En France, on applique la loi libanaise

eiffel.jpgIl n’y a pas que les gilets jaunes : il y a aussi la Fashion Week

En temps de crise, voir un p’tit coup de mode, c’est agré-â-bleu, voir un pe-tit cou, c’est doux…

Justement, un défilé prestigieux s’est déroulé à Paris en janvier 2020, au cours duquel Elie Saab, designer libanais, a dévoilé sa pré-collection automne-hiver.

Magnifique ! Le genre de créations qui tiennent plus de la sculpture que du vêtement et que même la Princesse Margaret, du temps de sa splendeur, n’aurait pas osé porter à Buckingham Palace…

D’ailleurs, les premières qui portent ces prototypes sont des mannequins haut-de-gamme. Sont-elles les seules ? Après les défilés, on ne sait pas : les ventes sont confidentielles. Peut-être des princesses saoudiennes, dans l’intimité du harem ?

Ne pas confondre mannequins et porte-manteaux

Il y a quelques décennies, les féministes étaient… féministes, c’est-à-dire qu’elles défendaient la cause des femmes. Est-ce à dire qu’elles ne le font plus ? Disons qu’elles sont plus sélectives : elles ne s’intéressent pas aux jeunes femmes mariées de force, ni aux sociétés musulmanes, y compris dans nos « quartiers », où les femmes sont statutairement inférieures aux hommes, mais elles sont intransigeantes sur la féminisation des noms de métiers, surtout ceux qui sont prestigieux.

Or donc, en ce temps-là, les féministes découvrirent que, si la taille XXL des prototypes haute couture pour les défilés de mannequins étaient conçus en taille 36, c’est parce que les pauvres filles qui devaient les porter étaient soumises à des régimes inhumains, quand on ne leur demandait pas de se faire amputer des dernières côtes, pour faire apparaître une taille plus fine.

Scandale, questions au gouvernement, réponses embarrassées, colloques, commissions…

Et à la fin vint la loi. Enfin presque à la fin : la loi fut publiée en janvier 2016, mais le décret d’application attendit encore plus d’un an, jusqu’au 5 mai 2017. Il prévoyait l’obligation pour les mannequins voulant défiler en France, de fournir un certificat médical attestant qu’elles n’étaient pas d’une « maigreur extrême ». Il s’agissait d’ « agir sur l’image du corps dans la société pour éviter la promotion d’idéaux de beauté inaccessibles et prévenir l’anorexie chez les jeunes » et de « protéger la santé d’une catégorie de la population particulièrement touchée par ce risque : les mannequins (France TV) ».

Tampon du certificat médical fait foi

Les mannequins ne montrent plus leurs os, même celles dont la peau du dos est apparente. Quant à la peau du Q, elle n’est concernée que par le montant à débourser (!) pour acheter les créations. Et cela-ne-nous-regâârde pas !

Comment mesure-t-on la maigreur ? Avec un critère qui s’appelle IMC, indice de masse corporelle. Pour le calculer, il n’est pas nécessaire d’avoir obtenu une agrégation de mathématiques : il suffit de diviser le poids (en kilos) par le carré de la taille (en mètres).

Si vous mesurez 1m70 et que vous pesez 65 kilos, le carré de votre taille est (1,70×1,70), soit 2,89. Votre IMC sera donc 65:2,89=22,49.

Bonne nouvelle, vous êtes « normale » : un IMC normal se situe entre 18,5 et 25.

En Israël, cette loi était entrée en vigueur début 2013. Elle est plus sévère que celle qui fut votée en France, quatre ans plus tard, car elle interdit les IMC inférieurs à 18,5 alors que la France se contente de 18 tout rond. Enfin tout maigre.

Constatation faite par une Française qui porte une taille 40/42 : les mannequins israéliennes ressemblent moins que les Françaises à des extra-terrestres. Une opinion personnelle n’étant pas une information, ceci est une opinion, pas une info.

Mannequin israélien embauché puis renvoyé

Le magazine de mode MakoFashion Forward qui, comme son titre ne l’indique pas, est publié en Israël, nous apprend que Arbel Kynan a été refoulée d’un défilé de mode à Paris. Est-ce parce qu’elle était trop maigre ? Pas du tout. C’est en raison de sa nationalité, qui est la même que celle du magazine (i24news). Mais c’est interdit, ça, en France !

En effet, si le boycott d’une marque est licite dans notre pays, les articles 225-1 et 225-2 du Code Pénal interdisent ceux qui sont effectués « en fonction de l’origine, du sexe, de la situation de famille, de l’apparence physique, du patronyme, de l’état de santé, du handicap, des caractéristiques génétiques, des mœurs, de l’orientation ou identité sexuelle, de l’âge, des opinions politiques, des activités syndicales, de l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée des membres ou de certains membres de ces personnes morales ».

À Rome mange comme les Romains

Ça a l’air bateau, comme ça, mais la loi qui s’applique en France est la loi française.

Même pour les étrangers ? Voui, même pour les étrangers.

Autrement dit si, en Arabie saoudite, l’esclavage est légal, un saoudien qui vit en France n’aura pas le droit d’amener ses esclaves et de les traiter chez nous comme il le fait chez lui. Sauf s’il est diplomate.

Ah oui, sauf s’il est diplomate.

Mais sauf pour les diplomates, en France, il est interdit d’interdire de travailler à quelqu’un en fonction de son appartenance à une race, une nation ou une religion déterminée. C’est valable, quelles que soient les races, nations ou religions déterminées de l’employeur, comme de l’employé.

« Je suis arrivée à Paris pour être photographiée par une entreprise de mode très réputée qui participe également à la semaine de la mode Haute Couture » a écrit la mannequin israélienne sur Facebook. Quelques jours plus tard, elle a reçu un mail de son agence, l’informant que « le client était libanais et qu’il ne voulait pas que je participe parce que j’habite en Israël. »

Pourtant, le client, c’était le même Elie Saab qui avait créé la robe portée par l’actrice israélienne Gal Gadot lors d’une cérémonie newyorkaise en 2018. Alors quoi ?

Alors il s’était fait engueuler chez lui, au Liban, qui est en guerre contre Israël. Certes, un traité de paix avait été signé entre les deux pays, en mai 1983, mais suite à l’assassinat du signataire, Bachir Gemayel, il avait été dénoncé, dès l’année suivante, par son successeur et frère Amin Gemayel.

Bachir Gemayel n’était pas le premier dirigeant arabe tué pour avoir osé faire la paix avec l’État juif : Anouar el-Sadate avait subi le même sort en octobre 1981, deux ans après avoir signé le traité historique israélo-égyptien de mars 1979.

27 ans après l’assassinat de Gemayel au Liban, l’Israélienne Arbel Kynan est empêchée de travailler à Paris, au motif que le pays du Cèdre interdit à ses ressortissants de se rendre en Israël ou d’y avoir des contacts.

En France, le Président n’a pas le temps de s’occuper du régalien

Emmanuel Macron voit grand. Les petits problèmes des travailleurs immigrés, fussent-ils.elle.s mannequins, ça ne l’intéresse tout simplement pas. Les problèmes en général, d’ailleurs. Il préfère voyager. Justement, il est parti en Côte d’Ivoire, au mois de décembre, en compagnie d’un rappeur (le Figaro). Il aime les rappeurs, not’ Président. Quand il parle des mamans (pas des mères, hein, des « mamans »), il en cite un autre « On donnera aussi la parole aux mamans. Certains diraient ‘de Ouagadougou au fin fond du Pérou’ ». C’était le 22 mai 2018 et l’auteur de cette phrase inoubliable, à qui Macron destinait le clin d’œil appuyé, est Oxmo Puccino. C’est quand même plus glamour que « Maman la plus belle du monde » de Luis Mariano, « Si, Maman, si » de France Gall, « M’man » d’Eddy Mitchell ou « La Mamma » de Charles Aznavour. Dis-moi qui tu cites…

Le Président, il aime la musique. Celle qui s’intéresse à la haute couture, c’est son épouse, Brigitte Première Dame, à qui le sort d’une mannequin israélienne fait aussi peu d’effet que l’application de la loi française à son mari. C’est dire !

C’est dire que personne n’a rien dit et que la nouvelle n’est parue que dans la presse juive.

Serait-ce que la lutte contre l’antisémitisme n’est l’affaire que des Juifs ? Ce n’est pas ce que pense Djemila Benhabib, qui a signé une tribune, titrée « L’antisémitisme est l’affaire de tous, y compris des musulmans » dans Marianne. C’était en réaction à la publication du prêche d’un prédicateur gazaoui, appelant au djihad contre les Juifs (Sudinfo), sur la page Facebook d’un enseignant belge.

Bien entendu, il ne faut pas accuser le prédicateur d’antisémitisme, ce serait de la diffamation. Il n’est pas antisémite, le prédicateur, il est antisioniste et il se livre juste à une critique argumentée de la politique de Netanyahou en appelant à « faire trembler la terre sous les pieds des juifs et les détruire »… CA♦

stylo-plume attcCécile Attal, MABATIM.INFO

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