Israël : l’obstacle métaphysique des tyrannies islamistes
Par Serge Siksik, [Tel Aviv 18 mars 2026]
Les idéologies meurent toujours de la réalité qu’elles prétendent abolir » Raymond Aron
Il existe des guerres qui se disputent des frontières. Et puis il existe des guerres qui se disputent le sens même de l’Histoire.
La confrontation entre l’Iran des mollahs et Israël appartient à cette seconde catégorie.
Elle ne se réduit ni à une rivalité régionale ni à un calcul stratégique entre puissances. Elle plonge ses racines dans une vision du monde.
Une vision religieuse transformée en programme politique, et qui considère qu’un ordre nouveau ne pourra advenir qu’après la disparition de ce qui le contredit…
Depuis la révolution islamique de 1979, le régime né de la prise de pouvoir de l’ayatollah Ruhollah Khomeini ne dissimule rien.
Israël doit disparaître.
L’Amérique doit être humiliée.
L’Occident doit comprendre que sa puissance matérielle ne pèse rien face à ce que les dirigeants iraniens présentent comme la souveraineté d’Allah.
Lorsque les dignitaires du régime proclament que Trump est l’ennemi de Dieu et de l’islam, ils ne se livrent pas seulement à une provocation rhétorique.
Ils expriment une conception radicale : l’ordre politique mondial devrait se soumettre à une vérité religieuse telle qu’ils la définissent.
Dans cette logique, Israël est bien davantage qu’un adversaire.
Il est une contradiction vivante.
Car l’existence d’un État juif souverain au cœur du Moyen-Orient dément le récit que l’idéologie islamiste cherche à imposer…
Un peuple que l’Histoire a dispersé, persécuté, presque anéanti, est revenu sur sa terre et y a reconstruit un État moderne, technologiquement avancé, politiquement libre et militairement redoutable. Pour les idéologues du régime iranien, cette réalité est insupportable. Elle doit être effacée.
Ainsi s’explique l’obsession. Les missiles balistiques, les milices régionales, le programme nucléaire, la guerre menée par procuration via le Hezbollah, le Hamas, les Houtis, etc., tout converge vers un objectif stratégique qui est aussi symbolique :
Détruire Israël reviendrait à prouver que l’Histoire peut être réécrite par la force d’une idéologie religieuse.
Mais cette guerre ne se limite pas à Israël. Elle vise l’Occident lui-même.
Car derrière l’État juif se profile une autre cible : la civilisation politique qui affirme que la souveraineté appartient aux hommes et non aux clercs.
Dans la vision des mollahs, l’Occident est une civilisation en décadence, prisonnière de ses libertés, incapable de comprendre la puissance d’une foi devenue instrument politique.
Le combat contre Israël devient ainsi la première ligne d’un affrontement plus vaste : celui qui oppose une théocratie révolutionnaire à l’idée même de modernité politique...
Ce qui rend ce conflit particulièrement inquiétant est qu’il se présente comme une guerre sacrée permanente.
Dans ce type de guerre, les compromis n’existent pas.
L’adversaire n’est pas seulement un rival : il est une anomalie qu’il faut corriger.
Israël, dans ce récit, n’est pas un État parmi d’autres. Il est un obstacle métaphysique.
La tradition juive, et notamment la Kabbale, propose une lecture très différente de l’Histoire :
Elle décrit le monde comme traversé par une tension permanente entre des forces de dévoilement et des forces d’occultation.
La lumière n’est pas seulement une image morale :
Elle symbolise la possibilité pour la vérité de se manifester dans l’Histoire.
L’obscurité, elle, correspond aux moments où le pouvoir tente de dissimuler cette vérité derrière la domination.
Dans cette perspective, les régimes qui prétendent parler au nom de Dieu tout en écrasant la liberté humaine incarnent une forme d’obscurcissement du monde. Non parce qu’ils invoquent la religion – la religion peut être une source d’élévation – mais parce qu’ils transforment la foi en instrument de contrôle politique.
La République islamique d’Iran illustre tragiquement cette dérive :
Elle gouverne au nom d’Allah mais emprisonne les consciences.
Elle prétend défendre la dignité de l’islam mais humilie son propre peuple.
Elle proclame la justice divine tout en imposant un appareil répressif qui étouffe toute contestation.
Et derrière ces proclamations pieuses se révèle une vérité sanglante : près de trente mille civils ont été assassinés par ces mollahs qui prétendent gouverner au nom de Dieu, preuve tragique que lorsque la religion est capturée par la tyrannie, elle cesse d’être une lumière et devient une arme
Car derrière la puissance apparente du régime se cache une réalité beaucoup plus fragile : la vie quotidienne des Iraniens. Dans les rues de Téhéran, de Chiraz ou d’Ispahan, des millions de femmes et d’hommes vivent sous un système qui surveille leurs vêtements, leurs paroles, leurs rêves. Les manifestations qui ont secoué l’Iran ces dernières années – souvent déclenchées par des femmes refusant les humiliations du pouvoir – ont révélé l’ampleur du malaise.
Le paradoxe est saisissant. Le régime qui prétend mener une guerre sacrée contre l’Occident gouverne un peuple dont une partie aspire simplement à respirer. Les Iraniens héritent d’une civilisation immense, faite de poésie, de philosophie et de spiritualité.
Mais cette civilisation se trouve aujourd’hui enfermée dans un appareil idéologique qui parle en son nom sans réellement l’incarner.
Pour maintenir sa légitimité, le pouvoir iranien a besoin d’un ennemi permanent. Israël joue ce rôle à la perfection…
Sa simple existence permet d’alimenter un récit mobilisateur : celui d’une lutte cosmique entre l’islam révolutionnaire et les forces qu’il présente comme corruptrices.
La guerre extérieure devient alors un moyen de contenir les fractures intérieures.
Mais cette stratégie comporte une limite fondamentale :
L’Histoire n’obéit jamais totalement aux récits idéologiques. Les peuples finissent toujours par rappeler aux régimes qu’ils existent….
Les nations peuvent s’ériger contre Israël. Elles peuvent
ourdir des complots de destruction,
lever des armées,
envoyer des missiles,
manipuler l’Histoire
et répandre la peur.
Mais tous leurs efforts se briseront contre la réalité d’un peuple qui existe depuis des millénaires et d’une ville que Dieu a sanctifiée.
Jérusalem ne tombera pas. Israël ne disparaîtra pas. Chaque projet d’anéantissement, chaque plan de domination, chaque machination se retournera contre ses auteurs…
La Providence veille, constante, implacable, et défie les ambitions humaines les plus agressives.
« Aucune arme forgée contre toi ne prospérera, et toute langue qui s’élèvera contre toi en jugement, tu la condamneras. » Ésaïe 54:17
Israël, dans ce paysage, occupe une place singulière. Non seulement parce qu’il est la cible directe de cette hostilité, mais parce qu’il représente exactement l’inverse du modèle politique promu par les mollahs.
Là où la République islamique impose l’uniformité religieuse, Israël organise une société traversée de débats incessants.
Là où la théocratie exige l’obéissance, la démocratie israélienne cultive la dispute permanente.
Là où l’idéologie prétend figer l’Histoire, l’État juif incarne la capacité d’un peuple à se relever et à se réinventer.
C’est précisément cette vitalité qui dérange.
Israël est un petit pays, mais son existence produit un effet disproportionné dans l’imaginaire politique du Moyen-Orient. Il rappelle qu’un peuple peut sortir de l’Histoire comme victime et y revenir comme acteur.*****Il rappelle surtout qu’aucune idéologie, même proclamée sacrée, ne peut déterminer définitivement le destin des nations.
La Kabbale enseigne que la lumière ne se répand jamais d’un seul coup.
Elle surgit par fissures. Par moments où les structures de domination se craquellent et où quelque chose de plus profond devient visible.
Le Moyen-Orient semble aujourd’hui traversé par ce type de moment.
Les proclamations tonitruantes des mollahs, leurs missiles et leurs milices donnent l’image d’une puissance inébranlable.
Mais derrière cette façade apparaissent aussi les signes d’un système contraint de maintenir la guerre permanentepour ne pas affronter ses propres contradictions…
Et c’est ici que l’Histoire reprend ses droits.
L’islam né de la prédication de Mahomet a porté, au fil des siècles, une dynamique de conquête et de domination dont les dictatures islamistes contemporaines constituent l’ultime expression.
Mais elles commettent une erreur fondamentale : confondre une tradition religieuse millénaire avec une idéologie politique de pouvoir.
Israël, lui, s’inscrit dans une histoire infiniment plus longue.
Celle d’un peuple qui traverse les siècles depuis l’Antiquité biblique, qui survit aux empires, aux expulsions, aux pogroms et à la Shoah.
Un peuple qui a vu s’effondrer Babylone, Rome, les califats, les royaumes, les idéologies modernes – et qui continue pourtant d’exister.
C’est pourquoi la haine obsessionnelle des régimes islamistes contre Israël révèle en réalité leur propre fragilité. Ils savent confusément qu’un État juif vivant, libre et souverain dément leur récit historique.
Car Israël n’est pas seulement un pays. Il est un rappel.
Un rappel que la vérité finit toujours par fissurer les constructions idéologiques.
Un rappel que la violence peut conquérir des territoires mais ne peut pas effacer le réel.
Les régimes islamistes peuvent multiplier les menaces, financer des milices, armer des missiles et proclamer leur haine des Juifs. Ils peuvent promettre la destruction d’Israël mille fois.
Mais ils se heurtent à une limite que toutes les idéologies rencontrent tôt ou tard : la réalité.
Et la réalité est simple.
Les empires fondés sur la peur finissent par tomber.
Les idéologies construites sur le mensonge finissent par se fissurer.
Les régimes qui gouvernent par la terreur finissent par être rattrapés par leur propre violence.
Israël, lui, ne repose ni sur un empire ni sur une idéologie totalitaire. Il repose sur quelque chose de plus ancien et de plus résistant : l’existence d’un peuple et la mémoire d’une promesse.
C’est pourquoi les dictatures islamistes peuvent rêver de sa disparition – elles ne pourront jamais l’effacer.
Car Israël n’est pas seulement un État au milieu des nations. Il est l’un des points de conscience de l’Histoire humaine.
Et les idéologies qui veulent l’effacer finiront, comme tant d’autres avant elles, par disparaître dans l’oubli…
Les tyrannies islamistes peuvent brandir leurs missiles, lever leurs armées et répandre la haine mille fois ; elles peuvent prétendre dominer, détruire Israël et écraser son peuple, mais leur terreau de mensonge et de violence est voué à l’échec.
Israël, ancré dans l’Histoire, protégé par la Providence et porteur de la conscience de la création, demeurera invincible.
Leurs ambitions tardives et sanglantes, nées des illusions de la force et de l’idéologie, finiront comme toutes les puissances injustes : dans l’oubli et la ruine, tandis que le réel, le bien et la vérité continueront d’exister. SS♦