De l’antisémitisme devenu nationalisme à l’antisionisme philosémite

par Yéochoua Sultan,
[1er mars 2026]

Construire ou déconstruire l’histoire

Construire ou déconstruire l’Histoire

Dans l’histoire des pogroms et de l’antisémitisme, le plus marquant restera sans doute celui de Sim’hat Torah de l’année 5784.

Ce méga-pogrom aura fait plus de 1500 tués et 250 personnes enlevées. Il n’a pas frappé des communautés désemparées dispersées par l’exil, sujettes au bon ou au mauvais vouloir de leurs hôtes, mais des Juifs israéliens, reconstitués en nation depuis cinq générations, de nouveau libres et souverains dans les frontières de leur Palestine ancestrale.

On notera ici deux évolutions clés essentielles :

  • d’une part l’incapacité de l’État juif à garantir le « plus jamais ça », soit en raison d’une dialectique vouée à l’échec due à une totale déconnexion des réalités para-historiques d’Israël et du monde qui l’entoure, soit pour cause de démarche faussement naïve d’un terrifiant fait exprès, qui ne peut être totalement écartée ;
  • et d’autre part le réveil de l’antisémitisme, là où on se serait attendu à un sentiment de compassion et d’identification profonde pour Israël, doublé d’un sentiment de colère pour les pogromistes, surtout lorsque l’on sait que l’Europe est grosso-modo soumise aux mêmes menaces « musulmanistes » qu’Israël. Là non plus, le « plus jamais ça » ne représente pas la principale préoccupation.

En Israël, il y a d’abord cette erreur voulue, l’erreur d’une mauvaise compréhension de l’idée messianique :

De la douleur à la joie, de l’exil à l’indépendance, comme si tout allait se faire en un clin d’œil, sous une vision dichotomique qui voit la réalité en tout noir ou tout blanc, zéro nuances de gris, ni d’ailleurs grivoiserie.

L’idée du jour du souvenir placé dans le calendrier le 4 yaar, à la veille du 5, jour de l’Indépendance, sans le moindre fondu-enchaîné, en est la parfaite illustration. Cette apposition exprime le passage du cauchemar de l’exil à la lumière de la rédemption, comme si tout allait se produire simultanément, dans une parfaite synchronisation : qui dit indépendance politique croit voir aussi la totale disparition de l’animosité à l’égard des Juifs. L’erreur est humaine, surtout qu’elle est renforcée par des formules on ne peut plus juives, bibliques et talmudiques : « La délivrance [interviendra] en un clin d’œil1».

Pourtant, dans d’autres contextes de délivrance ou d’installation dans le pays, on retiendra que le Jébuséen ne s’empressa pas de rendre Jérusalem, où devait être bâti le Temple.

Référons-nous également aux lois des Rois de Maïmonide, qui prévoient et établissent sur le plan un certain nombre de tâches s’effectuant par étapes, comme le rassemblement des exilés, terminer les guerres d’Israël, reconstruire le Temple… le tout confirmant progressivement la délivrance.

Dans le même sac, on fourre pêle-mêle la fin de l’antisémitisme. C’est sans doute ce qui explique cette attitude béate au possible de penseurs qui brûlent quelques étapes fondamentales quand ils nous mettent en garde de ne pas faire aux autres ce que nous avons trop enduré auprès de nations étrangères qui s’autorisaient à faire de nous ce que bon leur semblait.

Là encore, on comprend d’une manière décalée le commandement de ne pas être injuste ou dur envers l’étranger. On n’est plus capable de discerner le danger mortel d’un étranger qui n’a jamais douté de ses intentions toujours aussi hostiles à notre égard.

Donc on affirme, on décrète, on pose comme axiome que l’antisémitisme n’existe plus. Dans ce cas, il urge d’échafauder à la place une théorie, une conception nouvelle : l’attentat, le meurtre, le pogrom, ne sont plus antisémites mais d’inspiration nationaliste.

On invente un nationalisme bafoué, mais comme il n’y a pas de nationalisme sans nation, on invente aussi cette nation, et sa terre. On tient tellement à prouver que l’antisémitisme n’existe plus contre notre peuple qui rentre chez lui, qu’on le ravive, qu’on lui insuffle une énergie nouvelle.

Car on s’efface devant cette néo nationalité qui n’a jamais existé : ni monnaie, ni roi, ni dirigeant, ni régime politique, ou alphabet, ou langue ou religion, rien de rien…

Et c’est bien ce qui est regrettable et dommageable :

  • si notre sol est celui d’un autre, c’est qu’au milieu de notre propre société on réinvente le Juif apatride ;
  • si la terre n’est pas la nôtre, si nous faisons subir un régime d’occupation à un autre peuple, une autre nation qui ne revendique que le droit de disposer d’elle-même, c’est que nous sommes d’ailleurs ou de nulle part.

Et qu’importe si au même moment l’UE travaille pour saper tout nationalisme ou nationalité en souffrance de l’Atlantique aux Carpates.

Bien entendu, les partisans de cette invention vous répondront :

EXEX Ils vous diront qu’il faut couper la poire en deux : les Juifs revendiquent la Palestine, les Arabes revendiquent la Palestine, donc il faut instaurer deux pays pour deux peuples.

Des menteurs vous diront aussi que les Juifs ont vécu ici deux mille ans, les Arabes deux mille ans, donc ils ont légitimement les mêmes revendications et donc ils doivent partager.

Lorsque Mme Livni, éminente et embrouillée politicienne, avait dans son œuvre pour ces deux pays, affirmé que si les Arabes détenteurs de la nationalité israélienne n’étaient pas contents, qu’ils déménagent pour le second État, elle fut désavouée par tout son camp politique.

Alors comment se fait-il que les dernières manifestations déferlantes en Europe ont fait retentir des slogans exigeant l’éradication de la présence juive du fleuve à la mer ?

C’est que la supercherie éclate au grand jour. Les deux peuples sont un prétexte pour n’en laisser qu’un seul. Il n’est pas question de lutter pour un nationalisme écrasé, mais de faire du Juif un apatride jusqu’à la fin des temps….

L’erreur naïve du Juif qui a cru à une aspiration à l’équité, au partage, etc. est d’avoir pour ainsi dire reconnu qu’il ne serait pas l’habitant souverain légitime de sa Palestine.

Dans le droit talmudique, il existe le principe de la « reconnaissance partielle2» c’est-à-dire que la reconnaissance d’une partie seulement d’une dette due à un tiers qui réclame son argent, obligera l’auteur de cette reconnaissance à tout payer.

La Michna rapporte le cas des deux antagonistes se rendant chez le juge avec un taleth, chacun en revendiquant la pleine propriété – c’est moi qui l’ai trouvé – conclut que chacun des antagonistes en obtiendra la moitié3.

Que l’un d’eux, trop honnête, s’avance sur le ton de la bonne entente et du compromis, réclame d’emblée la moitié du taleth, et le juge lui en attribuera le quart, autrement dit la moitié de ce qu’il revendiquait.

Lorsque des politiciens irresponsables viennent a priori dire qu’ils sont prêts à renoncer à la terre d’Israël en partie, que l’on ne s’étonne pas que quelques décennies plus tard, l’antisémitisme se retrouve au plus haut de sa forme...

Pourtant, la civilisation antisionisto-sémite d’aujourd’hui n’est autre que le prolongement de la civilisation du « plus jamais ça » de la fin de la Seconde guerre mondiale.

  • La civilisation qui a assisté au procès de Nuremberg, l’a pleinement accepté, s’est réjouie que la justice en ce monde ait son mot à dire ;
  • la civilisation qui dans la foulée a vu se graver les lois du respect de la personne humaine, des lois, toujours de Nuremberg, qui interdisent de changer des hommes en cobayes humains par pression, chantage ou mensonge, y compris par omission ;
  • cette même civilisation aujourd’hui s’enfonce dans le mensonge et l’inversion des rôles.

Et précisément là où les pogromistes qui occupent Gaza illégitimement ont entamé leur besogne génocidaire, les (ou des, espérons-le) Européens ostracisent Israël et prennent toutes sortes de mesures de boycott ou d’anathème à son encontre.

Où est donc l’Europe pénitente de l’après-guerre ? Qu’est-elle devenue ?

Or elle ose se revendiquer antisioniste mais pas antisémite. Nous allons voir tout de suite sous quelle perspective elle a raison.

On voit un peu partout, entre autres aux États-Unis, des antisionistes non antisémites terroriser les Juifs et leur imposer un horrible chantage :

« Attention, nous ne vous haïssons pas pour ce que vous êtes, mais gare à vous si vous vous mettez du côté d’Israël. »

  • On exige d’eux l’apostasie, qu’ils renient leur foi, leur espérance multi-millénaire, leur attente du retour à Sion, de la fin de l’exil.
  • On veut les forcer à entrer en phase avec la manière par excellence qu’a cette autre doctrine religieuse conflictuelle de les voir :

« On vous aime, on vous accepte, mais à condition que vous continuiez à baisser la tête, à accepter de votre plein gré votre rôle de damnés, votre position d’apatrides. »

Beaucoup n’ont pas supporté :

  • qu’un pogrom qui avait si bien commencé, s’arrête,
  • que les Juifs prennent les armes et écrasent les pogromistes.

C’est un changement inacceptable, insurmontable. Et ça y va pour les reportages truqués, où on cherche les moins obèses parmi les occupants de Gaza pour faire de la peine, quand la moitié de l’Afrique et de l’Asie souffre réellement de la faim dans l’indifférence des moralisateurs fourbes.

Que l’Iran massacre à balles réelles des manifestants par dizaines de milliers, ça ne trouble pas leur sommeil.

Mais que les Juifs puissent s’en prendre aux pogromistes, à leurs maisons, à leurs familles (et le pire c’est qu’ils évitent au maximum de le faire), ça dépasse toutes les bornes des normes de l’histoire d’Edom, telles qu’elles sont encore gravées dans son entendement.

Ces collectes prétendues humanitaires qui alimentent financièrement les capacités de guerre du Hamas génocidaire, sont aussi indécentes que si des contestataires avaient manifesté en 1945 pour condamner les États-Unis, la Russie et le Royaume-Uni en montrant les images des malheureuses familles des nazis, écrasées à Dresde ou à Berlin, en les présentant comme des victimes innocentes, collatérales, qui n’ont pas à payer pour leurs frères, époux, pères nazis.

D’ailleurs, c’est bien parce que les Alliés n’ont pas fait de quartiers (tranquilles) que la machine nazie ne perpètre plus d’attentats tous les lundis et jeudis…

Mais là, il est hors de question que la machine musulmane soit écrasée comme le fut la machine nazie.

La planète est en alerte. Hors de question que les Juifs connaissent leur pleine rédemption. Des États y veillent.

La France prend des allures et des relents d’État terroriste quand deux personnalités juives actives de la communauté francophone d’Israël qui dénoncent la complicité étrangère avec le terrorisme contre les Juifs en Israël sont menacées par l’injustice française4.

Cette injustice qui ne fait pas de différence, ce qui est loin d’être de la flatterie, quand elle condamne chez elle à 12 ans de prison ferme un homme qui s’est défendu contre deux agresseurs dont la censure protège l’appartenance religieuse, et s’en est tiré vivant après avoir presque été tué, en ayant renversé la situation et en tuant l’un des agresseurs avec le couteau de ce dernier.

Mais l’injustice française refuse la liberté, la fierté nationale, et son agressivité inique envers Israël s’illustre aussi quand elle écrase ses propres citoyens.

La machine musulmane et la machine nazie ont fait cause commune pendant la deuxième Guerre mondiale :

Les manuels d’histoire ont escamoté cette donnée essentielle de l’histoire, mentant par omission volontaire pour que les musulmans passent pour des victimes et non pas pour partie prenante du camp des bourreaux…

Le mufti Husseini fomente des pogroms en terre d’Israël. Il se lève contre l’indépendance en devenir d’Israël, il agit auprès des nazis pour torpiller concrètement une opération de sauvetage de 4000 enfants juifs qui se préparent à partir en Palestine, puis il convainc Hitler que renvoyer les Juifs chez eux en Palestine n’est pas une bonne idée.

Comme les musulmans et leur mufti menacent les Anglais d’émeutes jusqu’à l’Inde, Churchill se dégonfle et trahit les engagements de son pays à l’endroit de la déclaration Balfour et de la reconnaissance du droit des Juifs dans leur patrie.

Si la machine nazie n’est plus opérationnelle, une certaine nouvelle Europe fait tout pour que la machine complémentaire, la musulmane, ne rejoigne pas son aînée dans les oubliettes de l’Histoire

D’ailleurs, ne voir que dans la France de Macron une politique terroriste à la solde de l’islam le plus radical serait simplifier injustement les choses, car cette tradition est en place depuis plus de quatre-vingts ans :

  • La France n’a-t-elle pas exfiltré le mufti précité alors qu’il devait comparaître à Nuremberg avec les autres ?
  • N’a-t-elle pas protégé le premier Ayatollah d’un régime devenu cauchemar de son pays et de l’humanité, le tristement nommé Khomeini, instaurateur d’une dictature islamique qui peut-être tombera demain ?

Remarquez, si ce sont des Perses, l’islam n’est qu’un horrible masque qui cache une histoire bien plus ancienne, celle d’un certain Aman, proche d’un certain A’hachvéroch… et la Bible continue de s’écrire au présent… YS♦

Yéochoua Sultan, Vu sous cet angle


1 Notamment : Isaïe VII, 9, exégète d’Abrabanel : « La délivrance de l’Éternel se fera en un clin d’œil ».

2 Celui qui reconnaît partiellement une dette, ou d’avoir pris la responsabilité de surveiller juste une partie de l’objet de la plainte, devra régler la totalité. Ce principe est fondé sur les versets du livre de l’Exode (XII, 6-8). מודה במקצת.

3 Talmud Baba Métsiya 2a

4 Nili Kupfer-Naouri et Rachel Toivo (NDLR)


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