Israël : la guerre a renforcé le socle des traditionalistes… et le vote à droite

Par Yves Mamou,
[30 mars 2026]

Une enquête du Jewish People Policy Institute (JPPI) a tenté de mesurer la transformation de la population israélienne après deux années de guerre.

Les Juifs israéliens ont-ils été transformés par presque trois années de guerre ? Et comment ?

Pour le savoir, le Jewish People Policy Institute (JPPI), une association à but non lucratif créée par l’Agence juive, a tenté en novembre 2025 d’apporter une réponse aux débats très vifs qui avaient surgi dans la société israélienne :

  • Pourquoi un plus grand nombre d’élèves dans les écoles publiques s’étaient-ils mis soudain à porter les téfillin1 ?
  • Pourquoi un plus grand nombre de soldats portaient-ils les tsitsit2 sous leur veste militaire ?

Le JPPI a donc réalisé un sondage auprès de 1 257 Israéliens (552 Juifs, 205 Arabes) pour mesurer un éventuel changement dans les pratiques religieuses, la croyance en Dieu et les attitudes politiques depuis le début de la guerre.

1. Résultats : une hausse inégale des pratiques religieuses

– 27 % ont déclaré une pratique accrue de la religion. Cette hausse est plus marquée (33 %) chez les moins de 25 ans. La majorité (62 %) a déclaré pratiquer sa religion sans changement.

– Le même phénomène de pratique accrue de la prière (23 %) est déclaré par les Arabes israéliens.

Les pratiques religieuses en hausse sont :

  • La prière : 31 %.
  • La lecture de la Bible et des Psaumes : 20 %.
  • Fréquenter plus souvent la synagogue : 11 %.
  • Allumer plus souvent les bougies de Shabbat : 11 %….

Croyance en Dieu renforcée

– 28 % des Juifs et 37 % des Arabes déclarent que leur croyance en Dieu s’est renforcée depuis le début de la guerre.

– Chez les jeunes Juifs, 35 % croient davantage en Dieu qu’avant.

– Sur une échelle de 1 à 7, 43 % des Juifs ne signalent aucun changement, 43 % un renforcement, et seulement 12 % un affaiblissement.

2. Glissement politique vers la droite

C’est l’un des résultats les plus frappants : l’agression du Hamas le 7 octobre 2023 a provoqué un net glissement à droite…

  • La part de ceux qui s’identifient à la droite dure est passée de 11 % à 19 %,
  • et la part de ceux qui se disaient de droite est passée de 24 % à 28 %. La droite dure désigne ceux qui sont intraitables sur la sécurité et les moins favorables aux concessions territoriales.
  • Le centre et la gauche modérée ont reculé.

Chez les jeunes Juifs, ce glissement à droite est encore plus prononcé – y compris chez ceux qui se définissaient auparavant comme centristes ou de gauche.

Chez les Arabes israéliens, aucun changement politique significatif n’a été observé.

UN POINT IMPORTANT À SIGNALER :
CETTE ÉVOLUTION VERS PLUS DE RELIGIOSITÉ CONCERNE LE SOCLE DES « TRADITIONALISTES »QUI COMPOSENT 55 % DE LA POPULATION ISRAÉLIENNE.

Qui sont les traditionalistes ?

Une autre enquête du JPPI, réalisée en 2017 et publiée en 2019, le précise.

En 2019, Shmuel Rosner, journaliste, chercheur au Jewish People Policy Institute (JPPI) de Jérusalem, et Camil Fuchs, professeur de statistiques et sondeur à l’université de Tel-Aviv, ont publié (en hébreu d’abord, puis en anglais) les résultats d’une enquête menée auprès d’un peu plus de 3 000 personnes en Israël. Ce livre s’intitulait « #Judaïsme israélien : Portrait d’une révolution culturelle ».

Ce travail visait à définir l’existence d’un judaïsme israélien, différent du judaïsme de la diaspora..

En effet,

  • un Juif de la diaspora qui respecte le Shabbat n’est pas en mesure de peser sur le comportement de la compagnie d’électricité du pays dans lequel il réside.
  • Il ne pèse pas non plus sur la possibilité d’imposer le respect de ses pratiques religieuses au moment du service militaire.
  • Nul ne lui demande son avis sur le fait de savoir si les bus doivent rouler à Shabbat.

Ce qui n’est pas le cas en Israël, où ces sujets déboulent régulièrement sur la table.

Pour découvrir s’il existait un judaïsme israélien, les concepteurs de l’enquête ont élaboré 32 questions dont la formulation peut surprendre.

  • Certaines – « Hissez-vous le drapeau le jour de la commémoration de la déclaration d’indépendance ? » et « Israël doit-il être une nation juive ? » – avaient pour but de mesurer le sentiment d’appartenance nationale.
  • D’autres – « Récitez-vous le Kiddouch le vendredi soir ? », « Le premier jour de l’année est-il le Jour de l’An ou Roch Hachant (Nouvel An juif) ? » – tentaient de mesurer le niveau d’appartenance à la religion.

Ce questionnaire a dessiné quatre catégories de citoyens.

  • Le groupe dominant (55 %) est celui du « Juif-israélien », ancré dans la tradition juive (il observe le Shabbat, par exemple) et appartenant corps et âme à la nationalité israélienne : il sert dans l’armée et installe le drapeau d’Israël sur son balcon le jour de la Déclaration d’indépendance.

Le reste de la population israélienne se subdivise en trois autres groupes minoritaires d’importance à peu près égale :

  • Les « Juifs » (17 % de la population ; les trois quarts sont des Haredis ou ultra-orthodoxes). Ils sont plus attachés à la tradition que le groupe dominant (ils étudient à la yeshiva), mais montrent beaucoup moins d’enthousiasme pour la nation israélienne (ils ne commémorent pas le jour de la Déclaration d’indépendance et beaucoup refusent le service militaire).
  • Les « Universalistes » (13 %), qui ne sont ni tradition ni nation. Ils obéissent à des « valeurs » (démocratie, droits de l’homme…), refusent de déjeuner dans une souccah à Souccot et n’allument pas les bougies de shabbat. Ils pourraient déménager en Californie si leur cadre de vie en Israël venait à se détériorer. Ils sont totalement laïcs et portent un regard particulièrement critique sur la vie en Israël. Ils votent à gauche et se sont illustrés avec virulence pendant la crise suscitée par la réforme judiciaire en 2022-2023.
  • Les « Israéliens » (15 %) : beaucoup vivent dans les kibboutz, 52 % sont ashkénazes, ils sont laïcs et le plus souvent athées. Ce sont des patriotes : ils ne jeûnent pas à Kippour, allument rarement les chandelles du Shabbat, mais ils célèbrent la Déclaration d’indépendance et font l’armée.

Un renforcement des tendances existantes

La guerre a produit un renforcement religieux et un glissement politique à droite dans les segments « Juif-israélien » (55 % de la population) et « Juif » (17 %) de la population israélienne.

Cette évolution est particulièrement visible chez les jeunes traditionalistes. Chez les Juifs laïcs, on observe plutôt un léger recul de la pratique et de la croyance.

La guerre n’a pas transformé la société israélienne de manière uniforme ;

Elle a agi comme un révélateur et un amplificateur des identités existantes, renforçant surtout le noyau majoritaire des Israéliens déjà ancrés dans un traditionalisme national ou un nationalisme traditionaliste, comme on veut…

On remarquera en passant que…

Les deux groupes les plus bruyants de la vie politique israélienne (les « Juifs » et les « Universalistes »), ceux qui tentent d’imposer leur vision du monde à tous les autres, sont totalement minoritaires…

Le rapport invite à la prudence :

Ces changements reflètent en partie des sentiments perçus qui ne deviendront peut-être pas des transformations profondes et durables du comportement réel. YM

Yves Mamou, Substack


1 Les téfilin, ou phylactères, sont des objets religieux juifs composés de deux boîtiers cubiques peints en noir et de lanières de cuir. L’un des boîtiers se porte sur la tête et le second sur le bras gauche. Les lanières de cuir sont enroulées d’une manière spécifique en récitant des prières.
Franges rituelles de laine de couleur blanche attachées aux quatre coins du châle de prière (talet) et que tout Juif doit porter conformément à la Loi.

2 Dans la liturgie juive, franges rituelles de laine de couleur blanche attachées aux quatre coins du châle de prière (talet) et que tout juif doit porter conformément à la Loi


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