Haïr Israël a un coût ! Mais qui paie le plus ?

Par Yves Mamou,
[10 mai 2026]
La « haine d’Israël » recouvre des réalités multiples.
Nous appellerons « haine d’Israël » l’hostilité géopolitique structurelle de pays qui rejettent l’État hébreu (Liban, Syrie…) et qui, parfois, lui font la guerre (Hamas, Hezbollah, Iran, Houthis…).
I. CE QUE LA HAINE COÛTE À ISRAËL
Depuis ses origines, Israël est en guerre avec ses voisins
Et depuis le 7 octobre 2023, Israël est en guerre contre l’Iran et ses proxys (Hamas, Hezbollah, Houthis). La Banque d’Israël a estimé le coût de la guerre (2023-2026) à 352 milliards de shekels (103 milliards d’euros), dont plus des deux tiers financent la guerre elle-même. Le reste va aux dépenses civiles et au coût de la dette.
À ces dépenses, il faut ajouter un manque à gagner en raison d’une chute du tourisme (-68 %), des pertes dans l’agriculture en raison du manque de main-d’œuvre, un déficit budgétaire passé de 4 % à 8 % du PIB, et un budget de défense atteignant 7 % du PIB.
En période de guerre, l’État finance aussi les dépenses que les compagnies d’assurance ne prennent plus en charge. On dit qu’il agit comme un réassureur de dernier ressort.
A. Mais hors conflit, la haine oblige Israël à des dépenses structurelles
- Rappel : le boycott de la Ligue arabe, initié en 1945 et maintenu pendant plusieurs décennies, interdisait aux pays membres de la Ligue arabe d’acheter ou de vendre en Israël, mais aussi de commercer avec des entreprises de toutes nationalités qui avaient une filiale en Israël ou qui entretenaient des relations commerciales avec Israël. Brookings souligne que le boycott arabe a fait d’Israël une « économie insulaire », augmentant considérablement ses coûts d’approvisionnements en produits de base et en produits énergétiques. Une étude américaine a estimé, sur la base d’une comparaison entre le Liban et Israël, que le coût de ce boycott a représenté pour Israël une perte de 258 millions de dollars par an pendant 30 ans (1951-19801).
- Les coûts d’emprunt d’Israël sont supérieurs à ceux d’un pays équivalent. Les agences Moody’s, S&P, Fitch… s’émerveillent de la « résilience » d’Israël, mais maintiennent une prime de risque permanente sur le pays en raison des risques géopolitiques. Ce qui renchérit les coûts d’endettement.
- Un surcoût logistique permanent dû, comme le remarque l’OCDE, à l’impossibilité de commercer avec ses voisins et, plus encore, en période de guerre : détours maritimes et aériens, absence d’accès à plusieurs marchés régionaux.
Un marché régional de plusieurs centaines de millions de consommateurs fermé aux entreprises israéliennes pendant des décennies représente un manque à gagner colossal qui n’a jamais été sérieusement chiffré.
B. Le capital humain militarisé
Le service militaire obligatoire long, et la mobilisation régulière des réservistes, représentent du capital humain soustrait à l’économie productive. L’Israel Democracy Institute a estimé en 2024 que retarder de quatre mois l’entrée des jeunes sur le marché du travail coûte environ 1 % du PIB annuel.
De son côté, la Banque d’Israël a calculé que chaque mois de service effectué par un réserviste coûtait 38 000 shekels (env. 9 500 €) à l’économie, un chiffre qui inclut le salaire et la production que le réserviste aurait générée dans le civil.
C. La diaspora comme assurance
La diaspora juive mondiale a mobilisé 1,4 milliard de dollars d’aide directe à Israël dans les quinze mois qui ont suivi le 7 octobre 2023. Le courtier américain Israel Bonds a enregistré à lui seul 5 milliards de dollars de souscriptions aux bons du Trésor israélien.
À ce soutien financier direct s’ajoutent 58 000 bénévoles venus physiquement en Israël, par roulements, sur plus de deux ans, pour aider aux récoltes dans l’agriculture, ainsi qu’au soutien moral et sanitaire aux forces de défense israéliennes.
II. MAIS LA HAINE A AUSSI UN COÛT POUR LES HAÏSSEURS
Trois cas d’école
A. L’Iran – la haine totale mène à la destruction totale
Depuis 1979, l’Iran a consacré une part considérable de ses ressources tirées des ventes d’hydrocarbures à un projet d’anéantissement de l’État hébreu. Une stratégie militaire complexe a été mise au point, qui passait par la fabrication et le stockage de dizaines de milliers de missiles, la constitution d’un arsenal nucléaire et le financement de milices disséminées à des endroits clés du Moyen-Orient : Liban (Hezbollah), Gaza (Hamas), Yémen (Houthis), Irak, Syrie.
Le chiffrage de ce programme militaire est impossible en raison de l’opacité qui a régné sur les différentes opérations. Mais il est important de noter que ce dispositif de guerre a fait l’objet de sanctions économiques. Lesdites sanctions auraient dû inciter l’État iranien à réduire ses dépenses militaires. Or c’est le contraire qui s’est produit : le gouvernement a sous-investi dans les infrastructures du pays pour préserver le dispositif militaire. Les chiffres sont dévastateurs :
- Entre 2018 et 2025, la monnaie iranienne s’est gravement dévaluée face au dollar : quand il fallait 32 000 rials en 2018 pour obtenir un dollar, il en fallait 930 000 en 2025.
- Le PIB iranien est inférieur de 40 % à celui de 2011.
- L’inflation dépasse 60 %, l’inflation alimentaire 70 %.
Au plan politique, le régime apparaît coupé de l’immense majorité de sa population, qui n’adhère plus à son projet de rédemption islamo-politique par la destruction de l’État hébreu.
En regard, Israël affiche :
- un PIB en hausse continue,
- une croissance 2025 de 3,7 %,
- un chômage inférieur à 3 % en mars 2026,
- et une inflation contenue, inférieure à 3 %.
Bref, la haine d’Israël a consumé l’ensemble des conditions économiques de la survie du régime.
Seule la rente pétrolière captée par les Gardiens de la Révolution évite l’effondrement.
La facture (pauvreté, inflation, sécheresse, corruption…) est payée exclusivement par la population.
B. L’Égypte – ou la haine à mi-temps
L’Égypte a officiellement cessé de haïr Israël en 1979, date à laquelle le président Sadate a signé la paix avec Israël. La recherche économétrique est sans appel :
La simple cessation de la guerre a généré, sur trente ans, « un surplus de PIB de 64 % et un revenu par habitant supérieur de 82 % » par rapport à la trajectoire guerrière.
Les secteurs libérés– canal de Suez, tourisme, pétrole –ont contribué pour 25 milliards de dollars par anà la balance des paiements au début des années 2010.
Mais l’Égypte a signé la paix dans un contexte de réislamisation du monde musulman. L’année où Sadate se rend à Jérusalem marque l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeini en Iran. Si bien que l’opprobre qui entoure le traité de paix entre l’Égypte et Israël dans le monde musulman a amené Le Caire à geler ses relations économiques ou culturelles avec Israël.
La « paix froide » entre Le Caire et Jérusalem fait qu’aujourd’hui l’un des pays musulmans les plus peuplés au monde (110 millions d’habitants) se situe derrière les Émirats arabes unis (11 millions d’habitants) comme partenaire commercial d’Israël.
Alors que les relations économiques entre Israël et les Émirats, l’Azerbaïdjan et le Maroc sont sur une pente ascendante, les relations économiques entre l’Égypte et Israël se bornent à l’énergie et à la sécurité.
C. La Jordanie – même maladie, patient plus fragile
Le contexte des relations israélo-jordaniennes n’est pas très différent de celui de l’Égypte.
Mais il est amplifié par deux facteurs aggravants :
- une économie bien plus petite et fragile,
- et une population composée à 60 % d’Arabes qui se revendiquent « palestiniens ».
Autrement dit, la haine d’Israël est partie intégrante de l’identité nationale jordanienne, et pas seulement une question de politique étrangère.
Les QIZ – zones industrielles qualifiées créées conjointement avec Israël – ont contribué à 30 % de la croissance totale du PIB jordanien sur quatre ans.
- Grâce aux QIZ, la Jordanie exporte vers les États-Unis.
- Les échanges entre Israël et la Jordanie ont atteint 1 milliard de dollars en 2023, incluant eau et gaz.
Mais chut ! Interdit d’en parler. Le gouvernement est contraint de dissimuler les bénéfices de sa coopération avec Israël pour éviter une crise politique intérieure.
Ne pas pouvoir vendre à sa population les bénéfices de la coopération avec Israël signifie ne pas pouvoir les maximiser. La Jordanie paie, en partie, pour une haine qui n’est pas originellement la sienne – celle de sa population réfugiée dont elle a assumé le destin, et dont l’hostilité envers Israël bloque sa propre capacité à se développer.
III. CONCLUSION : L’IMPÔT INVISIBLE ET BILATÉRAL
La haine d’Israël est un impôt invisible prélevé des deux côtés :
- Les haïs paient une prime de risque et une prime d’exclusion régionale – visibles, mesurables, mais partiellement compensées par la résilience technologique et le soutien diasporique.
- Les haïsseurs, qui organisent leur développement autour de cette hostilité, voient leur économie s’appauvrir et se dégrader. En termes économiques, la haine est une mauvaise allocation de capital. Surtout quand elle échoue.
Israël a compensé la fermeture de ses marchés régionaux en devenant une puissance technologique mondiale. Les haïsseurs, eux, n’ont trouvé aucun substitut aux opportunités qu’ils se sont eux-mêmes refusées. YM♦

Yves Mamou, Décryptages
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1 Étude de Gary Clyde Hufbauer et Jeffrey J. Schott (1985), citée dans « The Arab Boycott Against Israel and Its Unintended Impact on Arab Welfare », Joyce Shems Sharon, 2003.
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