Q.I.T. : Qatar – Iran – Trump, le kit du chaos

Par, Serge Siksik,
[7 juillet 2026]

« L’intérêt parle toutes sortes de langues et joue toutes sortes de personnages. »
François de La Rochefoucauld

La constance est la signature des convictions. L’inconstance est souvent celle des intérêts.

Notre époque voue un véritable culte à l’imprévisible. Les chaînes d’information continue vivent des ruptures, les experts prospèrent sur les surprises et les réseaux sociaux amplifient chaque revirement comme s’il annonçait un bouleversement historique.

Nous avons fini par croire que le monde avance au rythme des événements inattendus.

Pourtant, cette fascination masque souvent une réalité beaucoup plus simple :

Les grands acteurs de l’Histoire sont rarement imprévisibles. Ils sont, au contraire, d’une remarquable fidélité à eux-mêmes.

Ce qui change N’EST PAS LEUR NATURE, mais NOTRE REGARD.

Nous observons leurs déclarations, leurs alliances ou leurs volte-face, sans toujours chercher le principe qui, derrière ces apparentes contradictions, demeure étonnamment stable.

La psychologie offre ici une clé de lecture précieuse. Depuis Freud, et plus encore avec Lacan,

Nous savons qu’un individu peut tenir des discours contradictoires tout en restant parfaitement cohérent.

Les paroles évoluent, les comportements se modifient, les circonstances changent ; pourtant, le désir profond qui organise l’ensemble demeure le même.

Les contradictions ne sont souvent que les cheminsmultiples empruntés par une seule et mêmepulsion.

Cette observation ne vaut pas seulement pour les individus.

Les États, les régimes politiques et parfois même les civilisations obéissent à des mécanismes comparables.

Pour comprendre leur conduite, il ne suffit pas d’analyser leurs actes ; il faut identifier le centre de gravité autour duquel ces actes s’organisent…

À la lumière de cette grille de lecture, trois acteurs dominent aujourd’hui une partie du désordre moyen-oriental : l’Iran, le Qatar et Donald Trump.

À première vue, tout les oppose :

  • L’un incarne une révolution religieuse,
  • l’autre une monarchie richissime adepte de la diplomatie tous azimuts,
  • le troisième un dirigeant américain au style déroutant.

Pourtant, chacun possède une cohérence profonde. Chacun poursuit obstinément un objectif qui lui est propre. C’est pourquoi je propose de les réunir sous un même acronyme : le Q.I.T., le Kit du Chaos.

Non parce qu’ils agiraient de concert,mais parce qu’ils illustrent trois formes différentes d’une même constance.

– L’IRAN est probablement le plus lisible des trois. Depuis la révolution islamique de 1979, le régime des mollahs n’a jamais varié sur l’essentiel. Les présidents se succèdent, les ministres changent, les négociations s’ouvrent puis s’interrompent, mais l’objectif proclamé demeure identique :

Affaiblir puis faire disparaître ce que le régime appelle « l’entité sioniste ».

Cette obsession structure l’ensemble de sa politique régionale :

  • Le Hezbollah au Liban,
  • le Hamas à Gaza,
  • les Houthis au Yémen,
  • les milices chiites en Irak,
  • le développement des missiles balistiques
  • et la poursuite du programme nucléaire.

Tous répondent tous à une même vision stratégique et religieuse. On peut condamner ce projet avec la plus grande fermeté ; on peut y voir l’une des principales menaces du XXIe siècle. Mais une chose est certaine : Téhéran ne dissimule pas son intention.

Depuis près d’un demi-siècle, le régime annonce ce qu’il veut accomplir, puis met méthodiquement en œuvre les moyens d’y parvenir.

Son moteur est IDÉOLOGIQUE.

– LE QATAR relève d’une logique différente, mais non moins cohérente.

Derrière l’image policée d’un petit État moderne, derrière les gratte-ciel de Doha, les investissements colossaux, les universités occidentales, les clubs de football et la diplomatie souriante, se déploie depuis plusieurs décennies une stratégie d’influence d’une efficacité remarquable.

Le Qatar est à la fois

  • allié militaire des États-Unis,
  • investisseur majeur en Europe,
  • partenaire économique de nombreuses démocraties,
  • médiateur officiel dans plusieurs conflits

… tout en accueillant des dirigeants du Hamas

et en soutenant, directement ou indirectement, les réseaux issus des Frères musulmans.

Beaucoup voient dans cette accumulation de positions contradictoires une forme d’opportunisme.

C’est, à mon sens, une erreur d’analyse.

Le Qatar ne se contredit pas ; il cherche à être indispensable. Son objectif n’est pas de choisir un camp, mais d’occuper tous les espaces où se prennent les décisions. Son moteur n’est pas une idéologie : c’est l’INFLUENCE

– Vient enfin DONALD TRUMP, sans doute le cas le plus délicat, parce qu’il suscite autant d’adhésion que de rejet.

Les faits imposent d’abord l’honnêteté.

Son premier mandat a profondément renforcé la position stratégique d’Israël :

  • reconnaissance de Jérusalem comme capitale,
  • reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan,
  • retrait de l’accord nucléaire iranien,
  • Accords d’Abraham.

Ces décisions appartiennent désormais à l’histoire et nul ne peut les effacer.

Mais reconnaître ces accomplissements ne dispense pas d’analyser la logique qui les sous-tend. C’est ici que commence, selon moi, la véritable question.

Contrairement à l’Iran ou au Qatar, Donald Trump ne poursuit ni une idéologie structurée ni une stratégie géopolitique durable.

Son véritable centre de gravité est ailleurs : IL EST EN LUI-MÊME.

C’est ici que la psychologie éclaire davantage que la diplomatie.

Le narcissisme n’est pas seulement un trait de caractère ; c’est une manière d’habiter le monde.

C’est la tentation de faire de soi le point fixe autour duquel tout doit graviter.

Dans cette logique,

  • les peuples deviennent des variables,
  • les alliances des instruments
  • et les fidélités des contrats provisoires.
  • Les convictions elles-mêmes deviennent négociables si elles cessent de servir le récit personnel.
  • Les compliments les plus appuyés peuvent précéder les critiques les plus sévères,
  • Les adversaires redevenir des partenaires,
  • Les certitudes d’hier être remplacées par celles du lendemain.

Cette apparente instabilité n’est pourtant pas une incohérence. Elle répond à une logique constante :

préserver son image,

conserver la maîtrise du récit

et demeurer le personnage principal de sa propre histoire.

L’inconstance n’est donc pas toujours l’opposé de la prévisibilité ; elle peut en être la forme la plus achevée.

Lorsqu’un homme place systématiquement son intérêt personnel au-dessus de toute autre considération, il devient parfaitement lisible.

  • Les mollahs poursuivent une idéologie.
  • Le Qatar poursuit une stratégie.
  • Trump poursuit Trump.

Le véritable danger ne réside donc pas dans ces trois acteurs. Il réside dans les ILLUSIONS qu’ils suscitent….

Nous avons souvent davantage confiance dans nos espérances que dans les faits.

Nous voulons croire qu’un ennemi finira par renoncer à son projet,

qu’un médiateur sera réellement neutre

ou qu’un allié étranger placera durablement les intérêts d’Israël avant ceux de sa propre nation.

L’HISTOIRE ENSEIGNE EXACTEMENT L’INVERSE !

Les alliances existent, elles sont parfois précieuses, mais elles ne remplacent jamais la responsabilité.

Le peuple juif en a fait l’expérience à d’innombrables reprises.

La Torah résume cette réalité en une phrase d’une sobriété désarmante :

« Un nouveau roi se leva sur l’Égypte qui ne connaissait pas Yoseph. »

Les dirigeants passent, les intérêts changent, les coalitions se déplacent.
Ce qui demeure, pour Israël, est la nécessité d’assurer lui-même son destin…

Mais cette lecture historique n’est encore que la surface des choses.

La tradition d’Israël invite à regarder l’Histoire avec une profondeur supplémentaire.

Les maîtres du Zohar décrivent la montée en puissance d’Ichmaël avant l’accomplissement du retour d’Israël sur sa terre.

Parce qu’il porte lui aussi le signe de l’Alliance, une place particulière lui est accordée dans le déroulement de l’Histoire, non comme un aboutissement, mais comme une étape.

D’autres commentaires évoquent une convergence provisoire entre Ichmaël et Ésaü, entre certaines puissances issues du monde islamique et du monde occidental.

Ces deux univers, souvent rivaux, pourraient se retrouver momentanémentunis par une même difficulté : accepter le retour du peuple juif au centre de son histoire.

Qu’on adhère ou non à cette lecture, force est de constater qu’Israël est devenu le point de cristallisation des tensions diplomatiques, idéologiques et morales de notre époque

Le prophète Zacharie annonçait déjà que Jérusalem deviendrait « une pierre pesante pour tous les peuples ».

L’expression mérite d’être méditée.

  • Non pour quelques peuples, mais pour tous.
  • Comme si Jérusalem révélait les fractures cachées de l’humanité.
  • Comme si la question d’Israël cessait d’être régionale pour devenir le miroir des nations.

C’est peut-être là l’une des intuitions les plus profondes de Manitou :

Israël n’occupe pas le centre de l’Histoire parce qu’il serait le plus puissant des peuples. Il en occupe le centre parce qu’IL EST LE PEUPLE PAR RAPPORT AUQUEL LES AUTRES SE DÉFINISSENT…

Sa seule existence oblige chacun à révéler ce qu’il porte en lui :

L’Iran révèle sa haine idéologique.

Le Qatar révèle sa stratégie d’influence.

Trump révèle la logique du narcissisme politique.

  • Une partie de l’Europe révèle son épuisement civilisationnel.
  • Les organisations internationales révèlent leurs contradictions.
  • Les médias révèlent leurs biais.

Israël agit comme le révélateur d’une photographie : il ne crée pas les visages, il les fait apparaître…

C’est pourquoi le Q.I.T. dépasse largement la géopolitique.

Il devient le symptôme d’une époque où les hommes s’imaginent écrire eux-mêmes le scénario de l’Histoire.

  • Pharaon le croyait.
  • Nabuchodonosor le croyait.
  • Titus le croyait.
  • Les califes le croyaient.
  • Hitler le croyait.
  • Staline le croyait.

Chacun pensait tenir entre ses mains le destin d’Israël.

Chacun croyait que la puissance militaire, la richesse, l’empire ou l’idéologie auraient le dernier mot.

Tous sont devenus des chapitres de l’Histoire.

Israël demeure le livre.

Comme le rappelait Manitou,

Les empires pensent écrire l’Histoire alors qu’ils n’en rédigent souvent que les notes de bas de page.

Le personnage principal demeure Israël, non parce qu’il serait supérieur aux autres peuples, mais parce que c’est à travers lui que se déploie une histoire qui le dépasse infiniment

Voilà peut-être la véritable leçon du Q.I.T.

  • Les idéologies passent.
  • Les empires passent.
  • Les présidents passent.
  • Les coalitions passent.
  • Les fortunes passent.

Israël continue d’avancer.

Non parce qu’il serait plus fort que les autres, mais parce que, depuis l’appel adressé à Abraham, son histoire ne lui appartient déjà plus.

  • Les hommes croient conduire les événements ; ils n’en sont souvent que les interprètes.
  • Ils pensent écrire le scénario ; ils découvrent, parfois trop tard, qu’ils n’étaient que des acteurs.

Et lorsque le rideau tombe sur les empires, il reste une évidence qui traverse les siècles :

Le véritable Auteur de l’Histoire N’APPARAÎT JAMAIS sur la scène, mais SA SIGNATURE DEMEURE VISIBLE à chaque page. SS♦

Serge Siksik, MABATIM.INFO


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Un commentaire

  1. Il est temps que les israéliens se réveillent à ce qui n’a jamais fait aucun doute: « Les états n’ont pas d’amis, que des intérêts ». L’intelligence d’un état c’est de préserver les intérêts de son peuple sans les brader au nom d’une vertu supérieure illusoire.

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