En Europe, il y a des Méchants et des Gentils

Gentil Méchant.jpgPar Liliane Messika

Les méchants sont faciles à identifier : yaka lire les journaux !
La Hongrie en est le chef de file des méchants. Elle commet un crime de lèse-bienpensance en refusant les migrants. Le Parlement européen l’a fustigée d’importance : pour la première fois, une mesure disciplinaire a été votée contre un État-membre pour violation présumée des « valeurs fondamentales » de l’Union européenne, au nombre desquelles des attaques contre les médias, contre les droits des minorités et le non-respect de l’état de droit.

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban ne s’est pas démonté : il a accusé l’UE d’avoir inventé ces griefs en représailles de son refus d’accueillir sur son sol des migrants musulmans. Pas des migrants tout court, non : des migrants musulmans ! C’est pire qu’un crime contre l’humanité, c’est de l’islamophobie institutionnalisée.

Plutôt que d’encourir pareille accusation, la France préfère les attentats, les incivilités, les prières de rue, les Indigènes de la république, les exigences incessantes pour adapter la France à l’islam et toutes ces atteintes à la démocratie et à la république qui pourrissent la vie des Français et leur donnent envie d’émigrer.

« La Hongrie et le peuple hongrois ont été condamnés parce que nous avons prouvé que l’immigration n’est pas obligatoire et qu’elle peut être stoppée » a osé le ministre hongrois des affaires étrangères, Peter Szijjártó. « Les décisions de la Hongrie sont prises par les électeurs lors d’élections législatives. (…) Vous pensez connaître les besoins du peuple hongrois mieux que le peuple hongrois lui-même (…) c’est un abus de pouvoir, qui dépasse les limites des domaines de compétence de l’Union … », a renchéri son Premier ministre.

Qu’est-ce que ça nous rappelle ?
Rome II cuvée 2005, bien sûr ! Non, il ne s’agit pas d’un rouge millésimé, mais d’un refus inattendu des Français de ratifier le projet de constitution européenne, alias Traité de Rome II. Net, le niet. En réponse à la question : « Approuvez-vous le projet de loi qui autorise la ratification du traité établissant une Constitution pour l’Europe ? », presque 55% des Français avaient répondu par la négative.

Les commentateurs, experts et analystes en sont restés sur leur derrière : ils avaient mis le paquet sur le Oui et c’est le Non qui l’avait emporté. Comment un tel déni d’injustice avait-il pu se produire ? Le CSA, garant de l’équité en matière de temps de parole, prétendait avoir calculé que celui-ci avait été à peu près équilibré (57 % en faveur du oui et 43 % en faveur du non). Mais l’Observatoire français des médias avait obtenu un résultat différent : il estimait que le oui en avait monopolisé 73%.

Comme quoi, bourrer le mou est question de temps d’antenne, mais celui-ci ne suffit pas à convaincre.

Les Français avaient dit NON, c’était NON.

Ce que nonobstant, le Traité de Lisbonne, frère puîné mais homozygote de Rome II, fut ratifié discrètement par voie parlementaire sous la houlette de Sarkozy, deux ans plus tard.

Le club des méchants s’élargit de jour en jour
La question du « vivre ensemble » est, d’évidence, celle qui fragmente le plus les États de l’Union, les États vis-à-vis de l’Union et l’Union elle-même : Mutter Merkel arrive à peine à gouverner depuis que sa générosité vis-à-vis des migrants a été rejetée par les Allemands ; la Suède a failli céder au même vilain tropisme et a vu affluer une croissante minorité d’opposants à sa gentille hospitalité…

Les gentils ont beau truander les méchants pour la bonne cause, ce sont ces derniers qui se multiplient.

Regardez les Italiens : critiqués par Macron, ils auraient dû se faire tout petits et ouvrir tout grand leurs frontières. Eh bien non. Après avoir froidement répondu à Jupiter qu’ils « n’accepteraient pas les critiques d’un hypocrite », Matteo Salvini, leur ministre de l’intérieur, continue de faire ce pourquoi son parti a été élu. Quand Bruno Le Maire lui a conseillé de ne rien changer à l’orientation actuelle, il lui a rappelé qu’il n’avait « pas sollicité la confiance et les votes de ses compatriotes pour continuer sur la voie de la pauvreté, de la précarité et de l’immigration : les Italiens d’abord ! ». C’est pourquoi il préfère s’occuper des « 5 millions d’Italiens qui n’ont pas de quoi manger », sans se laisser culpabiliser par les migrants de l’Aquarius qui refusent leur petit déjeuner en signe de protestation contre sa politique de fermeture des frontières.

En contrepartie de l’arrêt de l’immigration, il mettra en place des incitations pour que les jeunes Italiens recommencent à se multiplier afin que leur pays croisse. « À la fin de mon mandat, je ne serai pas jugé sur le nombre de reconduites à la frontière mais sur le nombre des naissances ». Ce qui ne l’empêche pas de plaider pour qu’on aide les migrants à ne pas le devenir, en aidant leurs pays, plutôt que d’aider les trafiquants d’humains à les exporter vers nos côtes.

Après islamophobe, « populiste » est l’injure préférée des médias
Dès qu’un dirigeant, ou d’ailleurs un citoyen, ne communie pas dans la bienpensancitude, ou récite le Credo du vivre-ensemble en sautant une virgule, il se voit recouvert de goudron et de plumes virtuelles et affligé de l’étiquette infâmante du « P-word ».

Dans un régime démocratique où, par définition, le gouvernement est là pour mettre en œuvre la volonté du peuple, ce mot a, curieusement, engendré deux adjectifs : « populaire », positif mais bas de gamme, et populiste, franchement négatif et limite délictueux.

Ce qui est encore plus curieux, c’est de voir la réaction d’un régime démocratique, si les dirigeants de la démocratie voisine prennent les mesures pour lesquelles ils ont été élus par le peuple : les premiers, qui recherchent le suffrage populaire, traitent les seconds de populistes, sous-entendu fascistes.

Obéir aux souhaits du peuple, ce n’est pas populiste, c’est démocrate
Pour le dire autrement, Viktor Orban et Matteo Salvini SONT des démocrates et agissent comme tels. Et ceux qui croient les insulter en les « traitant » de populistes ont un comportement réellement fasciste.

On peut regretter les décisions des peuples hongrois et italien, et si l’on est soi-même citoyen d’un de ces pays, on peut voter en sens inverse pour influer sur sa politique.

Si les gouvernements changent, le principe, lui, demeure : l’exécutif est là pour exécuter ce que le peuple souverain exige par ses suffrages.

On voit tout de suite dans quelle catégorie, de démocrate à fasciste en passant par populaire et populiste, il faudrait classer aussi bien ceux qui dirigent la vie des Français : les hommes politiques, que ceux qui croient diriger leurs esprits : les journagandistes.

Logo Liliane MessikaLes prochaines élections sont les européennes de mai 2019. Il leur reste, aux uns et aux autres, huit mois pour se rendre compte qu’ils auront à rendre des comptes…LM♦

16 septembre 2018

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3 commentaires

  1. Les valeurs fondamentales de l’UE sont la soumission totale à la volonté de l’UE, telle qu’elle est dictée suivant une recette démocratique secrète. Tout accord économique avec l’UE transforme le pays en vassal politique. Les rapports de domination avec Israël, encore plus avec la Suisse sous un Conseil fédéral craintif, sont peu commentés. Le Royaume Uni doit renoncer à toute souveraineté face à l’Irlande, hochet de l’UE. Toute résistance est futile, comme disaient les joyeux Daleks, Elle sera stigmatisée comme « hard » pour la distinguer de la bonhomie « cool » du tonton européen.
    Tout cela n’intéresse pas nos penseurs vertueux, dont Liliane Messika a déjà analysé avec talent le newspeak.
    Sommes-nous autorisés à parler encore de « talent », ou serons nous démasqués comme élitistes et, donc, islamophobes et macronophobes.

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