
Par Pierre Rehov,
[30 avril 2026]
SOMALILAND : LES TRISTES ORIGINES DE CET ÉTAT SÉPARATISTE CONTROVERSÉ
Le Somaliland existe. Ce simple fait est incontesté depuis plus de trois décennies.
Depuis le 18 mai 1991, date à laquelle les anciens des clans et les dirigeants du Mouvement national somalien se sont réunis à Burao pour proclamer l’indépendance après la chute du régime de Siad Barre, ce territoire séparatiste a bâti un État fonctionnel dans l’une des régions les plus difficiles au monde.

Il dispose de son propre gouvernement, de sa propre monnaie, de ses propres forces de sécurité et, plus impressionnant encore, d’un bilan en matière d’élections démocratiques.
Pourtant, aux yeux d’une grande partie de la communauté internationale, le Somaliland reste un fantôme géopolitique : stable, démocratique et discrètement prospère, mais toujours officiellement invisible.
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Alors que la Somalie reste prisonnière du schéma classique d’un État défaillant – autorité fragmentée, corruption profonde et menaces djihadistes persistantes –, le Somaliland a accompli quelque chose de remarquable :
Il a connu plusieurs transferts de pouvoir pacifiques, dont la dernière élection présidentielle en date, le 13 novembre 2024. Lors de ce scrutin, le candidat de l’opposition Abdirahman Mohamed Abdullahi (plus connu sous le nom d’Irro), du parti Waddani, a battu le président sortant Muse Bihi Abdi. La transition s’est déroulée dans l’ordre, sous l’œil des observateurs internationaux, et a été certifiée sans violence.
Dans son rapport de 2025, Freedom House classe le Somaliland comme « partiellement libre » avec un score de 47 sur 100 — bien supérieur au maigre 8 sur 100 de la Somalie.
Il ne s’agit pas là d’affirmations abstraites. Elles reflètent des progrès mesurables en matière de concurrence politique, de libertés civiles et de continuité institutionnelle.

- Mogadiscio peine toujours à exercer son autorité au-delà de quelques quartiers assiégés, constamment harcelés par Al-Shabaab, la branche d’Al-Qaïda qui contrôle de vastes zones rurales et mène des attaques meurtrières dans la capitale.
- Le Somaliland, en revanche, maintient la sécurité intérieure, sécurise ses frontières et a largement tenu à distance les groupes djihadistes.
Cette stabilité n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat direct d’une gouvernance réfléchie, de la réconciliation entre clans et d’une préférence constante pour les urnes plutôt que pour les armes.
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Alors que la communauté internationale se dit défenseur de la démocratie, de la stabilité et de l’autodétermination, le Somaliland remplit tous les critères. Pourtant, il reste non reconnu..
Il reste non reconnu en grande partie parce que les diplomates s’accrochent à la fiction de l’intégrité territoriale de la Somalie — même si cette unité n’existe que sur le papier. Ce n’est pas une question de principe. C’est de l’inertie bureaucratique, et cela est devenu une erreur stratégique coûteuse.
La géographie rend cette situation impossible à ignorer.
- Le Somaliland est situé à cheval sur le golfe d’Aden, juste à côté du détroit de Bab el-Mandeb, l’un des goulets d’étranglement maritimes les plus critiques au monde.
- Environ un cinquième du commerce mondial de pétrole transite par ces eaux, qui relient la mer Rouge, le canal de Suez et l’océan Indien.
- De l’autre côté du détroit se trouve le Yémen, où les Houthis, soutenus par l’Iran, ont à plusieurs reprises perturbé le trafic maritime.
- À l’ouest se trouve Djibouti, déjà truffé de bases militaires étrangères des États-Unis, de la Chine, de la France et d’autres pays.

Dans ce corridor instable, un partenaire fiable n’est pas une option. C’est une nécessité.
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Le Somaliland offre exactement cela :
- Il ne s’est jamais aligné sur les mouvements islamistes ni sur des puissances hostiles.
- Au contraire, il a cherché à plusieurs reprises à nouer des partenariats pragmatiques avec l’Occident, en proposant une coopération en matière de sécurité et des opportunités d’investissement.
Il comprend les menaces – de la piraterie au djihadisme en passant par la rivalité entre grandes puissances – et a démontré par des actes, et non par des mots, qu’il appartient au camp qui construit des institutions stables plutôt qu’à celui qui les démolit.
Les événements récents ont radicalement changé la donne. En décembre 2025, Israël est devenu le premier pays au monde à reconnaître officiellement le Somaliland. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le nouveau président du Somaliland, Abdirahman Mohamed Abdullahi Irro, ont signé une déclaration commune établissant des relations diplomatiques pleines et entières. Il ne s’agissait pas d’un simple geste symbolique.
C’était un signal stratégique clair indiquant que Jérusalem considère le Somaliland comme un partenaire sérieux dans une région de plus en plus façonnée par les mandataires iraniens, l’influence turque et l’expansion chinoise.

Ignorer un allié aussi volontaire n’est plus de la prudence, c’est de la négligence.
LE SOMALILAND, L’ÉTAT QUI N’EXISTE PAS | EXPLIQUEZ-MOI… – IRIS
Washington, en particulier, devrait en prendre bonne note.
Depuis des décennies, les États-Unis ont investi des ressources militaires, financières et politiques en Somalie avec des résultats douloureusement limités.
Juste à côté, le Somaliland a réussi ce que la Somalie n’a pas pu faire :
- instaurer un ordre relatif,
- une cohésion interne
- et une résilience institutionnelle.
La reconnaissance ne se contenterait pas de corriger une anomalie diplomatique….

Elle permettrait de débloquer un véritable atout stratégique :
– développement économique, projets d’infrastructure, partage de renseignements et,
– potentiellement, une présence militaire avancée américano-israélienne.
Une telle base sur la côte du Somaliland permettrait de
- surveiller les voies maritimes,
- dissuader la piraterie,
- lutter contre les djihadistes
- contenir l’influence iranienne depuis le Yémen.
Elle enverrait un message fort : la stabilité paie.
Bien sûr, l’opposition est prévisible.
- Les capitales européennes, prisonnières de leur aversion au risque et de doctrines juridiques dépassées, préfèrent les frontières théoriques aux réalités pratiques.
- Certains acteurs régionaux préfèrent le chaos ou l’expansion idéologique.
- Les élites politiques somaliennes à Mogadiscio craignent naturellement qu’une reconnaissance officielle ne fasse que confirmer ce que tout le monde sait déjà sur le terrain : l’État somalien unifié n’existe plus, du moins au sens strict du terme.
Mais les faits ne disparaissent pas simplement parce qu’ils dérangent.
Le Somaliland s’autogouverne déjà, assure la sécurité de son territoire et gère ses propres relations étrangères.
La véritable question est de savoir si le système international peut s’adapter à la réalité ou s’il continuera à faire semblant de l’ignorer tandis que des rivaux stratégiques comblent le vide.
Il y a là aussi une dimension morale.
Depuis plus de trente ans, le peuple du Somaliland a choisi les institutions plutôt que les milices, et les urnes plutôt que les balles.
Dans une région longtemps marquée par les conflits, ce choix n’a jamais été garanti : il a nécessité un travail acharné, une maturité politique et un rejet délibéré de la voie suivie par leur voisin du sud.

Refuser la reconnaissance envoie exactement le mauvais signal : celui selon lequel construire une démocratie qui fonctionne dans des conditions difficiles ne rapporte rien.
À l’heure où le monde libre est confronté à l’expansion autoritaire, à l’extrémisme idéologique et à ses propres divisions internes, il ne peut se permettre de négliger ses alliés naturels. Le Somaliland est l’un d’entre eux. Il n’est pas parfait et fait face à de réels défis, mais il s’est toujours aligné sur les principes que les dirigeants occidentaux prétendent défendre.
DÉMOCRATIE SANS FRONTIÈRES : LA LUTTE DU SOMALILAND POUR LA RECONNAISSANCE | SAXAFI MEDIA


La carte stratégique du XXIe siècle est en train d’être redessinée en ce moment même — en mer Rouge, dans la Corne de l’Afrique et dans la péninsule arabique
Ce sont là des arènes centrales dans la lutte entre les sociétés ouvertes et les puissances autoritaires. Chaque alliance compte.
Le Somaliland ne mendie pas la charité. Il propose un véritable partenariat.
La seule question qui reste est de savoir si Washington et ses alliés possèdent la lucidité, le courage et la vision stratégique nécessaires pour l’accepter. PR♦

Pierre Rehov, Substack
Traduction et adaptation à l’aide de DeepL.com
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