À propos de Nostra Aetate

Par Jean-Loup Mordekhaï Msika,
[6 octobre 2026]

La déclaration Nostra Aetate du Concile Vatican II constitue une remise en question courageuse de certains dogmes catholiques problématiques.

Faire preuve de modestie et reconnaître une erreur est très louable : c’est indispensable pour tout progrès vers la perfection et la Vérité.

On peut même se demander si une remise en question constante, exigée d’ailleurs par la culture juive de questionnement et de responsabilisation, ne devrait pas être librement poursuivie, à la recherche d’une Justice infinie ?

En effet,

— la prétention à l’exclusivité du Salut

— et l’interdiction de la Liberté de Conscience

qui étaient établies et imposées dictatorialement étaient abusives et totalitaires.

Elles ont conduit directement aux crimes historiques abominables de l’Inquisition, avec ses tortures et ses bûchers.

Elles ont été critiquées justement, combattues et vaincues par la réforme protestante, puis par le mouvement philosophique des Lumières, lesquels ont contribué à faire émerger notre civilisation de la gangue du féodalisme barbare ou la maintenait une erreur, une négation de la vérité philosophique.

Nostra Aetate reconnaît enfin que la lumière divine et la spiritualité authentique peuvent aussi être présentes dans les autres religions, et que la recherche spirituelle, pour être vraie, doit se faire librement, la contrainte ne pouvant que faire le lit de la fausseté….

Cela constitue tout simplement l’amorce de la sortie de l’Erreur, d’une erreur effroyable, gigantesque et multi séculaire, qui a été au service du féodalisme inégalitaire, injuste et brutal

« L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. »

La philosophie juive enseigne d’ailleurs depuis toujours qu’il y a des justes dans toutes les religions, et c’est pour cela

  • qu’elle s’abstient soigneusement de tout prosélytisme agressif
  • et se contente de pratiquer un prosélytisme d’accueil respectueux.

Loin d’interdire la libre pensée individuelle, elle l’encourage au contraire par l’exigence du Tikkun Olam : un engagement à sauver le monde, c’est-à-dire à y faire régner la Justice, non par la soumission conformiste et quasiment analphabète à tel ou tel dogme doctrinal, mais par une vigilance, un cheminement intellectuel et un engagement individuel responsables de la part de libres êtres humains, tous créés « à l’image de Dieu », c’est-à-dire tous porteur d’une étincelle et d’une dignité divines.

Mais il faut bien reconnaître que le christianisme paulinien a été conçu et mis en œuvre comme une guerre contre le judaïsme et contre les juifs, victimes de l’occupation romaine, et qualifiés par Paul, citoyen romain lui-même, dans son Épître aux thessaloniciens (2-15)…

…« d’ennemis du genre humain », qui ont « mis à mort le Seigneur Jésus et les prophètes, nous ont persécutés, ne plaisent point à Dieu… Mais la colère de Dieu est tombée sur eux pour y demeurer jusqu’à la fin. »

Le renoncement à cette prétention à l’exclusivité du Salut, et à l’interdiction de la Liberté de Conscience constituent donc un rapprochement avec, et un retour même vers, la philosophie juive qui a précédé le christianisme de tant de siècles et lui a fourni son socle, sa racine…

Enfin, le Concile Vatican II renonce à l’enseignement multiséculaire et acharné du mépris et même de la haine des juifs et du judaïsme, acharnement constaté et décrit en détail par l’historien Jules Isaac dans ses ouvrages, dont Jésus et Israël de 1948, L’antisémitisme a-t-il des racines chrétiennes ?  de 1960 et L’enseignement du mépris de 1962, dérive honteuse et profondément erronée qui a préparé l’Europe à la mise en œuvre du génocide barbare et abominable de la Shoah.

« En outre, l’Église, qui réprouve toutes les persécutions contre tous les hommes, quels qu’ils soient, ne pouvant oublier le patrimoine qu’elle a en commun avec les Juifs, et poussée, non pas par des motifs politiques, mais par la charité religieuse de l’Évangile, déplore les haines, les persécutions et les manifestations d’antisémitisme, qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs. »

La fin de la guerre contre les juifs, en principe donc, et l’abandon d’une erreur conceptuelle radicale et anti-philosophique, qui prétendait priver les êtres humains de leur libre arbitre ?

Mais une certaine obstination antisémite subsiste.

En 2016, par exemple, donc 51 ans après la Déclaration Nostra Aetate de Vatican II, ayant visité Notre Dame de Paris avec mon épouse, peu avant la Pâques, pour assister à un concert d’orgue avec des transpositions de Rachmaninov, j’y ai prélevé un exemplaire de la brochure « Magnificat » qui y était distribuée largement.

À ma grande surprise, j’y ai trouvé de nombreuses accusations contre « les Juifs », des mentions rageuses et diffamatoires du fameux prétendu crime abominable de « Déicide » par les juifs, accusations en principe supprimées par la Déclaration Nostra Aetate du concile Vatican II de 1965…

À titre d’exemple,

– en page 130, un « Chemin de croix » de Bruno Frappat, ancien directeur du journal La Croix, présentant la foule (juive) de Jérusalem comme :

«…foule hystérique… abrutie de simplisme et de méchanceté, foule qui hurle, foule des slogans haineux et des fureurs qui se croient sacrées… Foule de lynchage, attirée par le sang… »

(Il faut se souvenir de ce que la foule déférente et attentive qui recevait Jésus comme un prince à Jérusalem, pour les fêtes du Seder de Pessah, quelques jours auparavant, en agitant des palmes pour lui faire de l’ombre et chasser les mouches, tout en jetant des manteaux sous les pas de son âne, réception célébrée par la fête des Rameaux, était la même foule juive que Bruno Frappat se permet de caricaturer et de diffamer ainsi, odieusement, car il n’y avait que des juifs à Jérusalem en ce temps, hormis les légionnaires envahisseurs romains, véritables bourreaux des juifs dont Jésus…).

– et en page 181 de ce « Magnificat » de 2016 :

«…j’ai été livré aux juifs dans un jardin et… crucifié dans un jardin… Vois les crachats sur mon visage… Vois les soufflets sur mes joues… Vois la flagellation sur mon dos… »

etc., etc.

Ayant adressé le soir même un message e-mail à l’Archevêque de Paris à ce sujet, j’ai reçu le lendemain matin un appel téléphonique du Vicaire Brice de Malherbe, qui devait justement réciter en chaire, à Notre Dame de Paris, lors du « Vendredi Saint », des extraits de cette brochure.

Au cours d’une longue conversation téléphonique, nous passâmes en revue tous les nombreux passages problématiques de la brochure « Magnificat 2016 », et le Vicaire me fit la promesse de les exclure de sa lecture publique, ce qu’il fit effectivement : j’assistais à cette lecture pour vérifier.

Cependant, ma demande d’un retrait de distribution de cette brochure « Magnificat » haineuse, diffamatoire et problématique ne fut pas acceptée,

et le Vicaire m’expliqua qu’un vif débat interne divisait encore l’Église entre ceux qui tenaient à la permanence des accusations contre les Juifs et ceux qui étaient disposés à y renoncer.

Nous avons depuis constaté que la diffusion annuelle du « Magnificat » a été interrompue, à la suite de nos objections.

Les éditeurs du Magnificat ont semble-t-il préféré interrompre leur publication plutôt que de la purger de toute accusation diffamatoire antisémite, cela en accord avec la Déclaration Nostra Aetate….

Quelle obstination !

Finalement, je suis tombé récemment sur une publication de juin 2026, donc 10 ans plus tard, et j’ai constaté que les éditeurs du Magnificat ont finalement semble-t-il accepté de faire un tri salutaire et d’écarter toute mention négative des juifs, enfin en conformité avec Nostra Aetate !

Il ne faut pas oublier que le Vendredi Saint de la Pâque chrétienne était, pendant de nombreux siècles, et dans tout le monde chrétien, le jour funeste ou les juifs devaient tenter par tous les moyens de se protéger des violences, pogroms, viols et pillages perpétrés par une foule chauffée à blanc, à l’église, par l’évocation et la commémoration des événements liés à la mort de Jésus : son arrestation, sa flagellation, son chemin de croix puis sa crucifixion, les juifs prétendument « déicides » et « perfides » en étant rendus explicitement responsables par un récit accusatoire et enflammé.

Ce processus directement criminogène n’a en principe pris fin qu’avec la Déclaration Nostra Aetate de 1965, mais certains milieux catholiques obstinés en ont la nostalgie et se sont empressés de reprendre à leur compte, dès le 8 octobre 2023, les mensonges des terroristes du Hamas accusant les juifs de génocide….

Persistance de l’antisémitisme :

Le catholicisme est divisé : une part des pays chrétiens ou peut être « ex-chrétiens », Espagne, France, Belgique, Irlande, Angleterre, Norvège, etc. se sont engagés et même précipités honteusement, dès le 8 octobre 2023, soit dès le lendemain du pire pogrom depuis la Shoah, et en ce moment même, en 2026, dans un soutien de fait aux terroristes du Hamas et aux divers agents terroristes de la République Islamique des mollahs d’Iran (Hezbollah, houtis, etc.), dont la vocation unique et déclarée, encore et encore, est la destruction d’Israël, en reprenant les sempiternelles calomnies de sang (blood-libels) et accusations et projections anti-sionistes mensongères de génocide, d’apartheid, d’occupation coloniale et de nettoyage ethnique, en exigeant l’établissement d’un prétendu « État palestinien » interdit aux juifs (judenrein), corrompu, installé en plein cœur d’Israël, par un dépeçage du minuscule et unique état juif au monde, le but étant de le détruire pour projeter de nouveau les juifs dans une situation de soumission, à la merci de ceux qui les ont persécutés depuis 2 000 ans de la manière la plus odieuse et sans qu’ils puissent se défendre, en Europe comme au Moyen orient ou en Afrique du Nord.

Car la prétendue « solution à deux États » réclamée sur tous les tons a déjà été mise en œuvre en 1921 puisque l’Angleterre mandataire a déjà attribué 78 % du territoire du mandat de Palestine à un état arabe palestinien, le royaume de Jordanie, et ces chrétiens ou « ex-chrétiens » palestinistes de tant de pays d’Europe se font les alliés objectifs du djihad mortifère et totalitaire, par pur antisémitisme persistant, et cela dans un processus proprement suicidaire, le djihad préparant et souhaitant la fin d’Israël, mais aussi leur propre anéantissement, dont l’état actuel de la France, livrée à l’émeute permanente, à feu et à sang, nous donne un avant-goût.

Un « top-down » abusif dans la nomination des évêques ?

De plus, les catholiques « sédévacantistes » rejettent la déclaration Nostra Aetate et refusent toute autorité aux papes depuis l’admirable Saint-Jean XXIII inclus, initiateur du concile Vatican II en 1962, tous considérés comme de faux papes.

Ils tiennent à maintenir l’Église dans cette erreur flagrante que constitue l’usage de la contrainte, de la menace, contre la liberté de l’esprit humain, et dans la haine anti-juive...

La crise est donc totale.

Ils tiennent à nommer eux-mêmes leurs évêques, qui sont aussitôt excommuniés par le pape Léon XIV, lequel persiste à revendiquer l’exclusivité mondiale des nominations, du haut du sommet de la hiérarchie opulente, situé à Rome, en top-down intégral.

Les « sédévacantistes » manifestent une hostilité radicale et persistante envers le judaïsme, or paradoxalement, en ce qui concerne les nominations d’évêques pour le moins, leur revendication concernant les évêques les rapproche du judaïsme qui se passe de tout clergé hiérarchisé et laisse les fidèles de chaque synagogue ou se réunit un « mynian » de dix fidèles au moins, choisir librement, en bottom-up, le rabbin, conseiller et lettré, marié et père de famille, qui va apporter ses lumières et commentaires à leurs lectures et méditations sur la Torah.

Encore une fois donc, il semble bien que le modèle juif original soit pertinent, et que dans leur hâte d’affirmer la nouvelle religion, les pères de l’Église aient « jeté le bébé avec l’eau du bain » avec leur clergé obligatoirement célibataire, en hiérarchie mondiale contrôlée par Rome, en top-down absolu.

Le « mieux » peut donc effectivement être l’ennemi du bien.

L’égarement :

  • Une passion exigeante pour la Justice sur terre, en cette vie présente, animait l’esprit juif, y compris du juif Jésus,
  • mais le christianisme paulinien l’a remplacé par une traite sur l’avenir, avec promesse de salut et de justice dans le monde futur (ou « les derniers seront les premiers »…), pour une vie éternelle, promesse assortie d’une contrainte disqualifiante exercée par les inquisiteurs.

Comme l’a remarqué André Siegfried, Barbusse fait dire à son Jésus :

« C’est le serpent qui a dit : vous ne mourrez pas ! Annoncer aux hommes qu’ils ne mourront point, c’est souffler aux damnés d’ici-bas le conseil satanique de ne point vivre leur vie. »

On peut se demander si cet abandon égaré du présent pour un avenir distant et trop aléatoire n’a pas contribué à la fameuse déchristianisation, à partir du jour où les foules n’ont plus été contraintes d’assister à la messe sous peine de punition inquisitoriale pour impiété, comme sous l’ancien régime féodal ?

L’historien Guillaume Cuchet explique que

« La sortie de la pratique obligatoire sous peine de péché mortel, si prégnante dans l’ancien catholicisme » a constitué un « événement majeur qui a desserré tout le système d’un coup »

Au-delà de Nostra Aetate de 1965, remise en question partielle et louable, qui a restauré l’Église dans une part de vrai et de légitimité, on peut se demander, très amicalement et respectueusement, s’il ne s’agit pas d’un processus à poursuivre à son terme, le catholicisme pouvant conserver ses croyances et rites propres tout en renouant enfin, en solidarité civilisationnelle, avec les grands choix éthiques et moraux du miracle juif, d’une grande justesse, et qui sont à sa source :

« Avec le monothéisme, la loi morale et cette angoisse de justice, cette vocation d’inquiétude et de trouble qui nous vient des prophètes (André Siegfried) » ? J-L-MM♦

Jean-Loup Mordekhaï Msika, MABATIM.INFO


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