Italie : Nouveaux troubles. Qui est derrière ?

Par Anton Gross,
[26 octobre 2026]

En Italie, l’arrestation de l’activiste Youssef Saker a révélé une organisation sophistiquée. Celle-ci combinait intelligence artificielle et messages programmés sur Telegram. Objectif : coordonner des insurrections dans huit villes sous la bannière du mouvement clandestin « 17 octobre ».

La justice examine aussi des liens financiers présumés avec des réseaux de soutien au Hamas. Ces éléments suggèrent une tentative d’unifier la colère contre la vie chère derrière une idéologie islamiste.

En France, les discours officiels ciblent surtout l’ultra-gauche et les casseurs opportunistes.

Pourtant, de nombreux analystes établissent un parallèle direct avec la situation italienne. Ils mettent en garde contre une stratégie de « guerre hybride » de l’islamisme politique.

Celle-ci s’infiltre dans les fractures sociales et exploite le désarroi de la jeunesse via les réseaux sociaux.

Dans les deux pays, des militants radicalisés cherchent à détourner des contestations légitimes pour attaquer les institutions…

L’Italie a connu son deuxième samedi de troubles.

À Bologne, des poubelles ont de nouveau été brûlées, des vitrines brisées et les transports publics vandalisés. À Turin et à Rome, des affrontements ont eu lieu avec la police. L’enquête a ciblé un homme considéré comme le créateur du mouvement « 17 octobre ». Plus les détails sur lui apparaissent, plus l’affaire devient intéressante. C’est sur lui que nous nous concentrons aujourd’hui.

Il s’agit de Youssef Saker, Italien de 30 ans d’origine marocaine, activiste musulman, chercheur et journaliste. Il a été arrêté pour incitation au terrorisme et organisation de violences lors de manifestations. Lors des perquisitions, la police a découvert un manuel révolutionnaire et des messages de coordination des manifestations. Le parquet vérifie également ses liens possibles avec des personnes accusées de financer le Hamas.

Les affrontements

À Bologne, les heurts ont duré environ quatre heures. Dans le secteur des rues Marconi et Riva Reno, des pierres, des bouteilles et des engins pyrotechniques ont été lancés sur la police. Les forces de l’ordre ont répondu par des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Des bus, des distributeurs automatiques et des équipements routiers ont été endommagés. Le magasin Nike de la rue Rizzoli a été pillé.

Selon les dernières données, trois participants ont été arrêtés à Bologne. Vingt-quatre policiers ont été blessés, dont l’un devrait rester en convalescence entre 10 et 30 jours. Douze personnes ont été transportées à l’hôpital. Les dégâts pourraient dépasser 100 000 euros. La compagnie de transport, les infrastructures communales et les chantiers du tramway ont été touchés. Les pertes des propriétaires privés sont encore en cours d’évaluation. La protestation contre la vie chère se traduit ainsi par de nouvelles dépenses pour la ville et pour les victimes des destructions.

À Turin, deux personnes ont été arrêtées. À Rome, une partie du cortège a tenté de marcher vers les bâtiments gouvernementaux. Des bouteilles ont été lancées ; la police a utilisé canons à eau et gaz lacrymogènes. À Florence, l’accès à la Via de’ Tornabuoni a été bloqué. À Milan, environ 15 000 personnes ont participé à la marche. Les destructions massives du week-end précédent ont été évitées, probablement grâce à l’arrestation du principal organisateur.

Dimanche, les actions ont continué. À Bologne, une cinquantaine de personnes se sont rassemblées devant la préfecture pour réclamer la libération des arrêtés. À Milan, près de la gare de Cadorna, une action du mouvement « 17 octobre » et de jeunes militants palestiniens a eu lieu.

L’arrestation de Youssef Saker

Dans la soirée du 24 octobre, la police a arrêté Youssef Saker. Après interrogatoire, il a été placé à la prison de San Vittore, à Milan.

Le parquet l’accuse d’incitation à des crimes à but terroriste et de violences organisées lors de manifestations.

Le 26 octobre, le parquet a demandé son maintien en détention, invoquant un risque de fuite et de récidive. Les documents soulignent que Saker disposait des compétences technologiques et organisationnelles pour élaborer une stratégie révolutionnaire via les réseaux sociaux. Les lieux de rassemblement étaient choisis pour compliquer le contrôle policier.

Son épouse, Sajia Hammoud, 32 ans, fait également l’objet d’une enquête. Née et élevée à Côme, d’origine libanaise, elle travaille comme médiatrice interculturelle (sic). Selon les enquêteurs, le couple était le seul administrateur des canaux Instagram et Telegram du mouvement « 17 octobre ». Elle reste libre pour l’instant. C’est grâce à son téléphone que la police a localisé Saker, qui avait éteint le sien. Le couple a été retrouvé dans l’appartement de connaissances, dans le quartier de Corvetto à Milan.

Qui est Youssef Saker ?

Saker a grandi dans la province de Brescia, au sein d’une famille d’origine marocaine. Musulman engagé, il s’implique depuis longtemps dans des activités associatives liées à l’islam. En 2018, il a cofondé et présidé l’association des étudiants musulmans de l’Université de Milan. Il a participé à l’organisation d’un iftar public (repas du soir durant le ramadan) à Milan. Il a étudié la communication et les sciences politiques, s’intéressant à l’islam politique et aux mouvements islamiques au Maroc. Il a effectué un stage à l’ISPI1 et publié dans la presse italienne, notamment dans Il Fatto Quotidiano.

Ce n’est pas un adolescent désœuvré. C’est un adulte diplômé, expérimenté en politique et en communication, qui maîtrise parfaitement les médias et les réseaux sociaux.

Ses publications révèlent ses positions.

Dans un article sur l’islam et la gauche occidentale, il a qualifié l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 d’« acte révolutionnaire de décolonisation »…

Rappelons que ce jour-là, les terroristes du Hamas ont tué des civils, y compris des femmes, des enfants et des personnes âgées, et pris des otages. L’article, paru initialement en 2024, a ensuite été partagé par Saker lui-même, qui justifiait la violence par la lutte anticolonialiste et critiquait la gauche occidentale pour son attitude envers le Hamas.

Les services de renseignement s’intéressaient déjà à lui.

Selon les médias italiens, l’AISI avait repéré dès 2024 l’organisation« Alba Nascente » (L’Aube naissante) qu’il avait créée. Celle-ci était liée à la diffusion de propagande du Hamas et du Front populaire de libération de la Palestine, à l’organisation d’événements pro-palestiniens et à des contacts avec l’extrême gauche radicale.

Des perquisitions ont eu lieu le 24 octobre à Milan et dans la province de Brescia.

Ce que les enquêteurs ont trouvé

  • Sur l’ordinateur portable de Saker (un HP EliteBook), les policiers ont découvert un document intitulé La Révolution : mode d’emploi. Inspiré d’un manuel de la révolution égyptienne de 2011, il contenait des recommandations pour organiser des manifestations de masse et s’opposer à la police, ainsi que des illustrations et instructions liées aux affrontements de rue.
  • Deux messages destinés à Telegram, programmés pour le 24 octobre (à 14 h 31 et 15 h 31), indiquaient les lieux de rassemblement dans différentes villes. Ils devaient apparaître sur le canal du mouvement « 17 octobre ». La police a bloqué leur publication. Selon l’enquête, il s’agissait de coordonner des actions simultanées dans huit villes. Le parquet estime que l’intervention a empêché un nouveau plan d’émeutes.
  • Saker utilisait également l’intelligence artificielle. Il interrogeait un chatbot sur des stratégies révolutionnaires et s’en est servi pour préparer l’un des appels du mouvement.
  • Sur les canaux, les participants discutaient de leur volonté d’accepter un casier judiciaire pour obtenir du changement et approuvaient le saccage des banques. Les messages pouvaient atteindre jusqu’à 150 000 utilisateurs sur Instagram et Telegram. Le procureur de Milan, Marcello Viola, et le procureur Francesco Crupi estiment que le choix des lieux visait à entraver l’action de la police.

L’accusation parle d’une tentative de créer une mobilisation révolutionnaire en exploitant le mécontentement du week-end précédent…

L’ordonnance mentionne également un climat de peur : magasins fermés, barrières de protection installées, renforts policiers mobilisés. C’est ce climat d’intimidation que le parquet associe à l’objectif terroriste.

Liens possibles avec le Hamas

Le parquet de Gênes vérifie les contacts possibles de Saker avec des personnes impliquées dans une affaire de financement présumé du Hamas via des organisations caritatives. Parmi elles figure Mohammad Hannoun, président de l’association des Palestiniens en Italie, arrêté en décembre 2025. La presse a également évoqué des contacts présumés entre Saker et Falastin Dawoud, fille de Riad Dawoud, un autre suspect de cette enquête.

Un mouvement qui dépasse Saker

Les protestations ne se limitaient pas à un seul mouvement. À Turin, des militants liés à Askatasuna (extrême gauche radicale) étaient présents. Dans d’autres villes, des organisations étudiantes et des militants pro-palestiniens ont rejoint les cortèges.

Le cas de Sakermontre toutefois une tentative de fédérer un mécontentement dispersé autour d’un mouvement permanent, avec ses propres canaux, visant la démission du gouvernement.

Le ministre de la Défense, Guido Crosetto, a parlé de « guerre hybride » et d’influence sur la jeunesse via les réseaux sociaux. Le ministre de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, s’est montré plus prudent. Les enquêteurs disposent désormais d’éléments concrets : correspondances, publications planifiées, instructions et données numériques.

L’arrestation de Saker n’a pas stoppé les protestations.

Dimanche, de nouvelles actions ont eu lieu. Les organisateurs de Turin ont déjà annoncé leur intention de redescendre dans la rue le 30 octobre, jour de grève générale.

Le principal danger réside dans la banalisation de la violence au service de la contestation politique…

Le mécontentement face aux prix ou aux problèmes d’éducation peut légitimement s’exprimer…

…Mais lorsqu’apparaissent des manuels révolutionnaires, des justifications de pillages et des appels à une mobilisation permanente, il s’agit d’autre chose…

L’histoire de Saker montre à quel point le mécontentement social peut rapidement devenir un outil pour des militants radicaux.

Aujourd’hui, quelques canaux populaires, des messages bien préparés et des personnes prêtes à descendre dans la rue suffisent. L’enquête se poursuit. Prochainement, le tribunal devra se prononcer sur le maintien en détention de Saker.

L’Italie s’apprête à de nouvelles semaines de tension.

Les revendications pour une vie abordable et une éducation de qualité doivent être discutées.

Les magasins pillés, les bus vandalisés et les personnes blessées exigent, eux, une réponse concrète de la police, du parquet et de la justice… AG♦

Anton Gross, YouTube

Anton Gross est expert russophone en immigration et directeur de la société Trade & Consulting. Depuis 2002, cette société aide des candidats à l’émigration à commencer une nouvelle vie en Italie.


Traduction et adaptation : Édouard Gris

1 ISPI (Istituto per gli Studi di Politica Internazionale) est un think tank italien indépendant fondé en 1934 et basé à Milan.


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