À la hauteur d’Israël, Réflexion à l’heure du choix
Par Serge Siksik, 23 juillet 2026
« La démocratie a été définie comme l’association de tous sous la conduite des meilleurs. » –Winston Churchill
Dans beaucoup de démocraties, une élection change un gouvernement. En Israël, elle engage l’Histoire.
Le 27 octobre prochain, les Israéliens éliront leurs députés.
Comme à chaque scrutin depuis plusieurs décennies, la campagne promet d’être passionnée, parfois violente, souvent excessive.
Les débats porteront moins sur les projets que sur les personnes. Les invectives tiendront lieu d’arguments, les procès d’intention remplaceront volontiers les démonstrations.
Et, une fois encore, un homme concentrera l’essentiel des passions : Benjamin Netanyahou.
Ses adversaires dresseront l’inventaire de ses défauts. Ils évoqueront son caractère, son style de gouvernement, ses procès, ses rapports avec les institutions, sa manière d’exercer le pouvoir.
Puis viendra, presque mécaniquement, l’argument présenté comme décisif :« Cela fait vingt ans. Il est temps de tourner la page. »
Cette affirmation est peut-être la plus révélatrice de la pauvreté du débat.
Depuis quand la durée constitue-t-elle, en elle-même, une faute démocratique ?
Dans quel traité de science politique est-il écrit qu’un dirigeant devrait quitter ses fonctions uniquement parce qu’il y serait resté longtemps ?
Une démocratie ne repose ni sur l’hérédité, ni sur la cooptation. Elle repose sur le suffrage universel.
Si Benjamin Netanyahou a dirigé Israël près de vingt ans, de manière discontinue, ce n’est ni un accident institutionnel, ni une anomalie.
C’est parce que, scrutin après scrutin, une majorité d’Israéliens a estimé que, malgré ses imperfections, il demeurait le plus apte à gouverner.
Ce constat ne dit rien de sa perfection. Il dit beaucoup de ses concurrents.
La véritable question n’est donc pas : « Pourquoi Netanyahou est-il encore là ? »
La seule question sérieuse est infiniment plus dérangeante :
Pourquoi, après près de vingt ans, aucune personnalité n’est-elle parvenue à convaincre durablement les Israéliens qu’elle ferait mieux ?
Voilà le véritable procès.
Car deux hypothèses seulement sont possibles.
– La première consisterait à croire qu’un seul homme aurait empêché, pendant deux décennies, l’émergence de toute alternative crédible.
Il aurait donc neutralisé successivement la droite, le centre, la gauche, les médias, l’université, les anciens chefs d’état-major, les services de renseignement et plusieurs générations de responsables politiques.
Une telle hypothèse relève davantage du mythe que de l’analyse.
– La seconde est beaucoup plus simple :
AUCUN DIRIGEANT N’A ENCORE RÉUSSI À S’IMPOSER AVEC UNE ÉVIDENCE SUFFISANTE.
C’est peut-être cette réalité que beaucoup refusent de regarder en face.
L’opposition israélienne donne parfois le sentiment que son principal projet n’est pas de gouverner Israël, mais de faire partir Netanyahou.
Or vouloir renverser un homme n’a jamais constitué un projet de société.
Le ressentiment ne remplace ni unevision, ni unestratégie, ni unecapacité à gouverner.
On peut souhaiter l’alternance. Elle appartient à l’essence même de la démocratie.
Encore faut-il proposer davantage qu’un simple changement de visage.
Car gouverner Israël n’est pas administrer un pays comme les autres. C’est exercer l’une des responsabilités politiques les plus exigeantes du monde.
Israël ne ressemble à aucune autre démocratie occidentale.
Dans la plupart des États, le chef du gouvernement administre une société relativement stable.
Les alternances corrigent une politique économique, sociale ou fiscale. Elles modifient une orientation, rarement le destin même de la nation.
Israël évolue dans une tout autre dimension. Au cours d’une même journée, son Premier ministre
peut être amené à autoriser une opération clandestine contre l’Iran,
répondre aux attaques du Hezbollah ou du Hamas,
gérer une crise diplomatique avec Washington,
négocier la libération d’otages,
rencontrer des familles endeuillées,
puis expliquer, devant les caméras du monde entier, pourquoi son pays continue simplement à vouloir vivre.
Peu de dirigeants portent une responsabilité d’une telle intensité.
Car Israël est un paradoxe unique. Minuscule par sa superficie, il occupe une place démesurée dans la conscience des nations.
Chacune de ses décisions est commentée à l’échelle mondiale.
Chaque guerre est disséquée.
Chaque erreur est amplifiée.
Chaque succès est relativisé.
Chaque faiblesse est exploitée par ceux qui contestent jusqu’à son droit d’exister.
Depuis le 7 octobre, cette pression a changé de nature.
L’antisémitisme, longtemps dissimulé derrière les précautions du langage diplomatique, s’exprime désormais avec une assurance nouvelle.
Sur certains campus, dans des organisations internationales, sur les réseaux sociaux et jusque dans plusieurs gouvernements occidentaux, Israël n’est plus seulement critiqué ; il est délégitimé. Le procès ne porte plus sur ses décisions, mais sur son existence même.
Dans un tel contexte, les Israéliens n’élisent pas seulement un Premier ministre. Ils désignent celui qui portera, souvent seul, la responsabilité politique, diplomatique et morale d’un peuple redevenu, une fois encore, le point de fixation d’une partie de la haine du monde...
Mais il est une responsabilité encore plus profonde.
Gouverner Israël ne consiste pas seulement à défendre des frontières, développer une économie ou conduire une armée. C’EST RECEVOIR EN DÉPÔT UNE HISTOIRE PLURIMILLÉNAIRE ET EN ASSURER LA CONTINUITÉ.
Israël n’est pas un État né d’un hasard de l’Histoire. Il est le foyer national retrouvé d’un peuple qui, pendant près de deux mille ans d’exil, n’a jamais cessé de tourner son regard vers Jérusalem.
Sa permanence ne s’explique ni par la puissance militaire, ni par le nombre, ni par les richesses. Bien des empires autrement plus puissants ont disparu. Le peuple juif, lui, demeure.
Pourquoi ?
Parce qu’il est resté fidèle à une mémoire, à une Alliance, à une terre et à des valeurs qui ont traversé les siècles.
C’est pourquoi le Premier ministre d’Israël ne peut être un simple administrateur ou un technocrate talentueux :
Il doit être profondément sioniste, non comme on adhère à une idéologie partisane, mais comme on assume une responsabilité historique.
Il doit comprendre que le retour du peuple juif sur sa terre n’est pas un épisode politique parmi d’autres, mais l’un des événements majeurs de l’Histoire juive.
Et il doit être profondément attaché aux valeurs du judaïsme. Non parce qu’Israël serait une théocratie – il ne l’est pas – mais parce que ce sont précisément ces valeurs qui ont permis au peuple juif de survivre pendant près de quatre mille ans, à la destruction des royaumes, aux exils, aux expulsions, aux pogroms, à la Shoah et à toutes les tentatives d’effacement.
On peut administrer un État avec de la compétence…
Mais on ne porte pas une telle histoire sans enracinement. C’est peut-être là la singularité du pouvoir en Israël. Le Premier ministre ne reçoit pas seulement les clés d’un gouvernement. Il reçoit, pour un temps, la garde d’une histoire qui le dépasse.
La Torah offre, sur cette question, un enseignement d’une étonnante modernité.
Elle ne célèbre jamais le pouvoir pour lui-même.
Le pouvoir n’y apparaît ni comme unprivilège, ni comme une récompense, encore moins comme un accomplissement personnel.
Il est une charge, souvent écrasante, toujours exigeante.
Moïse ne demande jamais à diriger Israël. Au contraire, il tente à plusieurs reprises de s’y soustraire. Il connaît le poids d’une responsabilité qui engage non seulement un peuple, mais une histoire.
Josué n’est pas choisi parce qu’il incarne la nouveauté ou le changement.
Il ne devient pas le successeur de Moïse au nom d’un principe d’alternance.
Il est désigné parce qu’il a démontré, pendant des décennies, sa fidélité, son courage, son humilité et sa capacité à poursuivre une œuvre qui le dépasse.
Quant au roi d’Israël, la Torah lui impose une obligation unique parmi toutes les institutions politiques de l’Antiquité :
Il devra écrire pour lui-même un rouleau de la Torah et le garder constamment auprès de lui.
Non pour afficher sa piété, mais afin de ne jamais oublier que son autorité ne lui appartient pas.
Il gouverne sous une loi qui le dépasse. Son pouvoir n’est jamais absolu ; il est au service d’une mission.
Quelle leçon pour notre temps !
Notre époque mesure volontiers les dirigeants à leur popularité, à leur image, à leur aisance médiatique ou à leur capacité à produire des slogans efficaces. Nous confondons souvent la communication avec l’autorité, la nouveauté avec le progrès et la jeunesse avec le renouvellement.
La démocratie, pourtant, n’exige pas de choisir le candidat le plus séduisant. Elle demande de choisir le plus capable.
L’expérience n’est pas une garantie d’excellence, mais son absence peut coûter très cher lorsqu’il s’agit de conduire une nation dont les décisions engagent parfois la vie de millions d’hommes.
L’Histoire est d’ailleurs sévère envers les peuples qui remplacent un dirigeant uniquement parce qu’ils se sont lassés de son visage.
L’ALTERNANCE est une RICHESSE lorsqu’elle élève le niveau du pouvoir. Elle devient un RISQUE lorsqu’elle ne répond qu’à la fatigue, à l’impatience ou au ressentiment...
C’est pourquoi la campagne qui s’ouvre devrait s’affranchir des querelles personnelles pour revenir à l’essentiel.
La véritable question n’est pas de savoir qui parle le mieux, qui communique le mieux ou qui suscite le moins de rejet. Elle est infiniment plus exigeante.
Qui possède aujourd’hui l’expérience nécessaire pour prendre, en quelques minutes, une décision dont dépendra peut-être l’existence même de l’État d’Israël ?
Qui maîtrise les rapports de force avec les grandes puissances ?
Qui comprend les réalités militaires, diplomatiques, économiques et technologiques auxquelles Israël est confronté ?
Qui saura résister aux pressions incessantes des alliés comme des adversaires, sans jamais perdre de vue l’intérêt supérieur du pays ?
Mais une autre question, plus fondamentale encore, devrait être posée.
Qui aime suffisamment Israël pour comprendre ce qu’il représente ?
Qui mesure que cet État n’est pas seulement une construction politique née en 1948, mais l’aboutissement de l’espérance ininterrompue de générations entières qui, pendant près de deux millénaires, ont conclu chaque Pessa’h par les mots : « L’an prochain à Jérusalem » ?
Qui comprend que le sionisme n’est pas uniquement un projet politique moderne, mais l’expression contemporaine d’une fidélité plusieurs fois millénaire entre un peuple, une terre et une vocation ?
Car gouverner Israël ne consiste pas seulement à administrer le présent. Il faut aussi être capable de recevoir un héritage et de le transmettre.
Un Premier ministre d’Israël ne détient pas uniquement un mandat électoral. Il reçoit, pour quelques années, la responsabilité d’un chapitre supplémentaire dans l’histoire du peuple juif.
Au fond, l’élection du 27 octobre ne posera pas seulement la question d’un changement de majorité.
Elle interrogera la manière dont les Israéliens conçoivent le pouvoir :
Voteront-ils d’abord contre un homme, ou choisiront-ils celui à qui ils estiment pouvoir confier le destin du pays ?
La différence est immense.
On peut parfaitement souhaiter une alternance. C’est la respiration normale d’une démocratie. Mais encore faut-il que cette alternance repose sur une personnalité dont l’expérience, la vision, l’autorité et la profondeur justifient qu’on lui remette les clés d’un pays qui vit, depuis sa renaissance, sous une menace permanente.
La démocratie ne consiste pas à changer pour changer. Elle consiste à choisir le meilleur parmi ceux qui se présentent.
Israël ne peut se permettre le luxe de l’improvisation.
Son Premier ministre n’a pas droit à une longue période d’apprentissage. Dès son entrée en fonction, il doit être capable de prendre des décisions dont dépendront parfois la vie de milliers de soldats, la sécurité de millions de citoyens et, dans certaines circonstances, l’avenir même de l’État juif.
Mais il lui faut davantage encore. IL DOIT SAVOIR POURQUOI ISRAËL EXISTE.
Il doit être profondément enraciné dans l’idéal sioniste, non comme une simple préférence partisane, mais comme la conscience que le peuple juif est revenu sur sa terre pour y exercer pleinement sa souveraineté et y assumer son destin.
Il doit également être attaché aux valeurs du judaïsme, non pour imposer une pratique religieuse, mais parce que ce sont elles qui ont permis à notre peuple de demeurer lui-même à travers les siècles. Elles ont traversé les empires, les exils, les persécutions et les tentatives d’anéantissement. Elles ont fait vivre Israël bien avant la naissance de l’État d’Israël.
Un dirigeant peut administrer un budget sans porter cette conscience. IL NE PEUT PAS CONDUIRE DURABLEMENT L’ÉTAT JUIF SANS ELLE.
Car le Premier ministre d’Israël ne reçoit pas seulement un mandat des électeurs.
Il reçoit, pour un temps, LA GARDE D’UNE HISTOIRE plusieurs fois millénaire et LA RESPONSABILITÉ DE LA TRANSMETTRE INTACTE à ceux qui viendront après lui.
C’est à cette aune que devrait être jugé chaque candidat.
Non à son âge.
Non à sa longévité.
Non à sa popularité du moment.
Mais à sa capacité à porter une nation qui ne ressemble à aucune autre.
Alors oui, chacun demeure libre de préférer un candidat plutôt qu’un autre.
Mais la véritable question n’est toujours pas : « Faut-il tourner la page Netanyahou ? »
La seule question qui mérite d’être posée est infiniment plus exigeante.
Israël n’est pas un État comme les autres. Il est le retour d’un peuple sur sa terre, après deux mille ans d’exil, pour renouer avec une histoire commencée il y a près de quatre mille ans.
Le Premier ministre d’Israël ne reçoit donc pas seulement un mandat électoral. Il reçoit en dépôt une souveraineté retrouvée, une mémoire plurimillénaire et l’espérance des générations qui l’ont précédé.
Dès lors, la véritable question n’est pas de savoir qui peut gagner une élection.
La seule question est celle-ci : qui est aujourd’hui assez grand pour porter Israël ?SS♦
Bravo et Merci cher Monsieur pour ce magnifique texte qui j’espère aidera à dégonfler les égos de certains !!! Excellent Shabbat plein d’espérance
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