Discours de Samuel Sandler (26 avril 2015)

Samuel Sandler
Samuel Sandler

« Mesdames et Messieurs , Chers amis

Au lendemain de la guerre, les déportés, rescapés des camps, ont souhaité qu’une célébration officielle soit consacrée au souvenir des victimes de la déportation. C’est à la suite de cette demande qu’est promulguée le 14 avril 1954, sur proposition du Président de la République, une loi qui fixe une date commémorative devant rappeler à tous ce que fût la déportation. Le dernier dimanche d’avril devient donc une cérémonie nationale, le choix de la date s’est porté sur la fin avril car c’est au cours des mois d’avril et mai de l’année 1945 que furent libérés un grand nombre de camps.

Plus de 70 ans ont passé. Le temps pour trois générations de naître. Le temps pour les témoins de disparaître. En ce dimanche 26 avril, c’est la date anniversaire de la libération du camp de Bergen Belsen.

Le président de la République se recueille en ce jour au Struthoff, camp de la mort érigé par les nazi en Alsace annexée .

Si plus de 70 ans nous séparent de ces tragiques évènements, les années 40 sont, pour nombre d’entre nous, celles de nos frères et sœurs ainés. Celles de nos parents. L’horreur de la Shoah ne fut pas seulement dans la lointaine Pologne, mais aussi ici, dans les Yvelines.

Extrait du réquisitoire définitif à l’encontre d’Aloïs Brunner, rédigé par Monsieur Vincent Desclous, premier substitut, aujourd’hui procureur de la République à Versailles : « Denise Holstein, âgée de 17 ans, se trouvait à l’orphelinat de Louveciennes. La maison fût cernée par les SS qui se trouvaient en civil, le 22 juillet 1944 à 6h du matin. Il fallait préparer les enfants qui dormaient encore, emmener le plus de choses possible, mettre tout cela en vitesse dans des couvertures, prendre aussi un peu de ravitaillement et puis sortir. Un autobus de Drancy nous attendait devant la porte. En chantant, nous avons fait le voyage jusqu’au camp. Les gosses ne comprenaient rien du tout, les plus petites étaient tout heureuses à l’idée de changer de maison…On nous fait passer au bureau pour inscrire le nom de tous les enfants et ensuite on nous dirige vers les chambres assignées…

Ce jour-là, 43 enfants furent arrêtés à Louveciennes. Le 3 août, le convoi avec les enfants arrivait à Auschwitz Birkenau.

Denise Holstein poursuit son témoignage : Ce furent des détenus du camp qui furent chargés de faire descendre les petits enfants des wagons, en les prenant dans leur bras. Beaucoup d’enfants ne se trouvaient pas prêts et n’avaient pas leurs chaussures. Ils étaient apeurés. Un des détenus fit remonter Denise Holstein dans le train. Revenant vers elle peu après, il lui décrivit en quelques mots la réalité qui l’attendait et lui recommanda de ne pas prendre d’enfants dans ses bras ou à la main si elle voulait survivre. Il ajouta en montrant les enfants « Tu vois, ça va faire du savon ». Les enfants furent ensuite regroupés dans des camions qui les emportèrent vers les chambres à gaz ».

18 juin 2014, Versailles, Préfecture des Yvelines. Des élèves de collèges et lycées rappellent le nom des 43 enfants de Louveciennes morts, assassinés à Auschwitz.

Monsieur le Préfet, Monsieur le Directeur d’Académie, comment ne pas se souvenir, à l’écoute des noms, de la phrase d’Albert Camus : « Qui répondrait en ce monde à la terrible obstination du crime si ce n’est l’obstination du témoignage ? ».

Malheureusement, un peu plus d’un mois plus tard, un mot que l’on pensait enfui à tout jamais dans les livres d’histoire fait surface en Ile-de-France. Pogrom. Pogrom, comme le définit l’historien Raoul Hilberg : « une brève explosion de violence d’une communauté contre un groupe de juifs ».

Sarcelles 20 juillet 2014, des voyous mettent à sac une épicerie cachère, brûlent des voitures et attaquent la synagogue au moyen de barres de fer. « Un tel déferlement de haine et de violence, c’est du jamais vu à Sarcelles. Ce matin, les gens sont abasourdis et la communauté juive a peur » affirme François Pupponi, Maire de Sarcelles.

Dans Paris, les 19 et 26 juillet, bravant l’interdiction de manifester de Monsieur le Ministre de l’intérieur, des élus portant l’écharpe tricolore marchent en tête de cortège ; du milieu de la foule des cris de « mort aux juifs » se font entendre….dans l’indifférence des élus présents .

Pourtant, dans son rapport sur l’antisémitisme en 2004 demandé par le 1er Ministre, Jean-Christophe Ruffin avait prévenu : « L’antisionisme radical enferme les juifs dans un piège redoutable : il les désigne ici à la vindicte de ceux qui s’identifient aux victimes de l’Etat d’Israël. Ce serait une grande lâcheté que de laisser la communauté juive se débattre seule dans ces sables mouvants….il revient aux autorités politiques d’en prendre l’initiative ».

« Que cessent les paroles, il faut des actes », c’est par ces propos que le Premier Ministre a ouvert la réunion de lancement du plan d’action contre le racisme et l’antisémitisme, vendredi 17 avril dernier.

Répondant ainsi aux vœux du Président de la République de faire de l’année 2015 de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme une grande cause nationale.

Mobiliser l’État, les collectivités locales, la société civile, les citoyens autour de cet enjeu, c’est prendre la mesure d’urgence : urgence devant la résurgence d’un antisémitisme que l’on croyait éteint, et qui n’a jamais été aussi fort depuis la fin de la guerre ; urgence devant le torrent de haine charrié quotidiennement sur internet et les réseaux sociaux par les prédicateurs de haine et des officines idéologiques, urgence enfin quand les insultes racistes et antisémites se déploient dans les cours d’école.

Parler de la Shoah, enseigner les génocides, évoquer l’esclavage, rappeler l’Histoire, toutes les histoires, doit être possible partout sans restriction, sans détour, parce que seule la connaissance peut faire reculer le venin.

Telles sont les orientations de base fixées par l’Etat qui ont concouru à l’établissement du plan d’action.

Il est à noter que dans les statistiques se rapportant aux actes antisémites, les Yvelines en sont absentes, les actes ignobles, quel qu’ils soient,sont rares , ce n’est pas le fruit du hasard.

Aussi, permettez-moi de m’adresser en ce jour à Monsieur Le Préfet des Yvelines, à Monsieur Le Procureur Général auprès de la Cour d’Appel, à Monsieur le Maire de Versailles ainsi qu’aux différents Maires des Yvelines, à Monsieur le Directeur d’Académie, pour leur exprimer notre profonde gratitude envers le soutien et le réconfort qu’ils nous apportent, et pour le travail incessant qu’ils mènent avec l’ensemble de leurs services, dans la lutte sans réserve contre l’antisémitisme. Nos marques de reconnaissance s’adressent, en cette année 2015 commencée si tragiquement dans la haine et la boue, à l’Armée Française. Plus particulièrement aux détachements qui protègent notre lieu de prière et l’école maternelle. Madame la Capitaine, soyez assurée de notre reconnaissance des plus sincères et de notre profond respect.

Jeudi 16 Avril dernier Monsieur le Maire de Versailles inaugurait « Le Carré des Siècles », ancien hôpital Richaud. Je ne pouvais m’empêcher de penser à ce jour de 1943, où l’aumônier de l’hôpital permetta à un certain nombre d’enfants juifs d’être soignés de la scarlatine. Ces enfants venaient de la maison située rue de la Croix Bosset, à Sèvres, elle faisait partie du Secours National, œuvre du Maréchal. Le curé avait fourni des certificats de baptême. Parmi ces enfants, Marcel Mengel, futur Mime Marceau.

Un peu plus tard dans la matinée, Monseigneur Aumonier s’adressera, au cours de son homélie, aux Versaillais ,le message que nous avons écrit ensemble s’inscrit dans la droite ligne de l’Eglise de France, c’est-à-dire dans la ligne des lettres de Monseigneur Saliège, Archevêque de Toulouse, et de Monseigneur Théas, Evêque de Montauban.

Venant d’évoquer l’Église de France pendant la Shoah, je ne veux oublier les actions du Pasteur Trocme de Chambon sur Lignon ni du Recteur Si Kaddour Ben Ghabrit de la Mosquée de Paris.

A l’exemple de l’entraide et de la solidarité des croyants pendant la guerre, aujourd’hui les citoyens animés par les valeurs et les richesses culturelles de leur foi, doivent partager les objectifs de l’Etat.

La contribution des religions à la transmission  des valeurs morales et de l’héritage culturel, se doit d’être un maillon fort en vue du bien commun.

Peut-être serait-ce là, pour nous tous, un utile sujet de réflexion, « le mieux-vivre ensemble » pourrait prendre alors la plénitude de son sens. » Samuel Sandler

 

 

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