Médias : le poids des choix et le choc des faux

Morale au singulier, civilisations au pluriel

La différence entre « eux » et « nous », c’est que quand nous mentons, notre morale, cet absolu civilisationnel que nous avons intériorisé, nous indique que c’est mal. Alors, nous essayons de le cacher, ou de le justifier par des circonstances exceptionnelles.

À l’inverse, ceux qui sont persuadés d’être l’incarnation du bien, ou dont la morale est tout entière contenue dans un manuel du savoir-haïr l’autre, ne se soucient pas de contingences aussi bas-de-gamme que la morale ou le réel.

C’est le cas de la gauche en général (mea culpa, mea maxima culpa !) et des palestinolâtres en particulier.

Puisqu’ils sont le juste et le bien, ils se permettent de dire n’importe quoi, car leur fin (ou plus exactement la fin de leurs ennemis) justifie les moyens déshonorants qu’ils utilisent pour l’atteindre.

Ceux qui se savent exemplaires choisissent les icônes qu’ils donneront à adorer à la populace. Parmi celles-ci, il y a des dieux droits dans leurs bottes divines et des divinités par alliance.

Suha Arafat fait partie de ces dernières. Elle est à l’origine de la rumeur selon laquelle son mari, décédé du sida à l’hôpital militaire français Percy le 11 novembre 2004, était en réalité victime d’un empoisonnement perpétré par les Juifs.

Le 3 janvier 2021, elle a dit le contraire. Nul ne lui fera grief de l’accusation qu’elle avait proférée et qui a permis à la génération montante d’antisémites d’asseoir la légitimité de sa haine.

Sur son compte Instagram, la veuve luxueuse refait son monde

Yasser Arafat a été empoisonné, c’est indubitable, dit-elle. Mais pas par Israël : Suha n’accuse personne, « pas même Israël, de l’avoir tué, car jusqu’à présent, je n’ai aucune preuve contre qui que ce soit ». Elle n’accuse personne, mais elle refuse que la mort de son mari fasse partie des « batailles politiques internes (MSN) » palestiniennes.

Inutile de pratiquer en expert la lecture entre les lignes, pour saisir ce que Madame Veuve-à-cent-mille-dollars-par-mois (the Guardian) insinue, quant à la culpabilité éventuelle d’un « tu quoque fili[1] ».

Et tant qu’à réécrire l’histoire, elle s’élève contre les hauts faits que l’Autorité palestinienne d’aujourd’hui a mis en exergue pour les célébrations du seizième anniversaire de la mort du héros : la télévision nationale a retransmis des extraits de ses discours, notamment ses appels aux enfants afin qu’ils meurent en shahids pour la Palestine. Ainsi son sang à lui se répandra-t-il ad martyriam æternam sur la terre, avec le feu et la mitraille.

Les Français sont plus arafatistes que Yasser

D’après la voix de la raison que Suha prétend vocaliser depuis Malte, où elle habite désormais, la deuxième Intifada était une erreur.

La bouche de la femme du cheval ayant délivré cette phrase lors d’une interview à un journal israélien, aucun média français-de-France ne sera obligé d’en rendre compte. Ouf !

Car notre pays est le seul à continuer de prétendre que cette campagne de violence et d’attentats, débutée le 30 septembre 2000, a été une réponse spontanée de la rue palestinienne à la visite du député Ariel Sharon sur le Mont du Temple (alias « Esplanade des mosquées » en français médiatique), situé en territoire israélien, en surplomb du Mur des Lamentations.

Pour le reste de l’humanité, sa veuve incluse, cette initiative avait été préparée par Arafat lui-même pendant les discussions de Camp David. « Je ne sais pas qui l’a convaincu (Yasser Arafat) de mener une Intifada alors qu’il était en pleine négociation d’un processus de paix. Je lui ai dit qu’il devait arrêter les attaques du Hamas parce qu’elles finiraient par conduire à une guerre civile. J’ai expliqué qu’après les attaques du 11 septembre, personne ne voulait voir plus d’explosions et que les gens ne voulaient pas d’effusion de sang (JPost) », a-t-elle déclaré à un quotidien israélien.

Les Français s’accommodent mal de la réalité

Cette aversion pour les faits et les chiffres se traduit même chez les enfants. On a pu, tristement, le constater lors du dernier classement Trends in International Mathematics and Science Systems (TIMSS), où nous sommes avant-derniers (Ministère Éducation).

Bien que d’innombrables fautes de français défigurent nos médias écrits, depuis l’avènement du Web, les journalistes (en tout cas ceux qui ont fait des études) proviennent d’une filière littéraire. Est-ce leur absence de formation en maths et en sciences qui est la cause de leur répugnance pour la rigueur ou est-ce cette carence qui les a guidés dans leur choix professionnel ? Peu importe. Seul compte aujourd’hui le résultat.

Dans sa lettre de démission à l’équivalent américain de notre QuotidienVespéralDeRéférence, le New York Times, la journaliste Bari Weiss a écrit :

« un nouveau consensus a émergé dans la presse, mais peut-être surtout dans ce journal : que la vérité n’est pas un processus de découverte collective, mais une orthodoxie déjà connue de quelques clercs, dont le travail consiste à informer tout le monde. (…) Les histoires sont choisies et racontées de manière à satisfaire le public le plus étroit, plutôt que de permettre à un public curieux de s’informer sur le monde et de tirer ses propres conclusions. On m’a toujours appris que les journalistes étaient chargés d’écrire la première ébauche de l’histoire. Maintenant, l’histoire elle-même n’est plus qu’une chose éphémère, modulée pour répondre aux besoins d’un récit prédéterminé (Bari Weiss). »

Lucidité, honnêteté intellectuelle et courage : démissionner d’un titre prestigieux, pour garder la confiance de sa conscience. Les journaux se ressemblent, ce n’est pas le cas de TOUS les journalistes.

L’orthodoxie des clercs est souvent refusée par le bas peuple

Mondialisation oblige, il n’y a pas l’épaisseur d’une aile de papillon entre les dogmes de part et d’autre de l’Atlantique. Le corollaire se vérifie : son rejet par le vulgum pecus, la multitude ignorante dont Vouzémoi faisons partie, est également globalisé.

Ce dogme se résume à quelques principes de base. D’un côté, il y a le bien, alias la gauche, qui ressemble à toutes les minorités : bonne, généreuse, juste, ouverte à l’Autre et détachée des contingences matérielles. De l’autre, il y a le reste de la population, le mal, comparable à tous les mâles blancs hétérosexuels : égoïste, ignorant, injuste, raciste et bêtement attaché au réel.

On ne devrait donc pas être surpris que la minorité médiatique, généreuse et ouverte à autrui, méprise avec agressivité ceux qui ne pensent pas comme elle, ou qu’elle soupçonne de penser différemment, voire de penser par eux-mêmes.

Comment ces parangons de vertus vont-ils rendre compte des nouvelles positions de la veuve d’Abou Djihad du saint Keffieh ? Bari Weiss connaît la réponse : cette histoire ne satisfera pas l’élite du public le plus étroit qui lit le New York Times là-baset Le Monde ici. Ils choisiront donc de lui en épargner le récit. On parie ?

On a gagné d’avoir perdu

On n’évoque pas en vain le silence des journaux, on le prouve : à la recherche « Suha Arafat 2ᵉ intifada erreur », le 6 janvier 2021 à 21 heures, (trois jours après sa déclaration) six titres, en tout et pour tout, avaient traité le sujet en français : Le monde juif, JForum, Info-Israël News, Desinfos, la Ligue de défense juive et L’observateur (un site marocain).

Dans les journaux et sites d’info mainstream, rien, nada, whallou.

La veuve du réfugié palestinien né au Caire en 1929, du fait qu’Israël occuperait Jérusalem en 1967, n’a pas fait une déclaration qui méritait le Prix Pulitzer. Mais étant donné que la moindre construction légale dans les territoires disputés a les honneurs des Unes occidentales, on pourrait trouver étonnant que la divulgation détonante n’ait pas eu droit à une seule ligne dans un média national.

On pourrait, mais ce serait hypocrite : en réalité nul n’a plus besoin de preuve que Bari Weiss a bien décrit la situation. Les journaux choisissent les histoires et la façon dont ils les traitent en fonction d’une idéologie bétonnée dans la bien-pensance.

La bien-pensance accouche du complotisme

Quand le pékin lambda, qu’il soit français ou américain, voire chinois, se rend compte que sa réalité quotidienne est à des années-lumière de ce qu’il lit/voit/entend dans ses médias, il peut décider de ne plus s’informer. C’est là une tendance minoritaire. La grande majorité de ces citoyens étrangers à l’irréalité de leurs médias choisit de s’informer « ailleurs », « autrement », sur des sites « alternatifs ».

L’expansion de la Toile, au début du troisième millénaire, a eu le même effet que la libération des ondes au début des années 1980 : on a vu fleurir des sites à thématique microscopique et durée assortie, d’autres qui sont devenus des incontournables. Mais ils sont innombrables, ceux qui fournissent aux orphelins de la représentation médiatique des raisons de se sentir intégrés à un club d’initiés à une théorie, fût-elle fumeuse.

De la même façon que les partis politiques bien-pensants s’étiolent au profit d’extrémismes, à force de promouvoir des positions humanistes qui défavorisent les « vraies gens », les médias mainstream perdent leur audience au profit de sites complotistes, aussi surréalistes dans leurs théories qu’ils le sont, eux, dans leur dogmatisme.

Allô, Mars ? À quelle heure part la prochaine navette ? LM♦

Liliane Messika, MABATIM.INFO

[1] « Toi aussi mon fils ? » en César dans le texte, quand il vit Brutus, son fils de cœur, au nombre de ses assassins.

3 commentaires

  1. non…Arafat n est pas mort du sida…
    il est mort d un cancer.
    lequel ?
    c est tres simple…
    le cancer du colon 🙂

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  2. Il y a longtemps que j ai refuse de subir les media’s !
    Je n ai plus aucune consideration pour la tres grande majorite des journalists devenus les adeptes de goebbels ,surtout quand ils desinforment sur mom pays .(le pays des Juifs )!

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