France : « Depuis le 7 octobre » : la faillite morale de Jean-Noël Barrot

Par Richard Abitbol,
[7 septembre 2026]

« C’est arrivé, cela peut donc arriver de nouveau : tel est le noyau de ce que nous avons à dire. »Primo Levi, Les Naufragés et les Rescapés

Il est des phrases qui révèlent davantage qu’un long discours. Des phrases dont chaque mot témoigne d’un aveuglement, d’une hiérarchie des indignations et, parfois, d’un véritable naufrage moral.

Devant des étudiants qui l’interpellaient sur la politique française au Proche-Orient, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a déclaré avec une assurance stupéfiante :

« De tous les pays du monde, je n’en connais pas d’autres qui aient fait autant pour la cause palestinienne que la France depuis le 7 octobre. »

La déclaration a bien été prononcée et diffusée publiquement. Il faut donc la prendre au sérieux, dans sa formulation exacte, avec ce qu’elle dit – et plus encore avec ce qu’elle trahit.

Car les mots les plus terribles ne sont pas « CAUSE PALESTINIENNE ».

La France peut légitimement venir en aide aux civils palestiniens, défendre leur dignité, promouvoir une solution politique et soutenir ceux qui refusent le Hamas.

Les mots les plus terribles sont :
« DEPUIS LE 7 OCTOBRE ».

Depuis le 7 octobre. Tout est là. Tout est dit.

Le 7 octobre 2023 ne fut pas le commencement d’une campagne humanitaire.

Ce fut le jour du pire massacre antisémite commis depuis la Shoahselon les propres termes du ministère français des Affaires étrangères.

Ce fut le jour où des terroristes du Hamas et leurs complices franchirent la frontière israélienne pour assassiner, torturer, violer et enlever.

Des enfants furent massacrés sous les yeux de leurs parents.

Des familles entières furent exécutées.

Des femmes furent violées.

Des vieillards, des adolescents et des nourrissons furent emmenés comme otages dans les tunnels de Gaza.

Les bourreaux filmèrent eux-mêmes leurs crimes, exhibant leur barbarie comme un trophée.

Cinquante et un Français furent assassinés le 7 octobre ou moururent en captivité.

Et c’est précisément cette date que le ministre français choisit comme point de départ de sa vantardise diplomatique.

Non pour dire ce que la France aurait accompli en faveur des otages.

Non pour rappeler ce qu’elle aurait entrepris contre le Hamas.

Non pour expliquer comment elle aurait combattu l’idéologie antisémite qui inspira le massacre.

Non pour dresser le bilan de son soutien aux Français assassinés, aux familles endeuillées ou aux otages abandonnés pendant des mois dans les geôles terroristes.

Mais pour se féliciter de ce que la France aurait fait, « depuis le 7 octobre », en faveur de la « cause palestinienne »…

Une obscénité chronologique

Les mots ont un sens. Les dates aussi.

En faisant du 7 octobre le point de départ glorieux d’une mobilisation diplomatique en faveur de la cause palestinienne, Jean-Noël Barrot établit une succession symbolique insupportable :

Le Hamas massacre, et la diplomatie française redouble d’efforts POUR LA CAUSE AU NOM DE LAQUELLE LES TERRORISTES PRÉTENDENT AVOIR AGI…

Qu’on ne déforme pas cette accusation :

  • Aider un enfant palestinien n’est évidemment pas aider le Hamas.
  • Secourir une population civile n’est pas approuver le terrorisme.
  • Défendre la perspective de deux États n’est pas légitimer le massacre du 7 octobre.

Mais un ministre des Affaires étrangères n’est pas seulement responsable des décisions qu’il prend. Il est également responsable des mots qu’il choisit, des dates qu’il met en exergue et de la causalité politique qu’il installe dans les esprits…

Lorsqu’une organisation terroriste commet un massacre d’une barbarie inouïe et que, quelques années plus tard, un ministre français se félicite publiquement d’avoir intensifié l’action de la France pour la cause palestinienne depuis ce massacre, quel message adresse-t-il au monde ?

  • Que la violence paie.
  • Que le terrorisme impose l’ordre du jour.
  • Que les morts juifs disparaissent derrière la cause revendiquée par leurs assassins.
  • Que l’on peut massacrer des Israéliens, parmi lesquels des dizaines de Français, et obtenir en retour une mobilisation diplomatique internationale sans précédent.

Ce message est politiquement désastreux
et moralement indigne…

Les communiqués ne suffisent plus

Jean-Noël Barrot répondra sans doute que la France a officiellement condamné le Hamas, demandé la libération des otages et affirmé vouloir exclure l’organisation terroriste de la gouvernance future de Gaza. C’est exact : les communiqués existent. Les condamnations protocolaires ont été prononcées. Le Quai d’Orsay a lui-même qualifié le 7 octobre de « pire massacre antisémite depuis la Shoah ».

Mais c’est précisément ce qui rend cette vantardise plus insupportable encore.

Le ministre sait ce que fut le 7 octobre. Il connaît le nombre des victimes françaises. Il sait ce que cette date représente pour Israël, pour les Juifs de France et pour les familles des otages. Il ne peut ignorer que, depuis ce jour, les actes antisémites se maintiennent en France à un niveau historiquement élevé. Le ministère de l’Intérieur en a recensé 1 320 pour la seule année 2025, soit plus de la moitié de l’ensemble des faits antireligieux enregistrés dans le pays.

  • Il le sait, mais il choisit tout de même cette formule.
  • Il la prononce avec fierté.
  • Il la lance comme un titre de gloire devant des étudiants.
  • Il ne dit pas : « Malgré le 7 octobre, nous avons refusé de confondre les civils palestiniens avec le Hamas. »
  • Il ne dit pas : « Nous avons aidé les Palestiniens tout en combattant sans faiblesse ceux qui ont massacré les Israéliens. »
  • Il se vante d’avoir fait davantage que tous les autres pays pour la cause palestinienne depuis le 7 octobre.

La différence n’est pas sémantique. Elle est morale...

La cause palestinienne ne peut pas être celle du Hamas

Si la France voulait réellement servir les Palestiniens, elle commencerait par affirmer une vérité élémentaire : le Hamas est aussi l’ennemi du peuple palestinien :

Il l’a soumis à une dictature islamiste. Il a détourné ses ressources.

Il a militarisé son territoire. Il a placé ses infrastructures militaires au cœur des zones civiles.

Il a sacrifié sa population à une stratégie de guerre et de propagande.

Il a fait de la mort des Palestiniens un instrument politique et de la souffrance de Gaza une arme médiatique.

Servir la cause palestinienne devrait donc signifier combattre le Hamas,

  • Exiger sa disparition politique et militaire,
  • Soutenir l’émergence d’une autorité capable de reconnaître Israël,
  • Enseigner enfin que l’avenir palestinien ne se construira jamais sur le meurtre des Juifs.

Mais la diplomatie française préfère trop souvent l’ambiguïté :

  • condamner le Hamas dans les communiqués,
  • puis accorder dans le débat public toute la centralité politique à la cause dont il s’est emparé ;
  • commémorer les victimes israéliennes un jour, puis se vanter le lendemain des concessions diplomatiques accomplies depuis leur massacre.

L’hypocrisie s’ajoute alors à l’indignité.

La complicité morale

Je mesure la gravité du mot « complicité ». Je ne l’emploie pas ici comme une qualification pénale. Je parle d’une complicité morale et politique, celle qui ne participe pas au crime mais contribue à en valider rétrospectivement l’efficacité.

– On devient moralement complice d’une stratégie terroriste lorsque l’on démontre, par ses actes et par ses paroles, que le massacre a permis à ses auteurs d’atteindre leur objectif :

replacer leur cause au centre de l’agenda international,

– isoler Israël et transformer les victimes du 7 octobre en accusés.

– On devient politiquement complice lorsque l’on récompense le calendrier imposé par les assassins.

– On devient historiquement complice lorsque l’on oublie que le premier devoir, après un pogrom, consiste à se tenir auprès des victimes – et non à célébrer les avancées de la cause revendiquée par leurs bourreaux.

Le Hamas est un mouvement totalitaire, islamiste et exterminateur, animé par un antisémitisme radical. Il a voulu tuer des Juifs parce qu’ils étaient juifs, profaner leur humanité, filmer leur supplice et offrir ces images en spectacle. C’est pourquoi je n’hésite pas à le ranger parmi les héritiers idéologiques des nazis : non parce que l’histoire se répéterait à l’identique, mais parce que la volonté de déshumaniser et d’exterminer les Juifs demeure la même.

Et lorsqu’un gouvernement occidental transforme, même involontairement, le crime de ces nazis modernes en accélérateur diplomatique de leur cause, il ne peut prétendre être étranger aux conséquences morales de sa politique...

PUIS L’ON FEINT DE DÉCOUVRIR L’ANTISÉMITISME

  • Comment s’étonner ensuite de la montée de l’antisémitisme en France ?
  • Comment s’étonner que des étudiants juifs craignent d’entrer dans certaines universités,
  • Que des enfants cachent leur étoile de David,
  • Que des familles retirent leur nom de leur boîte aux lettres
  • Que des Français juifs envisagent de quitter leur propre pays ?

Le pouvoir affirme combattre l’antisémitisme,

Mais il en nourrit l’atmosphère lorsqu’il installe l’idée que la violence commise contre les Juifs serait immédiatement suivie d’une progression de la cause de leurs agresseurs.

Il organise des cérémonies, prononce des discours, publie des plans nationaux et promet que la République protégera ses citoyens juifs.

Mais, dans le même temps, son ministre des Affaires étrangères revendique fièrement l’action menée en faveur de la cause palestinienne depuis le jour où des Juifs furent massacrés.

La République dit aux Juifs :

« Nous pleurons vos morts. »

Sa diplomatie laisse entendre :

« Mais leur mort a tout de même fait avancer les choses. »

Voilà l’abjection.

Voilà l’insoutenable double discours.

Voilà pourquoi tant de Juifs français ne croient plus aux déclarations officielles :

  • Parce qu’ils constatent que leurs morts sont commémorés, mais que leurs assassins dictent l’agenda ;
  • Que leur douleur est reconnue, mais immédiatement relativisée ;
  • Que leur sécurité est promise, mais que l’idéologie qui les menace est sans cesse excusée, contournée ou dissimulée derrière un vocabulaire humanitaire.

Les ministres passent, la honte demeure

Jean-Noël Barrot cessera un jour d’être ministre. Tous les ministres deviennent d’anciens ministres.

Mais certaines phrases demeurent, parce qu’elles résument une époque

et révèlent la démission morale de ceux qui la gouvernent.

La phrase de Jean-Noël Barrot restera comme l’aveu d’une diplomatie qui, après le massacre, s’est davantage préoccupée de tirer gloire de son action en faveur de la cause palestinienne que d’affirmer une solidarité indéfectible avec les victimes du terrorisme antisémite.

  • La France pouvait aider les civils palestiniens sans humilier les morts du 7 octobre.
  • Elle pouvait défendre deux peuples sans abandonner la vérité.
  • Elle pouvait préparer la paix sans récompenser symboliquement le terrorisme.
  • Elle pouvait reconnaître les souffrances palestiniennes sans effacer la responsabilité du Hamas.
  • ELLE POUVAIT SURTOUT TROUVER D’AUTRES MOTS.

Jean-Noël Barrot ne les a pas trouvés – ou n’a pas voulu les chercher.

À la place, il a choisi

  • La suffisance sans le courage,
  • La posture sans la conscience,
  • L’autosatisfaction sans la moindre décence historique.

Il voulait dresser le bilan glorieux de la diplomatie française.

Il en a prononcé l’épitaphe morale. RA♦

Richard Abitbol, MABATIM.INFO


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