Iran : dynamique de dissuasion, gestion de l’escalade et rationalité contrainte des acteurs

Par Coralie Fiori-Khayat,
[24 février 2026]

Les développements observés au cours du week-end s’inscrivent dans une séquence de tension accrue autour de l’Iran, caractérisée par un renforcement visible des postures militaires américaines et par une intensification rhétorique iranienne.

Toutefois, en l’état des signaux disponibles, cette montée en puissance semble relever davantage d’une logique de dissuasion crédibilisée que d’une décision d’escalade militaire irréversible...

La dynamique observée correspond à un schéma classique de dissuasion croisée sous contrainte régionale élevée.

I. CADRE CONCEPTUEL : DISSUASION ÉLARGIE ET GESTION DU SEUIL

La séquence actuelle peut être analysée à travers trois grilles de lecture complémentaires :

1. La dissuasion élargie, dans laquelle les États-Unis cherchent à rassurer leurs alliés tout en maintenant une ambiguïté stratégique quant au seuil d’intervention.

2. La dissuasion asymétrique, mobilisée par l’Iran, fondée sur la capacité à infliger des coûts indirects par des acteurs affiliés.

3. La gestion de l’escalade, où chaque acteur cherche à renforcer sa posture sans franchir un seuil susceptible de déclencher une spirale incontrôlée.

La situation évoque clairement une zone grise stratégique : augmentation capacitaire sans décision d’emploi...

II. LES ÉTATS-UNIS : CRÉDIBILISATION SANS DÉCLENCHEMENT

Le maintien d’un groupe aéronaval, les déploiements aériens avancés en Jordanie et en Israël, ainsi que les mesures préventives concernant le personnel diplomatique à Beyrouth relèvent d’une logique de signalisation stratégique.

Ces mesures remplissent plusieurs fonctions :

  • Augmenter la crédibilité coercitive.
  • Préserver la liberté d’action.
  • Maintenir la pression psychologique sur Téhéran.
  • Rassurer les partenaires régionaux.

Dans une perspective théorique, cette posture correspond à une stratégie de pression maximale calibrée, où l’accumulation capacitaire sert de levier diplomatique. L’absence d’indicateurs d’ordre de frappe suggère toutefois que Washington cherche à conserver le contrôle du tempo décisionnel.

III. L’IRAN : RATIONALITÉ DE LA DISSUASION INDIRECTE

La rhétorique iranienne, plus explicite quant aux conséquences régionales d’une attaque, s’inscrit dans une doctrine éprouvée de dissuasion indirecte.

L’Iran dispose d’un réseau d’acteurs affiliés permettant une action graduée :

  • Le Hezbollah au Liban.
  • Les Houthis en mer Rouge.
  • Divers relais paramilitaires en Irak et en Syrie.

Ce dispositif permet une escalade horizontale sans engagement direct du territoire iranien, réduisant le risque d’une confrontation conventionnelle frontale.

IV. ISRAËL : CONTRAINTE STRATÉGIQUE ET COORDINATION

La posture d’Israël demeure étroitement liée à la coordination avec Washington. À date, Jérusalem n’envisage apparemment pas d’action sans le soutien explicite de la Maison-Blanche.

Une initiative autonome de grande ampleur apparaît peu probable en raison :

  • Du risque de saturation balistique.
  • De la vulnérabilité territoriale.
  • Des contraintes politiques internes.

L’option privilégiée reste celle d’une frappe limitée et ciblée en cas de franchissement de seuil perçu…

V. FACTEURS DE BASCULE ET RISQUES SYSTÉMIQUES

La stabilité relative actuelle demeure fragile.

Les principaux facteurs de rupture incluent :

    1. Un incident militaire non maîtrisé impliquant des forces américaines ou israéliennes.
    2. Une attaque proxy causant des pertes significatives.
    3. Une accélération substantielle du programme nucléaire iranien.
    4. Une évolution interne en Iran modifiant le calcul stratégique américain.

    Le risque majeur réside moins dans une décision volontaire d’escalade que dans une erreur de calcul ou une dynamique d’action-réaction non maîtrisée...

    La séquence actuelle illustre une configuration typique de dissuasion croisée en environnement régional saturé d’acteurs armés indirects.

    La probabilité d’un conflit ouvert à court terme demeure modérée, mais la densité des leviers asymétriques et la pluralité des centres décisionnels maintiennent un niveau élevé de volatilité stratégique.

    En l’état, la crise apparaît comme une montée en tension maîtrisée plutôt qu’un prélude immédiat à l’engagement militaire direct.

    Toutefois, la capacité des acteurs à contrôler l’escalade dépendra de leur aptitude à maintenir une rationalité stratégique dans un environnement hautement inflammable. CF-K♦

    Coralie Fiori-Khayat, MABATIM.INFO
    Professeur de droit international


    En savoir plus sur MABATIM.INFO

    Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

    Laisser un commentaire. Il sera visible dès sa validation.