Destruction des tunnels du Hezbollah : signe de la diminution de l’influence régionale de l’Iran

Source : Institut d’Études sur la Sécurité Nationale de l’Université de Tel-Aviv, Carnet 1116 Yoram Shweitzer, Ofek Riemer.
11 décembre 2018

Tunnel Hezb.jpgAprès plusieurs années de surveillance, Israël a rendu public son opération de neutralisation des tunnels offensifs du Hezbollah, passant sous la frontière israélo-libanaise. L’opération s’accompagne d’un plan calculé combinant la communication autour de l’événement, la destruction des tunnels et activité diplomatique. Ceci afin de réduire le risque d’interprétation erronée des actions israéliennes et obtenir l’appui de la communauté internationale. En cas de détérioration de la situation sécuritaire à la frontière libanaise, Israël doit tirer parti de la mise au jour des tunnels, pour transmettre un message à Iran, par l’intermédiaire des États-Unis et de la Russie, afin que celui-ci s’abstienne d’intervenir dans un éventuel conflit avec le Hezbollah.

Les tunnels sous la frontière font partie d’un plan offensif terrestre, que le Hezbollah a préparé pour le jour « J », qu’il appelle, sous un nom arrogant, vantard et pompeux, « la conquête de la Galilée ». Ce plan n’est qu’un aspect de la menace pesant sur Israël de la part du Hezbollah. Par ailleurs, des milliers de missiles, implantés dans des cartiers résidentiels des villes du Liban, sont pointés sur la quasi totalité de la population civile d’Israël, établissant, du moins dans l’esprit du Hezbollah, un équilibre de dissuasion face à Israël. Les tunnels creusés par le Hezbollah devaient permettre aux cellules du commando de l’organisation, Radwan, de jaillir au milieu d’une agglomération, d’une base de Tsahal ou d’une route principale, d’en prendre le contrôle afin obtenir une « photo de victoire » pour la propagande du Hezbollah. La construction d’un mur de béton sur la frontière, commencé il y a plus d’un an et maintenant la mise au jour des tunnels, sapent considérablement le plan du Hezbollah, visant à créer une menace terrestre crédible.

La privation du Hezbollah de cette capacité, réaffirme la supériorité militaire d’Israël et affecte de manière flagrante l’équilibre de dissuasion, établi en 2006, lors de la deuxième guerre du Liban. Dans le cas de l’équilibre rompu, Hezbollah craint qu’Israël pourrait défier ses « lignes rouges » en attaquant le Liban. Cependant, comme la dissuasion mutuelle repose, d’une part sur le traumatisme causé par les roquettes du Hezbollah en Israël et d’autre part des destructions massives d’Israël au Liban, le Hezbollah est susceptible de causer des dommages à Israël à partir du territoire syrien. Par conséquent, il est fort probable qu’à part la destruction des tunnels, aucune autre action ne sera entreprise par Israël.

Même aux yeux du Hezbollah, l’action israélienne se déroulant sur le territoire de l’État d’Israël, est une action défensive légitime. Tant qu’elle le reste et qu’elle ne bascule pas sur le territoire libanais, cette destruction des tunnels ne constitue pas un casus belli. Même les politiques libanais et notamment Nabih Berri, un proche du Hezbollah, a exprimé la même position. De plus, la mise au jour des tunnels le long de la frontière prouve que le Hezbollah a violé la souveraineté israélienne et, plus grave, la résolution 1701 des Nations Unies. Par sa retenue militaire, Israël à démontré que la sauvegarde du calme sur sa frontière nord et le respect des résolutions de l’ONU, le place vis à vis de la communauté internationale dans la position de l’agressé. Par conséquent, le Hezbollah se retrouve dans une situation fort inconfortable.

De ce fait, le Hezbollah a réduit ses porte-paroles au silence, sûrement pour cause de l’impossibilité de nier les évidences et par l’ampleur de l’exposition médiatique de son incapacité à infiltrer Israël par des tunnels, et peut-être aussi, par sa peur d’escalade à ce stade, car son implication militaire dans la guerre en Syrie, a exigé un lourd tribut en sang et en argent, (deux mille morts et huit mille blessés). De plus sa situation politique au Liban, où il tente d’accroître son influence sur le futur gouvernement, devient sensiblement fragilisée. En outre, une action offensive contre Israël, dans le but de contrer son opération de destruction des tunnels, pourrait s’avérer comme une « embuscade stratégique » et servir de prétexte à Israël, pour une opération militaire plus vaste, et notamment afin de contrer la menace de missiles du Hezbollah.

Actuellement, Israël s’inquiète d’un projet des Gardiens de la Révolution iraniens, sur le sol libanais, consistant à améliorer les performances des missiles, tant en portée qu’en précision. Ces dernières années, des opérations d’Israël menées sur le territoire syrien, visaient à contrecarrer les efforts du Hezbollah, pour acheminer les missiles de précision vers ses bases libanaises. Les exigences politiques et militaires russes de limiter la liberté d’action d’Israël en Syrie, ainsi que les efforts de l’Iran pour acheminer directement (gros porteurs sur l’aéroport international de Beyrouth) des armes et des technologies, sans passer par le sol syrien, pourrait transférer l’affrontement sur la scène libanaise. Pour illustrer et justifier diplomatiquement une éventuelle attaque sur Beyrouth, Benyamin Netanyahu a présenté lors de son discours à l’ONU, des sites dans Beyrouth même, soupçonnés de stockage et d’amélioration des missiles, acheminés directement d’Iran. Lors d’une réunion urgente à Bruxelles, le 3 décembre 2018 avec le secrétaire d’État américain Mike Pompéo, Israël a signalé à la communauté internationale en général, et au Hezbollah en particulier, qu’il pourrait prendre des mesures sévères, c’est-à-dire attaquer le Liban, afin d’éliminer la menace.

Bien que l’action contre les tunnels soit une tentative de mettre la pression sur le Hezbollah afin de promouvoir une solution diplomatique à l’aide de la communauté internationale, Israël pourrait être entraîné dans une escalade, qui le mènerait vers une frappe préventive contre le projet de missiles de précision au Liban. Il en résulterait, pour Israël et le Hezbollah, une conflagration, qui ne se limiterait pas uniquement au sud Liban.

Quoi qu’il en soit, bien que la démolition des tunnels ne conduise pas à une escalade immédiate, les relations complexes et explosives entre Israël, l’Iran et le Hezbollah pourraient déboucher sur une conflagration nécessitant un pilotage fin et avisé, afin d’empêcher une guerre, qui n’intéresse aucune des parties. Israël doit continuer la destruction des tunnels, jusqu’à une complète élimination de la capacité du Hezbollah à mener une attaque terrestre sur les localités de la frontière nord d’Israël. Compte tenu du contexte, Israël a raison de mener une politique transparente vis à vis des médias, ainsi que des voies diplomatiques indirectes telles que la FINUL, pour faire passer des messages concernant les objectifs et la portée de l’opération « tunnels », destinée à stabiliser la situation sur la frontière et à prévenir une dangereuse escalade.

L’affaire des tunnels et surtout, la publication dans les médias du plan offensif du Hezbollah, devrait être exploité par Israël pour exiger, à l’aide des Etats Unis et l’Union européenne, des concessions politiques majeures telles que :

  1. Renforcer la pression sur l’Iran et le Hezbollah pour qu’ils cessent des activités subversives en Syrie et au Liban ;
  2. Améliorer les termes de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui préconisait un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah ;
  3. Examiner la possibilité d’imposer des sanctions supplémentaires sur le Liban, de manière à démontrer à l’opinion publique libanaise le lien entre l’activité terroriste du Hezbollah et les souffrances du Liban ;
  4. Exiger que le futur gouvernement du Liban adopte le principe de contrôle de ses frontières, des ports et aéroports par des instances internationales et de contraindre le Hezbollah à cesser ses menaces sur Israël. EG♦

Edouard GrisTraduit et adapté pour mabatim.info par Edouard Gris

15 décembre 2018

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