Après Bruxelles : « Nous avons un destin commun, rien ne nous consolera »

Famille Riva
Famille Riva

par Samuel Sandler

L’attentat du musée juif de Bruxelles a réveillé de douloureux souvenirs chez Samuel Sandler. Dans une lettre personnelle à Ayelet et Shira Riva dont les parents ont été assassinés au Musée, il écrit : « Plaise à D.ieu que je puisse dire que la mort de vos parents soit la dernière ».

« Je suis préoccupé par l’antisémitisme en Europe », dit Samuel Sandler dans une première prise de parole depuis le meurtre de Bruxelles. « C’est arrivé à notre famille, c’est arrivé à la famille Riva, cela peut arriver encore une fois ». On se souvient de ce mois de Mars 2012 à Toulouse où Jonathan, Gabriel et Arié Sandler, et la petite Myriam Monsonégo ont été froidement abattus. Samuel Sandler a choisi d’écrire aux deux orphelines de l’attentat de Bruxelles, mû par un sentiment de communauté de destin.

Voici la lettre publiée le 5 Juin 2014 dans le quotidien Yedioth A’haonot (Chen Kotes-Bar) :

« Chères Ayelet et Shira Riva,
Je vous écris car je sens que nous avons un destin commun, des deux côtés de la Méditerranée. Vous avez perdu vos parents, j’ai perdu un enfant et des petits enfants. Notre destin est identique. J’ai pris connaissance de l’attentat et de la perte de vos parents pendant l’office de l’après-midi dans notre synagogue. Presque chaque détail de votre histoire m’a rappelé notre tragédie. Ces assassins sont arrivés prêts à tuer, et ont agi presque de la même façon en enregistrant et filmant les meurtres d’enfants et de parents. Je suis issu d’une famille de rescapés de la Shoah. Même les nazis n’ont pas enregistré leurs actes. Je suis pétrifié qu’un tel assassinat ait encore lieu en Europe. Des gens sont envoyés dans le but de tuer des juifs. Chères enfants, aucune de mes paroles ne vous apaisera. A mon grand regret, je sais que rien ne pourra vous consoler. Jonathan Eva SandlerRien qui fera revenir vos parents et la vie d’avant. Beaucoup sont venus nous consoler pendant les sept jours de deuil. L’État d’Israël, le gouvernement français, les représentants de l’Agence juive nous soutiennent. La seule chose qui m’ait un peu aidé a été de trouver des signes auxquels s’accrocher, dans lesquels je retrouve encore un peu de Jonathan et des garçons. Le temps ne guérit pas, au contraire. Quand je vois un enfant de trois ans, l’âge de mon petit-fils, je ressens de nouveau ce que j’ai ressenti lors de l’attentat. Il ne se passe pas de jour où je ne pense à mon fils et à mes petits-enfants. Chaque soir de shabat, chaque jour de fête porte son lot de souvenirs, le plus dur étant pour moi le jour de Rosh Hashana (nouvel an juif) lorsque je lis le « qui vivra et qui mourra » et que je pense à mes chers. C’est inhumain !

Je m’efforce de remplir mes journées. Le travail et les activités me « sauvent » de trop penser. Je crains que si j’arrête, je penserai à ce qui s’est passé, et qu’il sera difficile de continuer. Je sais que vous êtes jeunes et que bien sûr vous poursuivez vos études, entourées d’une famille. Cela aide. Après la mort de Jonathan, Arié et Gabriel, j’ai compris que dans une certaine mesure, les morts ne m’appartiennent plus. Notre malheur personnel est devenu celui de tous. Difficile de faire le deuil de nos enfants quand ils ne sont déjà plus à nous. Ils sont quelque chose de plus grand, de plus large, un symbole. Je suppose qu’il en sera de même pour vous.

Shira, Ayelet, je n’ai pas de mots à vous dire, mais je voudrais exprimer ici ma profonde tristesse, et je vous demande d’être fortes. Même si c’est presqu’impossible et insupportable. Plaise à D.ieu que je puisse dire que le meurtre de vos parents soit le dernier. Mais je ne suis pas optimiste. Il est question ici de haine. Des gens qui forment ces meurtriers à haïr et à tuer sans distinction, parents ou enfants. Mes enfants, vos parents. Je crains le pire, même si pour vous et pour moi, le pire est déjà arrivé. Je ne sais pas ce qu’il est possible de faire pour arrêter ça. Je sais seulement que nos êtres chers, nous les avons perdus.

Quand je serai en Israël, je serai heureux de vous rencontrer. Je pense beaucoup à vous, et à la communauté de destin qui naturellement nous lie. Je vous souhaite beaucoup de force.

Samuel SandlerBien à vous,
Samuel » ♦

Traduit par la Rédaction (article original)

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Un commentaire

  1. C trop triste mes petits enfants ont été attaqué à la hache cette semaine le soir de la veillée mais grâce à d… Qu ils n ont rien eu c en vous lisant que je réalise de la catastrophe que ça aurait pu faire je pense a vous et que d…vous donne la force

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