Comment l’Europe a dissous la responsabilité de la haine des Juifs
Pour lutter contre l’antisémitisme, il faut d’abord comprendre d’où il vient », écritThe Economist. Mais la déception est au bout de l’article. Le journaliste énumère les antisémites actifs (islamistes, gauche extrême, droite extrême, réseaux sociaux, réseaux iraniens et même des complotistes…), mais il échoue à donner une origine précise.
Qui hait le plus les Juifs ? Qui mène le mouvement ? On ne sait pas.
Le flou n’est pas la faute du journaliste, car la réponse, la vraie, est dérangeante :
L’antisémitisme en Occident provient simultanément du haut et du bas de la société. Les Juifs et Israël sont pris en tenailles, l’air de rien, entre la populace islamiste et les élites politiques, médiatiques, intellectuelles et judiciaires. L’un tue et persécute, l’autre excuse, voire légitime…
LA HAINE DU BAS
L’antisémitisme qui sévit en Europe – sous couvert de la « critique » d’Israël – est d’abord la conséquence des politiques migratoires qui ont été menées en Occident par les gouvernements progressistes. Quarante ans durant (et encore aujourd’hui notamment en France), les frontières se sont abaissées pour favoriser l’entrée de populations majoritairement musulmanes et massivement propalestiniennes.
Les migrants musulmans ont importé en Europe leur hostilité à Israël et aux Juifs.
. L’enquête 2018 menée dans 12 États membres de l’UE, auprès de 16 500 personnes se déclarant juives, confirme que les « harcèlements antisémites (ont été commis) au cours des cinq dernières années », à « 30 % (par des) musulmans, à 21 % (par des personnes qui) se réclamaient de la gauche et seulement à 13 % par la droite »,. Pas tous les musulmans, mais beaucoup.
. La même enquête publiée en 2024 et menée auprès de 8 000 personnes juives dans 13 pays de l’UE (dont la France), confirme les résultats de 2018 :
« les opinions islamiques, de gauche ou d’extrême droite motivent souvent » les violences et le harcèlement envers les Juifs.
Des enquêtes comme celle de Fondapol (2022) rappellent que
« 15 % des musulmans reconnaissent éprouver de l’antipathie pour les Juifs, soit une proportion supérieure de 10 points à celle mesurée dans l’ensemble de la population française ».
L’adhésion aux préjugés antisémites, ajoute Fondapol, n’est pas le fait de personnes peu ou mal éduquées. Les préjugés sont « très élevés parmi les cadres ou les diplômés de l’enseignement supérieur. Les opinions antisémites sont par ailleurs répandues aussi bien parmi les musulmans originaires du Maghreb que parmi ceux originaires d’Afrique subsaharienne. »
LA HAINE DU HAUT
Le Palestinisme
La haine des élites pour Israël – et par conséquent pour les Juifs – est l’autre branche de la tenaille. Cette haine a pour fondement idéologique le « Palestinisme ».
Le « Palestinisme » n’est pas un concept académique mainstream. Mais cette notion permet de décrire un système co-construit par :
l’État progressiste,
le militant politique de gauche
le journaliste (de gauche),
l’universitaire (de gauche),
le militant d’une ONG (de gauche)…
Tous ces parlants-écrivants professionnels participent à la construction d’un système de représentations qui a pour fondement et pour finalité de magnifier la « souffrance » des Palestiniens.
« En termes simples, écrit Hussayn Aboubakr Mansour, un chercheur américano‑égyptien, la Palestine est un système de convertibilité symbolique : elle est une machine qui transforme la souffrance palestinienne, la présence juive, l’humiliation arabe, la culpabilité occidentale, l’eschatologie islamiste, l’anti-impérialisme de gauche, l’humanitarisme libéral, le carriérisme des ONG, la stratégie du régime et l’autojustification personnelle en valeurs qui se renforcent mutuellement l’une l’autre. »
Pour Hussayn Aboubaqr Mansour, la totalité de l’Occident progressiste et la totalité de l’Orient “propalestinien” « exploitent » un système de représentations fondé sur la « souffrance » des Palestiniens.
Cette « souffrance » est une corne d’abondance qui débloque instantanément des milliards de fonds publics européens (1,6 milliard d’euros annoncés récemment) en faveur d’institutions « souffrantes » comme l’Autorité palestinienne.
C’est le palestinisme souffrant qui incite les États européens à produire de la sanction contre Israël à jets continus :
En mai 2024, l’Espagne, l’Irlande et la Norvège ont mené une action de reconnaissance coordonnée de la Palestine, sans doute dans l’espoir d’entraîner d’autres pays.
En septembre 2024, au Royaume‑Uni, le gouvernement travailliste de Keir Starmer a suspendu une trentaine de licences d’exportation d’armessur 350, invoquant un « risque clair » que ces armes soient utilisées en violation du droit international humanitaire à Gaza… Et il ne s’agit là que d’un échantillon.
Dans ce haut de la cisaille palestiniste, on trouve aussi
Une fois lâchés dans l’espace public, ces pseudo-concepts deviennent des armes de légitimation morale pour le milicien du Hamas comme pour le militant de gauche qui appelle à libérer la Palestine « de la rivière à la mer »...
COMMENT LE HAUT ET LE BAS S’ARTICULENT-ILS ?
L’État, l’Église, le parti qui coordonnait naguère, idéologie et haine des Juifs appartient à une ère révolue.
Aujourd’hui, le bas de la tenaille agit sans jamais rencontrer le haut de la tenaille. L’antisémitisme moderne n’a pas de tête pensante, ni de coupable attitré. Il est un système…
Le professeur de Sciences Po qui stigmatise Israël et le jeune de banlieue qui agresse un Juif à Sarcelles ne se connaissent pas, ne se parlent pas, ne se coordonnent pas. Pourtant, ils participent du même système fonctionnel.
Le professeur suit sa conviction intellectuelle anti‑colonialiste.
Le journaliste suit l’audience et l’air du temps.
Le politique court après son électorat.
L’islamiste écharpe le juif en bande.
Personne ne dirige. On ne peut pas arrêter un réseau qui n’a pas de tête…
Mais le système a une dynamique :
Ce n’est pas une chaîne de commandement,
c’est une chaîne de permission,
en même temps qu’une chaîne de radicalisation.
Chaque niveau donne au niveau inférieur une autorisation implicite d’aller plus loin.
Le professeur qui parle d’« apartheid » ne demande pas à l’étudiant d’agresser un Juif. Mais il lui a fourni le cadre moral dans lequel cette agression devient compréhensible, voire justifiable…
La chaîne de validation peut être aussi ascendante :
la rue produit des actes de haine ;
les élitescondamnentmollement ;
les médias gomment l’évènement ;
la rue interprète ce silence comme une approbation : elle se sent donc en droit d’intensifier ses violences ;
l’élite politique intègre cette intensité comme une « demande sociale » légitime.
Il est possible de dire : « Jean‑Luc Mélenchon attise la haine des Juifs »,
Mais il est possible de dire aussi que « la radicalisation de la rue islamiste en France oblige un parti politique comme La France insoumise à radicaliser son discours sur Israël et les Juifs. »