
Par Jean-Loup Mordekhaï Msika,
[5 septembre 2026]
Comme toute entreprise de découverte, la création artistique doit par définition s’aventurer au-delà des frontières académiques.
Car, en se cantonnant à l’intérieur d’un système, d’une totalité établie, avec la stricte géométrie de la perspective, les proportions et couleurs de l’existant, l’exactitude anatomique, l’unicité de la source lumineuse, etc. les œuvres picturales ou sculpturales se privent de toute expression et chutent dans la banalité et l’ennui.
Elles présentent alors une duplication laborieuse des simples apparences du réel : c’est l’art « pompier » abondamment produit par des générations de tacherons s’escrimant dans les ateliers académiques, et qui n’osaient pas outrepasser les règles établies par d’autres, maîtres et théoriciens.
Ils tentaient vainement de reproduire servilement une image du réel, en renonçant ainsi à son mystère insaisissable qui en est tout le sel.

L’embrigadement systématique, la soumission à des règles strictes et imposées, ne favorisent que la médiocrité, aussi bien dans la création artistique que dans tous les autres domaines, y compris spirituel, bien entendu…
Les œuvres importantes et appréciées dans la durée sont celles qui témoignent d’une audace indomptable dans cette exploration du mystère de la vie, prenant des risques et bousculant toutes les conventions, avec au bout de la démarche certaines réussites inoubliables.
– Ainsi Rembrandt distribue et module volontairement la lumière dans sa Ronde de Nuit, provoquant le refus de certains des commanditaires, mais tenant bon.
– Gauguin situe sa lutte de Jacob et l’Ange sur un immense champ vermillon pur, au sortir du sermon pour les petites bretonnes joliment en-coiffées, le sermon prenant ainsi vie sous leurs yeux.
– Et James Ensor fait vibrer la couleur dans une sarabande continue de masques et de squelettes, à la véhémence dérisoire et grimaçante d’une grande justesse…
Ils partent ainsi à la poursuite de ce mystère qui vous étreint inexplicablement dans la contemplation du réel, dans des poursuites personnelles et audacieuses.
J’ai assisté, dans une école d’art de New-York, à un débat sur la peinture du nu féminin. Les professeurs se succédaient en expliquant qu’il fallait étudier l’anatomie préalablement pendant un an, puis trois ans, puis cinq ans au minimum, etc.
Finalement, notre amie Anita Steckel prit la parole et affirma que
La peinture n’avait rien à voir avec l’anatomie et tout à voir avec le « feeling » souverain.
Et il est de fait que les auteurs des nus féminins les plus remarquables de l’histoire de l’art ont pris personnellement, à titre individuel, toutes les libertés pour produire des œuvres émouvantes.
La qualité de la création artistique dépend de la prise de risque individuelle, en (difficile…) liberté.
N’en va-t-il pas de même en matière spirituelle ?
Les grandes religions « abrahamiques » postérieures, dominantes, conquérantes, ont établi des doctrines et dogmes impératifs, dans les moindres détails, en top-down intégral,
qui dispensent de chercher, de douter, de questionner,
réduisant leurs fidèles à l’état de conformité passive et confortable et les privant de leur responsabilité souveraine primordiale.
Cela a mené à l’établissement d’immenses empires temporels, avec recours à une contrainte aberrante en matière spirituelle, cela au nom de telle ou telle prétendue « doctrine » officielle, les êtres humains étant invités à s’y soumettre docilement, sous peine des pires tourments, aussi bien dans le monde chrétien (jusqu’à l’aggiornamento bénéfique de Nostra Aetate) qu’en Islam ou dans les dictatures communistes.
Il s’en est suivi un effondrement civilisationnel affligeant, avec guerres, massacres et atrocités continuelles depuis des siècles et encore aujourd’hui…

Le troupeau humain était alors massivement égaré, prêt à suivre les directives les plus injustes et sanguinaires…
Mais le Concile Vatican II, initié par l’admirable Saint-Jean XXIII, a heureusement réintroduit dans le credo du christianisme
- la légitimité du doute,
- la libre pensée personnelle,
… en renonçant enfin à une prétention abusive et totalitaire à l’exclusivité du salut et à l’accusation de « déicide » contre le peuple juif.
L’intuition philosophique juive antique et première, d’un développement spirituel libre, sans contrainte ni rigidité, montant en bottom-up, comme une flamme, du cœur de chaque personne humaine, chacune souveraine et « à l’image de Dieu », était, elle, de nature à obtenir de chacun un effort responsable, avec remise en question continuelle et pleine réalisation de son potentiel d’énergie vitale souveraine.

La Bible hébraïque en témoigne, qui est à la racine de la civilisation de Justice et de Liberté du monde libre, avec sa Déclaration Universelle des Droits de l’Homme…
Le peuple juif a survécu à tous les empires autoritaires en Top-Down, qui se sont successivement tous voués avec acharnement à sa perte, avec recours obstiné à la calomnie et au mensonge, comme aujourd’hui, en 2026…
Après l’attaque djihadiste génocidaire du 7 octobre 2023 contre les civils israéliens, au lieu d’exprimer une solidarité avec les victimes, le monde abusif de la médiocrité par le Top-Down s’est contenté de répéter les accusations effrontées de « génocide », « apartheid », « occupation coloniale », etc. contre Israël et les juifs, témoins (gênants….?) de la libre spiritualité, dans les médias corrompus par le réseau des Frères Musulmans, leurs idiots utiles et les fonds qatari.
Cette indignité ne fera que causer la perte de ses auteurs, qui sont eux-mêmes menacés par le djihad, en les enfermant dans l’échec totalitaire et dans le piège d’une violence autodestructrice.
La médiocrité de l’art « pompier » est certes navrante mais ses conséquences sont moins graves pour la civilisation que la fausseté des prétendues « spiritualités » totalitaires qui domestiquent l’humanité. J-L-MM♦

Jean-Loup Mordekhaï Msika, MABATIM.INFO
En savoir plus sur MABATIM.INFO
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
