Le Billet d’Eva : « Giovanni Palatucci : Juste ou non ? »

Giovanni PalatucciPar Eva Naccache

Avec les différentes commémorations de la paix, des « affaires » voient le jour. Celle de Giovanni Palatucci a intéressé le très sérieux journal « Historia ».

Palatucci est né en 1909 en Campanie dans une famille pratiquante ; deux de ses oncles sont religieux. Après des études de droit, il déclare à son père qui le rêve avocat « Je veux aider les gens sans me faire payer ». C’est le moment où Mussolini veut transformer l’Italie en État totalitaire.

Il choisit d’intégrer la police. En 1936, le commissaire Palatucci, élégant, soigné, affiche une amabilité qui cache un caractère méditerranéen un peu vif. Il se laisse emporter et se désole de la bureaucratie excessive du Ministère de l’Intérieur. « Au lieu de nous envoyer parmi la population, on préfère nous laisser derrière un bureau. » va rapporter un journaliste.

Il subit une mutation punitive à Fiume (Croatie), port cosmopolite sur l’Adriatique dans lequel transitent de nombreux passagers.

Le 15 novembre 1937, il prend le poste de Commissaire des étrangers.

En 1938, chef du bureau des étrangers, il applique les lois raciales.

Les cinquante mille juifs italiens sont déclarés « ennemis de la pureté de la race » ; les mesures vexatoires suivent. Les mille cinq cent juifs de Fiume perdent la nationalité italienne, ils ont six mois pour quitter le pays. Certains s’exilent, les autres sont déclarés apatrides. Patalucci fait son travail avec sérieux, il applique les textes relatifs à ceux qui sont devenus des « étrangers ».

Arrive une vague de réfugiés juifs fuyant l’Europe centrale et de l’Est, exode douloureux.

Justes Yad vashemLa conscience chrétienne de Giovanni Patalucci lui fait dire : « Avec les lois raciales, l’Italie a touché le fond ». Mais sa conscience professionnelle exige la loyauté envers une hiérarchie antisémite. La marge de manœuvre est ténue. A-t-il pu aider ces malheureux ? Un flou sur son engagement s’installe.

En 1941, en Italie il n’y a pas encore de menace de mort pour les juifs : nouvelle vague de réfugiés venant des Balkans, après l’invasion des forces de l’Axe. Mais ces étrangers (ou apatrides) doivent être internés dans des camps à travers toute la péninsule italienne.

Au camp de Campana, l’Evêque de Salerne Giuseppe Maria Palatucci les traite avec humanité. Voilà une preuve de l’activisme du policier, preuve qui participera à sa légende.

Mais pour le centre Primo Lévi, il n’y a pas là des centaines, mais seulement une quarantaine d’internés juifs, arrivés sans aucune intervention, pas même du bureau des étrangers.

**Retrouvez les billets d’Eva Naccache**

A cette époque, dans une lettre à ses parents Giovanni déclare. « Mes supérieurs savent, que grâce à Dieu, je suis différent d’eux, nos rapports sont formels mais ne sont pas cordiaux. ». Cette tension est confirmée lors de son inspection en 1943, à la veille de l’effondrement du régime. Le compte rendu porte : « La situation du bureau des étrangers est catastrophique, le responsable inefficace, et le bureau ne s’est jamais occupé de suivre l’étranger avec vigilance » Activisme volontaire ? Laisser-aller ? Ou manque de moyens ? Nouveau flou.

Quand Fiume passe sous commandement allemand, Patalucci ne démissionne pas. Il aurait fourni des papiers d’identité à des juifs et en aurait envoyé d’autres dans le Sud libéré par les alliés. Il n’appartient à aucune organisation, aucun groupe actif, on constate juste une discrète bienveillance personnelle. On est loin de cinq mille vies sauvées…

En 1943, accusé de trahison, il est arrêté par la gestapo. En 1944, la gestapo perquisitionne chez lui et y trouve un document rédigé en anglais visant à faire de Fiume un état libre après la guerre. Pour le SS Kappler, il y a intelligence avec l’ennemi. Il s’agit d’une trahison, Palatucci est déporté à Dachau sans autre forme de procès, il va y mourir à l’âge de trente six ans, peu avant la libération du camp.

En 1950, l’oncle archevêque se mobilise afin d’obtenir une pension pour la famille.

Mystification, approximation dans l’enquête, flou encore ….

En 1990 il est déclaré juste parmi les nations et inscrit à Yad Vaschem. Il est déclaré martyr par Jean Paul II : le dossier indique qu’il a sauvé cinq mille juifs.

En 2013, le centre Primo Levi de New York, affirme que, quatre vingt pour cent des cinq cent juifs de Fiume sont morts à Auschwitz.Eva Naccache

Natalia Indrimi, directrice du centre Primo Levi détient sept cent documents qui lui permettent de transformer la légende dorée en légende noire ou…grise.

Une commission d’historiens a été créée en Italie. Conclusion en suspens. EN♦

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