Des Juifs ont été tués, blessés, agressés en France au nom de la Palestine – Ilan Halimi, les victimes de Merah, celles de l’Hyper Cacher. On leur a dit. On les a suppliés. Arrêtez ! Vous jouez avec le feu. Mais non. Ils continuent. Ils inversent. Ils accusent. Ils déshumanisent...
Et la preuve, la voici, toute fraîche, sous nos yeux. Ces derniers jours encore – ces derniers jours, alors qu’un garçon de 23 ans vient d’être tué par leurs militants – ,
Toujours le même procédé.
- Des Juifs qui refusent de se taire ? Extrême droite.
- Des féministes qui contestent leur ligne ? Fascistes.
- Des citoyens qui manifestent ? Cibles légitimes.
L’étiquette change parfois – « sionistes », « soutiens au génocide », « réactionnaires » –
Mais la fonction est toujours la même : déshumaniser l’autre pour rendre acceptable la violence qu’on lui inflige.
Je ne sais pas qui était Quentin Deranque dans l’intimité de ses convictions. Je ne sais pas s’il était d’extrême droite. Je n’en sais rien, et je n’ai pas besoin de le savoir. Parce que là n’est pas la question.
La question, c’est qu’un système idéologique a décidé qu’il était un ennemi. Et que,pour ce système,
tout le mondeest un ennemi potentiel.
- L’extrême droite est l’ennemi bien sûr.
- Mais les Juifs de « Nous Vivrons » sont aussi des ennemis.
- Les journalistes qui posent des questions sont des ennemis.
- Les élus de gauche qui refusent l’alignement sont des ennemis.

Quand le périmètre du « fascisme » s’étend à l’infini, la question n’est plus de savoir qui est le prochain « fasciste » désigné. La question est de savoir qui sera le prochain Quentin...
Le mot « fasciste », dans le vocabulaire de l’ultra-gauche, n’est pas un qualificatif politique. C’est une désignation de cible.
Quand vous êtes étiqueté « fasciste », vous n’êtes plus un adversaire avec qui l’on débat. Vous êtes un ennemi que l’on combat. Physiquement !
Et La France insoumise, depuis des années, élargit cette étiquette à quiconque ne partage pas sa grille de lecture, jusqu’à ce que le périmètre du « fascisme » englobe à peu près tout le monde.
Quentin Deranque accompagnait des femmes qui exerçaient leur droit de manifester. Dans l’œil de ses agresseurs, c’était suffisant. Il était « fasciste ». Donc une cible légitime. Donc éliminable.
Je pense aux Juifs de France, parce que la mécanique est la même et qu’elle fonctionne depuis plus longtemps :
Nous vivons une situation où des jeunes Juifs – qui viennent presque tous de la gauche, qui ne sont certainement pas d’extrême droite – se font qualifier de « soutiens au génocide » dès qu’ils expriment un lien avec Israël, dès qu’ils refusent le discours de La France insoumise, ou parfois simplement parce qu’ils sont juifs.
- En novembre 2023, des étudiants juifs de Sciences Po Paris se sont fait bloquer l’entrée de leur propre école par des militants qui scandaient « complices de génocide ».
- En mars 2024, le syndicat étudiant soutenu par LFI organisait des « tribunaux » pour désigner les enseignants « sionistes ».

92 % des Juifs de France considèrent LFI comme le premier responsable de la montée de l’antisémitisme…
Quatre-vingt-douze pour cent ! Ce chiffre, à lui seul, devrait provoquer un séisme dans n’importe quel parti politique démocratique.
Chez LFI, il ne provoque rien. Pas un doute. Pas une question. Pas un silence, même. Juste le même réflexe :
Ce sont eux qui nous calomnient.
Comme ils n’ont pas voulu écouter les Juifs, ils ne veulent pas écouter les citoyens qui leur disent qu’ils jouent avec le feu. Tous ceux qui contestent le discours de LFI sur l’islamisme, le communautarisme, le conflit israélo-palestinien sont automatiquement « fascistes », « racistes », « islamophobes », « soutiens au génocide ».
Le mécanisme ne varie jamais.
Par honnêteté, il faut dire aussi ceci : l’extrême droite n’est pas étrangère à la spirale de violence qui gangrène Lyon depuis une décennie. Les rixes entre groupes identitaires et militants d’ultra-gauche y sont récurrentes, documentées, et aucun des deux camps ne peut prétendre à l’innocence. Némésis, le collectif que Quentin accompagnait ce soir-là, se présente comme féministe, mais c’est aussi un mouvement identitaire dont le discours emprunte largement à l’idéologie ethno-différentialiste de l’extrême droite radicale. Cette proximité expose concrètement de jeunes militants à un engrenage dont ils ne mesurent pas toujours le danger.
Audace Lyon, le groupe qui revendique Quentin comme « camarade », est une émanation directe du Bastion Social, lui-même issu du GUD – c’est-à-dire de ce que l’extrême droite française a produit de plus violent depuis quarante ans. Son communiqué parle d’« autodéfense sur le terrain » et appelle à ce que Quentin « ne soit pas mort en vain » ; ce n’est pas le langage du deuil, c’est celui qui prépare les prochaines violences. L’instrumentalisation de ce mort par les groupuscules identitaires est le miroir exact de celle que Mélenchon opère depuis Montpellier : des deux côtés, le sang versé ne sert pas la justice, il sert la mobilisation.
Mais cette réalité – que personne ne conteste – ne dédouane en rien La France insoumise. Quand l’extrême droite commet des violences, elle est unanimement condamnée : par les médias, par la justice, par l’opinion. Personne ne demande à l’Assemblée nationale d’annuler la dissolution de ses groupes. Le sujet, c’est un parti qui prétend gouverner la France et qui entretient des liens organiques avec des milices violentes. Un parti dont la rhétorique transforme systématiquement l’adversaire en ennemi existentiel. Et qui, quand le sang coule, se déclare victime.
Je m’adresse maintenant au Parti socialiste. À Europe Écologie-Les Verts. Aux communistes. À tous ceux qui continuent de siéger avec LFI, de négocier avec LFI, de ménager LFI.
En juin 2024, vous avez accepté la candidature de Raphaël Arnault sous la bannière du Nouveau Front populaire. Un homme triple fiché S, fondateur d’un groupe violent.
- Vous l’avez fait élire député de la République.
- Quand ses liens avec la violence ont été documentés, vous avez détourné le regard.
- Quand la Jeune Garde a été dissoute, vous n’avez rien dit.
- Quand LFI a demandé l’annulation de cette dissolution, vous vous êtes tus.
Votre silence est une forme de complicité – pas juridique, morale. Chaque fois que vous détournez le regard pour préserver une alliance électorale, vous donnez à Mélenchon le message qu’il peut continuer. Que le prix à payer est supportable. Qu’un mort de 23 ans ne changera rien à l’équation.
Ce qui manque à la France, ce n’est pas plus d’extrémisme. Ce n’est même pas plus de « raison » – la raison, tout le monde s’en réclame, y compris ceux qui vous fracassent le crâne au nom de l’« antifascisme ».
Ce qui manque, c’est le courage d’écouter.
- Écouter les Juifs de France qui disent qu’ils ont peur, et qu’on renvoie à leur « communautarisme ».
- Écouter les citoyens qui disent que LFI joue avec le feu, et qu’on traite de « réactionnaires ».
- Écouter la famille de Quentin Deranque, qui appelle au calme alors qu’on vient de lui prendre son fils, et qui ne demande qu’une chose : la justice.
Tant qu’il n’y aura pas de remise en question – pas un mot, pas un geste, pas un seul –, le sang risque de continuer à couler. SR♦

Simone Rodan, Substack
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Vous dites….Qui sera le prochain Quentin…..correction svp Qui sont LES prochain Q »s??? Ce sont des Assassins, ils ne se limiteront a une seule personne et agiront de pire en pire. Voyez Melenchon….Pas de limite. Tous les moyens sont autorises.
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