« ZAKHOR ! »[1]

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Marcel Marceau

Une émouvante cérémonie le 13 février 2017 au Mémorial de la Shoah

Par Danielle Khayat*

Au début de l’après-midi de ce lundi 13 février 2017, de nombreuses personnes attendent devant le Mémorial de la Shoah à Paris. L’entrée se fait lentement, contrôle de sécurité oblige. Des visiteurs bien sûr, notamment parce que se tient en ce moment une exposition sur le thème de « Shoah et bande dessinée », mais aussi des personnes spécialement venues pour un événement bien particulier, à l’invitation du B’nai B’rith France.

En effet, cet après-midi, au Mémorial, sont honorés neuf Juifs qui ont sauvé d’autres Juifs en France.

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B’nai B’rith

Pour comprendre cette cérémonie, il faut savoir que jusqu’à une date récente, seuls ont été honorés, – et à juste titre, on n’y insistera jamais assez – les « Justes » c’est-à-dire les non-Juifs qui ont sauvé des Juifs de l’extermination durant la sinistre période nazie.

En revanche, les Juifs qui en ont sauvé d’autres pendant la Shoah restaient ignorés – comme leurs actions- d’un grand nombre de personnes, pour ne pas dire de la majorité des gens.

C’est en 2011 que cet oubli et cette injustice profonde ont été réparés par la création de la « Jewish Rescuer’s Citation » (« Citation de sauveteur juif ») par le B’nai B’rith World Center de Jérusalem et le « Commitee to Recognize the Heroism of Jews who Rescued Fellow Jews During the Holocaust » (J.R.J.) afin de « rectifier le dossier historique concernant le sauvetage juif ».

Précisons que ces deux organismes ont soumis à la Knesset (Parlement israélien) un amendement à la Loi de Yad Vashem (loi israélienne sur la Shoah) qui permettrait d’étendre la portée de l’institution aux sauveteurs juifs.

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Le nombre de Juifs ainsi honorés s’élève à 171 après la citation conjointe, ce 13 février, par le B’nai B’rith France, le Centre Mondial du B’nai B’rith et le J.R.J., de 9 sauveteurs juifs.

Certains de ces héros sont aujourd’hui décédés, mais d’autres, très âgés, étaient soit représentés soit présents. Très émus, souvent soutenus par un proche, certains n’ont pas pu dire un mot, tandis que d’autres ont insisté sur les liens toujours vivants et très forts avec ceux qu’ils appellent « leurs enfants », ceux qu’ils ont sauvés.

medaille-justesUn document a été remis au public présent, indiquant le nom et, brièvement, les actions menées par les personnes honorées pour sauver des enfants et adolescents juifs, parfois des bébés, souvent des orphelins.

Parmi celles-ci, des noms qui nous parlent à tous : Théo KLEIN et Liliane son épouse ; Gérard LOINGER et sa sœur Fanny ; Marcel MARCEAU. Et des noms moins connus, du moins par moi : Nelly WILLER et sa sœur Rachel GRUNSTEIN ; Léon ELIGOULACHVILI et son oncle Joseph ELIGOULACHVILI.

Les discours n’ont pas été trop longs, à cause, je pense, de l’âge des récipiendaires, mais tous avaient la même tonalité de respect et d’admiration pour le courage de ces personnes, souvent à peine plus âgés que ceux qu’ils sauvaient de l’horreur et de l’anéantissement. L’intervention la plus remarquable a été celle de la Représentante du J.R.J. Madame le Docteur Tsilla HERSHCO de l’Université de Bar Ilan (Israël), Historien de la résistance française et auteur d’un livre sur les sauveteurs juifs. Elle parlait parfaitement le français, et son accent de sabra – comme elle l’a indiqué- n’a nullement gêné la compréhension de ses propos. Elle a raconté comment, en discutant avec une personne du CRIF à l’occasion d’un voyage de recherches en France, la conversation est venue sur l’existence de sauveteurs juifs. Son interlocutrice lui a indiqué qu’elle connaissait une personne, Rachel GRUNSTEIN, qu’elle a ainsi pu rencontrer. En discutant avec cette dame, elle a découvert que la sœur de celle-ci, Nelly WILLER, avait également joué un rôle très important : or, elle connaissait Nelly WILLER qui travaillait depuis des années avec son propre mari au Ministère (israélien) de la Défense, mais n’avait jamais même fait allusion à ses activités durant la seconde guerre mondiale. Les vrais héros sont des gens discrets, qui n’ont jamais couru après les honneurs, et ce fut le cas de tous les gens retrouvés et interrogés par ce Professeur, qui lui ont répondu « je n’ai fait que mon devoir !».

justiceIl est important d’honorer ces Juifs qui en ont sauvé d’autres, par reconnaissance d’abord, mais aussi parce qu’il faut tordre le cou à cette affirmation tant de fois répétée selon laquelle les Juifs sont allés à l’abattoir sans se défendre. Ceux qui s’intéressent à cette période savent que c’est faux, mais les clichés ont la vie dure. DK♦

* Magistrat à la retraite

[1] Hébreu : « souviens-toi »
Communiqué officiel du B’nai B’rith de France

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