L’antisémitisme est une religion

Liliane Messika,
[20 juin 2026]

Comme les humains, les religions adolescentes ont des poussées hormonales. L’acné des religions se nomme schisme.

Ainsi les chrétiens sont-ils divisés entre catholiques et protestants, les premiers se subdivisant entre orthodoxes et romains, les seconds entre luthériens et calvinistes ; l’islam sunnite est en guerre contre son frère puîné chiite.

En son enfance, le christianisme a traversé une période œdipienne, qui s’est traduite par la volonté de « tuer le père » : l’antisémitisme...

Ce complexe décrit par Freud est une secte qui a réussi : elle est devenue une religion indépendante.

Toutefois, les circonstances de sa naissance ex-utero ont l’ont infectée d’une maladie génétique.

Les porteurs, même sains, de ce nouveau culte, connaissent des crises d’intensité variable, à la portée parfois pandémique.

Cela a été le cas du nazisme, au XXe siècle.

Au troisième millénaire, sa propagation démultipliée par les réseaux sociaux a donné le variant antisioniste, mutant et résistant aux injonctions du réel.

En France, l’antisémitisme est un délit

Il est classé dans les « actes anti-religieux », comme les actes anti-chrétiens et l’islamophobie.

Tous les citoyens sont égaux devant la Loi, mais les chiffres sont souvent interprétés inégalement.

  • En France, les 326 actes commis en 2025 contre des musulmans, dont la population varie entre 6 et 12 millions, légitiment d’en faire une cause nationale et une promesse électorale.
  • Pourtant, 53 % des actes antireligieux ont touché des Juifs, qui sont aujourd’hui environ 400 000 (contre plus de 600 000 il y a vingt ans). Mais ces 1320 violences contre des juifs parce qu’ils sont juifs sont parfois recouverts d’un voile de circonstances atténuantes psychédéliques. 16 personnes ont été tuées depuis 2002 parce qu’elles étaient juives dans notre pays.
  • Remarquons au passage que 843 actes antichrétiens ont également été recensés, souvent commis par des cumulards antisémites et anti-Blancs.

L’antisémitisme n’est pas une opinion, c’est une religion

La majeure partie des croyants de la religion antisémite est constituée d’extrémistes.

On ne discute pas de l’existence de leur principe théologique avec des religieux, a fortiori avec des fanatiques.

Dans les autres religions, les croyants gardent leur foi dans leur cœur ; seuls, les extrémistes en font leur pain quotidien.

Dans les religions monothéistes, les prophètes jouent un rôle important.

Les juifs croient que leur messie reste à venir.

Les chrétiens le croient advenu et né d’une vierge. Aux siècles d’avant l’imprimerie, ils ont eu à cœur d’en convaincre les « sauvages » des pays moins évolués qu’ils colonisaient, mais ça leur a passé.

Les musulmans croient que leur dieu a envoyé un prophète, dont toute l’Humanité doit imiter chacun des gestes, surtout ceux qui sont inhumains. Cela implique le respect absolu de cinq piliers, dont le djihad, un prosélytisme « par le verbe, par le glaive ou par le ventre des femmes ».

Les juifs extrémistes sont censés observer 623 commandements dans leur vie quotidienne.

Les chrétiens extrémistes se flagellent et font des pèlerinages les pieds nus.

Les musulmans extrémistes tuent ou espèrent tuer chaque jour un juif, et deux pendant le ramadan.

L’ANTISÉMITISME EST UNE RELIGION MONOMANIAQUE, PAS MONOTHÉISTE…

L’antisémite se lève le matin en se demandant comment il va pouvoir se venger des juifs, ces salauds qui trustent tous les métiers rémunérateurs, qui possèdent les banques et les médias et qui dictent leur politique aux dirigeants du monde entier.

Ce favoritisme du destin révulse l’antisémite qui, de surcroît, rend les juifs responsables de tous ses échecs : son examen raté, son cancer de la prostate, l’augmentation qui lui a été refusée par son patron (qui n’est pas juif, mais qui aurait pu l’être) et de tous les malheurs du monde, la sécheresse, les inondations, le capitalisme, le communisme, la faim dans le monde, l’obésité en Europe…

On ne discute pas religion avec un fanatique

Ce principe est aussi et surtout valable quand le fanatique prétend que sa religion est une opinion politique. Cette option n’est utilisée que par les antisémites les plus extrémistes, appelés « antisionistes ».

Ils justifient leur violence par un Credo dont le rythme copie celui du symbole des apôtres :

Je crois en un seul responsable, le juif tout-puissant, prédateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible. Je crois en un seul coupable, Israël, qui pratique famine, apartheid et génocide pour le plaisir et par méchanceté.

Pour nous les hommes, et pour notre salut, il faut débarrasser la Terre de cette engeance.

L’antisémite applique à l’État juif des critères qu’il n’exige d’aucun autre État et il l’accuse, par projection, de toutes les violences qui ont déjà été commises contre les Juifs par ses propres prédécesseurs (l’Inquisition, les cosaques, les nazis, etc.) et qu’il commet lui-même encore aujourd’hui contre eux, en personne ou par Hamas, Hezbollah & co interposés.

Best-of des pires B.A. (bonne action)

Ci-dessous un petit échantillon d’actes perpétrés par des antisémites de la secte antisioniste pour des motifs prétendument politiques.

Lors de l’élection de Miss France 2021, la candidate Miss Provence, April Benayoun a subi un déferlement de tweets antisémites provoqué par la nationalité de son père :

«  Miss Provence a perdu 1000 points avec ses origines », écrit l’un,

tandis qu’un autre exprime sa « haine que la représentante de [s]a région soit feuj [juive, NDLR] ».

Un autre internaute poste une photo d’Hitler avec pour légende : ‟Moi quand j’ai entendu les origines de Miss Provenceˮ.

Les auteurs de ces messages, âgés de 20 à 58 ans, sont originaires des quatre coins de la France, des Bouches-du-Rhône, de la Seine-Saint-Denis, du Val-d’Oise, de la Sarthe, de l’Ain, du Bas-Rhin et du Rhône. »

On ignore quels torts de la politique israélienne ont été redressés par cette campagne de violence et de menaces contre une candidate à un concours de beauté.

Le 26 février 2026, en meeting, Jean-Luc Mélenchon a fait rire son audience de bon cœur en trébuchant sur des noms à consonance juive, sur un ton et avec une jubilation pour lesquels Jean-Marie Le Pen aurait pu l’attaquer en justice pour plagiat.

Il n’est pas antisémite, Mélenchon, c’est juste un justicier contre la politique d’apartheid, qui a permis à un juge arabe à la Cour suprême de faire mettre en prison un ancien président juif d’Israël et qui a vu un parti arabe islamiste participer au gouvernement israélien. Il est aussi très remonté contre l’État juif qui pratique un génocide contre les Palestiniens. La preuve, après trois ans de génocide ininterrompu, leur population a augmenté en 2026 par rapport à 2023, c’est-à-dire avant qu’ils déclenchent la guerre en massacrant des civils israéliens. Mélenchon termine toujours ses one man shows par un numéro de victimisation sur l’air de « dès qu’on critique Israël on se fait traiter d’antisémite » (musique P. Leurnicheur, paroles Pascal Boniface).

Musique, encore, le 28 avril 2026, c’est dans la seule presse juive qu’a été publiée, en français, une nouvelle en provenance d’Australie : un concert choral, Concert for Hope and Unity, au profit des victimes de l’attentat terroriste de Bondi Beach, aurait dû réunir l’Australian Hellenic Choir et la Sydney Jewish Choral Society à l’hôtel de ville de Sydney, le 28 juin.

Mais lors des répétitions, le chœur grec a procédé à un vote au terme duquel la moitié de ses membres s’opposait « pour des raisons politiques à l’idée de se produire sur scène avec leurs homologues juifs ».

Le concert a donc été annulé. Un petit pas en avant pour les antisémites, un grand pas en arrière pour la civilisation.

Les Italiens, eux, célèbrent deux fêtes nationales : celle de la République (le 2 juin) et celle de la libération du fascisme, le 25 avril. Lors de la célébration 2026 de cette dernière, comme chaque année, des descendants de la Brigade juive1 ont défilé en compagnie de membres de leur communauté. À Milan, ils ont été interrompus par des insultes :

« Vous auriez dû être transformés en savon » et autres douceurs de la même opinion politique, proférées par des militants propalestiniens.

Mais bien entendu, ceux qui regrettent que des descendants de résistants n’aient pas été gazés et brûlés vifs seraient outrés d’être qualifiés d’antisémites : lorsqu’ils demandent

« Mirouârr, Mirouârr, qui est le plus honnête critique de la politique de l’État d’Israël ? »,

leur narcissisme répond

« C’est vous, votre Méchanceté ! »

Cet épisode rappelle le défilé français de la Journée de la femme 2024, quand des survivantes du pogrom du 7 octobre, membres du collectif « Nous vivrons », ont été agressées par des militants propalestiniens. Elles ont dû être exfiltrées du cortège par la police. Agresser des juives qui osent revendiquer de vouloir survivre est considéré par les fascistes d’extrême-gauche comme un acte d’héroïsme politique qui brossera les plumes rouges de leur ego dans le sens du poil jusqu’à leur dernier jour.

Le marronnier d’avril n’est pas un poisson mais une flottille

C’est un tourisme extrêmement populaire, où l’on a l’occasion de prendre des selfies avec des pipoles chevronnés.

Les premières éditions s’étaient déroulées sous pavillon humanitaire artisanal, quelques kilos de biscuits et quelques caisses de médicaments périmés servant d’alibi « aide aux nécessiteux ».

En 2026, le rythme de croisière est atteint, il est de notoriété publique que Gaza jouit d’un PIB largement supérieur à celui de la plupart des pays africains et que ses dirigeants disposent de fortunes à 9 zéros. Inutile, dans ce contexte, de charger du lait maternisé périmé dans les cales des navires, au milieu des caisses de munitions.

De fait, une cinquantaine de bateaux ont été interceptés, dont plusieurs transportaient, en plus de la marchandise civile, des armes à feu et des engins explosifs destinés à des membres du Hamas dans les zones sous leur contrôle.

L’antisémite.2 part officiellement en guerre contre l’État juif, dont il a jugé le blocus « illégal » et décidé qu’il allait le forcer avec son petit bateau qui va sur l’eau et ses petits bras tout musclés. Pour autant, il ne s’agit pas de laisser les juifs agir dans leurs eaux territoriales comme s’ils étaient chez eux. Quelques accompagnants sont donc discrètement armés.

C’est ce qui a décidé les Israéliens à conduire deux participants/organisateurs de la flottille pour Gaza, en Israël pour y être interrogés. Saif Abu Keshek, Palestinien résidant en Espagne, et le Brésilien Thiago Ávila, étaient soupçonnés d’appartenance à une organisation terroriste, d’aide à l’ennemi en période de guerre ainsi que de contacts avec des organisations terroristes et un agent étranger.

Àvila a pu passer pour un martyr pendant quelques heures, le temps qu’une photo de lui, maquillé par IA pour illustrer un narratif de brutalité policière israélienne, soit revendiquée par son auteur, un photographe de l’AFP, dans sa version originale, c’est-à-dire vierge de tout maquillage. Pour ceux qui veulent jouer au jeu des 7 erreurs : l’intermittente du spectacle en premier et l’originale en second.

Certaines religions sont des maladies transmissibles

Le virus de l’antisémitisme a muté en antisionisme au siècle dernier. La gauche radicale à la Fanon/Said en a fourni l’idéologie. Les islamistes, les adeptes des théories du complot et l’extrême droite, la haine. Les marches en faveur de Gaza en sont les vecteurs. Le virus a trouvé ses hôtes dans tous les aspirants héros trop lâches pour s’attaquer à de vrais fascismes.

Pour mai-juin 2026, citons quelques variants du virus :

À Rome, l’expulsion des groupes LGBT juifs de la Gay Pride. Le prétexte ? Leur refus de condamner nommément le « génocide en cours. Gaza ». En effet, dans un communiqué publié début juin, le groupe LGBT juif Keshet Italia avait exprimé sa proximité avec la souffrance du peuple palestinien tout en appelant à une prudence dans le choix des termes employés, notamment sur l’usage du mot « génocide ». Si on n’est pas partisan du judéocide du fleuve à la mer, on est forcément islamophobe et génocidaire, donc cancelable.

À Toronto, les affiches signalant la disparition d’une gamine de 14 ans ont été systématiquement arrachées. Pourquoi ? La gamine disparue était juive !

À Paris, Barbara Butch, DJ LGBT, hier idole des luttes anti-homophobie et anti-grossophobie, est maintenant cancelée pour cause de soutien à la proposition de loi de la députée Caroline Yadan visant à adapter la lutte contre l’antisémitisme aux nouvelles mutations de la religion.

À Newcastle, Tina Ion, candidate du Parti vert, a été rattrapée par sa séborrhée antisémite en pleine campagne électorale. Elle a publié sur les réseaux sociaux des messages appelant à la violence contre les sionistes : « vermine », « rats », « machine à broyer des sionistes »

À Londres, un citoyen britannique de 45 ans né en Somalie a poignardé deux hommes dans une rue du quartier juif de Golders Green.

À Berlin, l’antisémitisme est banalisé dans l’espace public. Ainsi, de nombreux graffitis antisémites dans le quartier de Pankow, appelant à « tuer tous les Juifs » n’ont suscité quasiment aucune réaction des Autorités.

Dans toute l’Europe, le boycott des universités israéliennes se généralise. Non seulement le cessez-le-feu à Gaza ne l’a pas affaibli, bien qu’il en ait été la principale raison revendiquée par les adeptes de la religion de paix et d’intolérance aux juifs, mais les organisations pro-boycott se sont adaptées à une vitesse météorique aux nouvelles configurations géopolitiques, remplaçant le « génocide de Gaza » par la guerre contre l’Iran et les opérations israéliennes contre le Hezbollah.

À Bruxelles, une compétition d’escalade a été annulée plutôt que ses dirigeants acceptent de revenir sur des discriminations anti-israéliennes.

À Paris, encore, des étudiants de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ont été exclus d’un groupe de discussion WhatsApp à cause de leur nom à consonance juive. Ils ont été accusés du crime de sionisme : « On ne veut pas de vous ici ». L’une d’entre elles s’est indignée de cette injustice. Non pas le fait de stigmatiser des gens pour ce qu’ils sont, mais parce qu’elle n’était « ni juive ni sioniste ». Il n’y avait donc aucune raison de l’exclure, la pauvre !

Au Vatican, le pape Léon XIV a remis la médaille de Grand-Croix de l’Ordre pontifical de Pie IX à l’ambassadeur iranien, Mohammad Hossein Mokhtari, pour son action symbole de « paix » et de « pacifisme », au moment même où l’on comptabilisait 1823 personnes exécutées au cours des cent derniers jours écoulés.

Que croyez-vous qu’il arriva ? C’est la loi contre l’antisémitisme qu’on retira !

« Retirée de l’ordre du jour de l’Assemblée en avril, la proposition de loi contre l’antisémitisme sera bien remplacée par un projet de loi plus consensuel : le texte transmis au Conseil d’État sera étendu à toutes les formes de racisme. » LM♦

Liliane Messika, Dreuz


1 La Brigade juive est une unité militaire de l’époque de la Seconde Guerre mondiale, composée principalement de volontaires juifs de la Palestine mandataire. Elle a combattu contre les nazis au sein de l’armée britannique


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