
Par Michel Bruley,
[4 mars 2026]
La presse se rend régulièrement coupable de différentes formes de mensonges, les plus graves étant les mensonges fabriqués de toute pièce ; il y a aussi les mensonges relayés, les mensonges par omission et, très proches des mensonges, les exagérations.
Face à ces mauvaises communications, le plus important est de distinguer ce qui relève de la volonté ou de l’incompétence. En matière d’informations volontairement fabriquées par la presse, il y a les canulars, les bidonnages et les manipulations.
Les fausses informations fabriquées pour faire un canular
Elles cherchent à tromper pour plaisanter ou créer un événement marquant :
- Les Martiens débarquent (1938) : inspirée par l’émission d’Orson Welles aux États-Unis, une adaptation radiophonique en France a semé la panique en faisant croire à une invasion extraterrestre.
- L’explosion nucléaire (1946) : une radio a mis en scène une fausse explosion nucléaire à Paris. Certains journaux de l’époque, sans vérifier les faits, ont relayé l’information.
- La Banque centrale de France poursuit Gad Elmaleh, l’article prétendait qu’il était poursuivi pour avoir promu une application miracle pour devenir riche.
- Quelques autres exemples : le faux documentaire sur la récolte des spaghettis (1957) ; le Tour de France a commencé un jour plus tôt (1962) ; la fin du monde annoncée par une radio (1972) ; le faux concert des Beatles (1980) ; l’échange des animaux du zoo de Vincennes avec ceux d’un zoo soviétique (1986) ; le faux journal télévisé dans lequel des informations absurdes et hilarantes étaient diffusées (1994) ; le faux crash d’OVNI à Paris (2004) ; le faux sosie de Michael Jackson (2009) ;
Ces canulars montrent le pouvoir des médias à capter l’attention, parfois en jouant avec les limites de la crédulité.
Les bidonnages d’informations, d’interviews, de références…
Ils mettent en avant de fausses informations dans le but de donner de la valeur à des communications :
- En 1927, un journal a annoncé en une le succès de la traversée de l’Atlantique par les aviateurs Nungesser et Coli, dans le but d’être le premier et d’augmenter ses ventes.
- En 1989 à Timisoara, des images montrant un prétendu charnier de 4 000 corps ont été diffusées par plusieurs médias européens, dont certains Français. Il s’agissait en fait de corps exhumés pour des autopsies.
- En 2011, un quotidien a publié une première page mensongère sur Fukushima, avec un titre sensationnaliste et trompeur sur les conséquences de la catastrophe nucléaire.
- Quelques autres exemples : de faux témoignages censés illustrer la vie difficile des Français ; un militant déguisé en policier ; des « figurants » engagés pour simuler la pandémie de Covid 19 ; des montages frauduleux avec des séquences censées être spontanées… la liste pourrait être très longue.
Les motivations sont :
- Celles des journalistes : la recherche de reconnaissance, la pression de la productivité, l’idéologie ou la conviction personnelle, le sensationnalisme, le manque de scrupules ou l’habitude de mal travailler.
- Celles liées au fonctionnement des rédactions et des médias : la pression économique, la concurrence, le manque de temps, les choix éditoriaux de narration, de dramaturgie, la culture interne.
Enfin, il faut aussi tenir compte de la dépendance de tous aux audiences et aux annonceurs, à la routine industrielle de l’information, et à la polarisation idéologique qui pousse à entretenir les préjugés de son lectorat.
Les différentes manœuvres pour manipuler
Elles cherchent à induire en erreur, à imposer des idées, à nuire à quelqu’un, à un groupe, à une communauté, à un pays… Elles s’appuient sur des informations fabriquées, détournées, exagérées ou des rapprochements mal intentionnés, ou des omissions bien choisies.
Lorsque l’on regarde en détail ses manœuvres de manipulation, elles sont toujours politisées, les journalistes généralement ne fabriquent pas une fausse information, mais avec habilité ils relaient ou construisent des récits orientés à partir d’éléments préexistants (rumeurs, faux témoignages, citations tronquées…).
Ici, les mensonges relèvent d’une stratégie de guerre de l’information qui présente peu de risque, car pour être poursuivi juridiquement,
il faut que l’infox soit de nature à « troubler la paix publique »
et que « la mauvaise foi de l’auteur soit démontrée ».
Or ces obligations rendent les condamnations complexes à obtenir.
Démonter et exposer de tels cas est long, je me contenterai de citer le cas Baudis comme exemple :
- En mai 2003, Dominique Baudis, figure de la droite alors président du CSA, est cité par deux anciennes prostituées dans le cadre de l’affaire du tueur en série Patrice Alègre. Baudis est accusé de proxénétisme, viols, meurtres et actes de barbarie.
- La presse s’emballe : médias nationaux et locaux, émissions en prime time, témoignages invérifiés… Toute cette dynamique alimente un climat de suspicion médiatique exacerbée, malgré l’absence de preuves tangibles. Parmi les plus acharnés toute la presse de gauche dont en particulier Médiapart.
- En juillet 2005, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Toulouse prononce un non-lieu général dans le volet « viols et proxénétisme en bande organisée », innocentant définitivement Baudis. Sur le plan judiciaire, deux ex-prostituées sont condamnées en mars 2009 pour dénonciation calomnieuse, avec des peines de prison avec sursis. Aucun journal n’est mis en cause.
Les techniques de la presse pour nous manipuler sont très nombreuses. De façon non limitative on peut citer :
les titres sensationnalistes, les appels aux émotions, les détournements de photos ou vidéos sorties de leur contexte, les raisonnements fallacieux avec des arguments trompeurs, les chiffres tronqués, la présentation des arguments d’un seul camp, les propos mal interprétés, la stigmatisation d’un camp du mal, la répétition pour avoir un effet d’illusion de vérité, les faux témoins ou récits personnels, l’effet d’autorité, avec le recours à de fausses sources ou à de pseudo-experts, les faux récits historiques, les faux sites ou comptes sociaux, le recours à des stéréotypes et préjugés, l’effet de groupe tout le monde pense/partage cela… mais par-dessus tout en nombre d’occurrences et de façon continuelle, la désinformation par omission ou exagération.
Les omissions et les exagérations changent les réalités des sondages, des responsabilités, des vérités scientifiques ou historiques, des affaires judiciaires… elles déboussolent les lecteurs qui sont gênés dans leurs repères et peuvent se laisser circonvenir.
Toutes ses manœuvres ont des motivations politiques, professionnelles, communautaires, sectaires, idéologiques, religieuses.
- Elles sont la plupart du temps spontanées, ce sont des sortes de biais personnels des journalistes individuellement ou dans le cadre de rédactions de presse,
- mais elles sont aussi organiséesdu fait d’une grande porosité entre la presse, les politiques, les lobbyistes, les entreprises avec des pactes d’information et de manipulation comme cela a été le cas par exemple à l’été 2025 entre le PS et France Télévision. MB♦
Pour finir, quel est le comble pour un journaliste ?


Michel Bruley, MABATIM.INFO
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