Le dernier combattant du ghetto de Varsovie est mort

Simcha-Rotem-Warsaw-GhettoUne bien triste nouvelle vient de nous parvenir d’Israël, annoncée par le président Reuven Rivlin. Le 22 décembre à Jérusalem, à l’âge de 93 ans vient de décéder Simcha Rotem-Rotayser, le légendaire « Kazik », le dernier combattant de la révolte du ghetto de Varsovie.

Il était né à Varsovie le 10 févier 1925 sous le nom de Simon Ratayser. Sa famille vivait dans le quartier populaire de Czerniakow, où les Juifs, assez nombreux, côtoyaient sans trop de problèmes les Polonais. Il a grandi parmi les enfants polonais, parlait parfaitement la langue du pays, ce qui n’était pas une règle absolue dans la communauté juive, où le yiddish restait la première langue de communication. Or cette maîtrise du polonais va devenir un point très important pendant la guerre.

Simon était l’aîné d’une fratrie de quatre enfants. Sa mère, née Minska, venait d’une famille assez prospère et déjà polonisée depuis deux générations. Elle dirigeait une savonnerie, fondée par son père Yankel Minski. La tradition juive était présentée par la famille paternelle, fidèle au courant hassidique. D’ailleurs, le père de Simon/Simcha reprit le poste de hazan[1] dans une synagogue, exercé auparavant par son grand-père. En septembre 1939, Simon et les siens habitaient toujours dans le même quartier, mais ils avaient déménagé dans un immeuble qui appartenait à son grand-père, 24, rue Podchorążych, près du joli parc Łazienki.

Lors d’un bombardement, pendant le siège de Varsovie, une bombe tombe sur la maison, en faisant cinq victimes dont un frère de Simon, tandis que lui est assez gravement blessé.

La famille Rotayser habitait assez loin du quartier juif de Varsovie où les Allemands avaient organisé le ghetto à l’automne 1940. Ils furent obligés de déménager en toute urgence et durent se contenter d’un logis très modeste dans la rue świẹtojerska, comme la plupart des personnes déplacées.

À l’époque, Simon avait 15 ans, et était membre du mouvement de jeunesse Bnei Akiva. De plus, assez rapidement, il avait rejoint l’Organisation Juive de Combats.

Pour les Juifs de Varsovie, les menaces venaient autant des Polonais que des Allemands. Dans cette situation, une personne parlant bien le polonais et pas trop « typée », avait sûrement beaucoup plus de chances de survivre. C’était précisément le cas de Simon Rotayser avec son polonais sans accent suspect, son aspect d’un gamin déluré des quartiers populaires, et avec ses papiers d’identité très sûrs : il n’était jamais inquiété quand il quittait le ghetto. Grâce à sa débrouillardise il réussit à sauver ses parents et sa sœur avant les grandes rafles de l’été 1942.

Le 19 avril 1943, les membres de la résistance juive décidèrent de passer à l’action. À l’époque dans le ghetto, il ne restait plus que 60.000 personnes[2]. Simon, qui a pris le pseudonyme « Kazik » était dans le groupe de Khanokh Gutman qui combattait dans la partie centrale de ghetto.

Dans ses mémoires[3] on peut lire : « Très tôt, à 4 heures du matin, nous avons vu les troupes allemandes arriver. Ils venaient de la rue Nalewki. Il y avait des chars, des automitrailleuses, des canons et des colonnes de SS sur les motos. Ils vont comme à la guerre, dis-je à une jeune fille qui se tenait à mes côtés. Je sentais à quel point nous étions faibles, comme nos forces étaient dérisoires. Nous n’avions que quelques revolvers et des grenades. Mais l’envie de combattre ne me lâchait pas. Enfin ils devaient nous rendre compte ».

Les Allemands pensaient que leur action allait durer trois jours tout au plus, mais en réalité les combattants juifs ont tenu plus d’un mois. Le 8 mai les dirigeants de l’insurrection préférèrent se suicider dans le bunker de la rue Miɫa. Aujourd’hui, à cet endroit, se trouve le monument à la mémoire des héros du soulèvement

À la mi-mai dans le ghetto il ne restait qu’une poignée de résistants. Les incendies, allumés par des lance-flammes, dévoraient les bâtiments l’un après l’autre.

On comptait alors une quarantaine de survivants, dirigés par Mark Edelman. Le 8 mai, « Kazik », par les canaux de canalisation réussit à sortir du ghetto pour rencontrer Yitzkhak Cukierman, connu sous le pseudonyme « Antek » déjà refugié du côté polonais et qui était en contact avec l’AK (l’Armée de l’Intérieur). Tout au long du chemin, il faisait des marques à la craie qui devaient servir pour le retour. « Antek » lui confia l’argent nécessaire à soudoyer les employés de la voierie. Il retourna avec eux dans le ghetto et prit en charge le groupe de survivants, parmi lesquels il y avait Mark Edelman. Durant 30 heures ils rampent dans toutes les saletés charriées par les égouts. Les deux Polonais ne voulaient plus avancer, « Kazik » pour les calmer, leur faisait boire de la vodka, parfois il les menaçait de son revolver. Ils arrivent enfin du côté polonais, rue Prosta. « Kazik » sort le premier pour se repérer, car un camion devait les attendre et il voit un policier municipal qui se dirigeait vers une patrouille allemande postée dans les parages. Il s’approcha de lui en disant : « C’est une action de l’Armée de l’Intérieur ». L’autre stoppa et revint sur ses pas. Le camion est venu, mais au bout de plusieurs heures, les résistants juifs attendaient dans le noir, la puanteur, les rats nageant autour d’eux… Certains voulaient déjà revenir dans le ghetto. Enfin, ils entendent le moteur s’approcher. Ce groupe se cachera ensuite pendant plusieurs mois dans la forêt à Lomianki chez des résistants polonais.

En 1944 « Kazik » et la plupart des combattants sauvés participèrent à côté de la résistance polonaise à la révolte lancée par l’Armée de l’Intérieur. Malheureusement ils ne réussirent pas à libérer la ville qui connut alors les destructions massives.

Après la guerre, Simon Rotayser devint un membre actif du mouvement Briha qui aidait les Juifs européens à émigrer illégalement en Palestine, sous mandat britannique. Lui-même rejoignit la Palestine en 1947, et il participa en 1948 à la guerre d’indépendance. Il prit alors le nom de Simcha Roten.

Il revint souvent à Varsovie pour les commémorations de la révolte du ghetto, la dernière fois en 2013 à l’occasion du 70ème anniversaire du soulèvement.

À cette occasion, il reçut plusieurs distinctions officielles polonaises : la Grande Croix de l’Ordre Polonia Restituta et la Médaille d’or de l’armée polonaise. AS

Ada Shlaen, mabatim.info

Voir aussi
Le Matin
Info Israel News

Ada Shlaen[1] Chantre (NDLR)
[2] En juin 1941 ils étaient 439000 personnes.
[3] Ce livre est disponible en anglais sous le titre Memoirs of a Warsaw Ghetto Fighter

Publicités

Laisser un commentaire. Il sera visible dès sa validation.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s