L’histoire des colonisations est ignorée et abandonnée aux manipulateurs qui surfent sur l’ignorance

L’image de la colonisation aujourd’hui, c’est : exploitation, injustice, esclavage.

Les définitions du verbe coloniser cherchent à distinguer deux situations différentes, dans l’une de gentils colons peuplent un territoire, dans l’autre de méchants colons exploitent un territoire, le mettent sous leur dépendance économique, imposent leurs lois avec ou sans violence. Ce qui distingue les deux situations c’est le fait que le pays était ou non déjà peuplé. Cette distinction est un peu spécieuse, car la terre depuis plus de dix millénaires est en fait totalement peuplée, même si elle l’est plus ou moins densément. Le Canada, les États-Unis d’Amérique, l’Australie… avaient des populations qui ont depuis totalement perdu le contrôle de leur territoire.

On distingue aussi les colonies de peuplement, où des colons permanents prennent possession de la terre, expulsent ou marginalisent les peuples autochtones, mais s’identifient à la colonie ; des colonies d’exploitation axées sur l’utilisation économique, politique et stratégique de la colonie, mais où les colons viennent temporairement, ces colonies sont des comptoirs ou s’inscrivent dans le cadre d’un empire.

L’Europe est très attaquée au sujet de ses ex-colonies

De tout temps, dans tous les hémisphères des pays ont été colonisés, mais seuls les Européens sont aujourd’hui blâmés, en particulier pour leurs colonies africaines. Pour ces dernières, tout est parti du prince portugais Henri le Navigateur (1394 – 1460) qui a parrainé de nombreuses expéditions le long de la côte ouest de l’Afrique, car il voulait briser l’emprise musulmane sur les routes commerciales avec l’Asie. Il a ouvert la voie aux explorateurs portugais ultérieurs et à la création de l’empire portugais au XVIᵉ siècle. Il a aussi commencé une plantation de canne à sucre qui avait besoin de beaucoup d’ouvriers, il a donc importé des esclaves d’Afrique. Ce plan a été copié dans le Nouveau Monde.

En Afrique, au XVᵉ, XVIᵉ et début XVIIᵉ ne sont créés que des points relais pour la route des Indes, et le commerce d’esclaves qui était organisé par les grands royaumes africains : Bénin, Dahomey, Ashanti, Oyo. Il faudra attendre 1652 pour qu’au Cap, 90 premiers colons hollandais s’installent. Ce n’est qu’au XIXᵉ que les Européens explorent l’intérieur du continent africain (Park, Clapperton, Laing, Caillé, Lander, Livingston, Burton, Speke, Stanley), alors qu’en parallèle les pays européens abolissent l’esclavage. À ce sujet, ce n’est qu’à la fin du XXᵉ que l’abolition de l’esclavage a été acquise dans la plupart des États de la planète (les derniers : Pakistan 1992, Niger 1999).

De la colonisation de l’Afrique

C’est à l’initiative du roi des Belges Léopold II que se tient en 1872, une conférence internationale en vue

« d’ouvrir à la civilisation la seule partie de notre globe où elle n’a pas encore pénétré »

et de lutter contre la traite des noirs par les musulmans. Il y aura aussi à Berlin un Congrès, en 1885, pour fixer les règles de bonnes conduites entre puissances européennes pour la colonisation.

Il y a eu autant de formes de colonisation que de pays colonisateurs en particulier en matière d’administration et de rapport aux populations locales, mais dans tous les cas les colonisations à partir de la fin du XIXᵉ ont réalisé une quasi fin de l’esclavage dans les colonies. En France, la colonisation est une grande idée de la gauche de l’époque avec Ferry & Gambetta, alors que la droite de l’époque ne voulait que des stations maritimes pour faciliter le commerce. De grands écrivains comme Victor Hugo & Zola par exemple sont pour la colonisation, d’autres sont contre comme Maupassant. La colonisation est vue comme un vecteur des idéaux de 1789 par Jaurès, et la doctrine Ferry vise à la création d’un empire avec des objectifs : économiques (chercher des débouchés pour la France), philosophiques (faire connaître les lumières, la colonisation est une croisade libératrice), politiques (rayonnement de la France en tant que grande puissance).

Les colonies françaises ont été un fardeau

Ferry s’est trompé, sur le plan économique les colonies n’ont pas été intéressantes. Les placements financiers surtout publics très peu privés ont créé des débouchés pour quelques industries vieillissantes qui ont travaillé dans un contexte de protection. Les produits en provenance des colonies étaient généralement surpayés par rapport aux prix du marché international (par exemple en provenance d’Algérie : minerais, liège, alpha, vins, agrumes, blé dur… jusqu’au pétrole après l’indépendance).

Les investissements dans les colonies représentaient chaque année jusqu’à 22 % de tous les investissements français, il aurait mieux valu faire ces investissements en France. Finalement, le coût de l’empire était sans commune mesure avec ce qu’il rapportait et tout cela a été payé par des augmentations d’impôts en France et de moindres développements en métropole. Cette vision macroéconomique n’est pas incompatible avec l’enrichissement de certains avec des retours profitables aux partis politiques de droite comme de gauche.

La repentance demandée par l’Algérie n’a aucun sens pour les Français

La France a conquis Alger en 1830 avec l’aide de tribus locales, l’Algérie alors est morcelée, non unifiée, sans infrastructure, le Dey dépend de l’Empire ottoman qui a lui-même commencé son délitement. Jusqu’à la fin du règne de Napoléon III, l’Algérie est un royaume arabe sous administration militaire française, ce n’est qu’après qu’on est allé vers une politique de colonisation, au moment où la France s’est, comme sept autres pays européens, créé un empire.

L’empire français a pris fin par une décolonisation durant laquelle, sauf en Indochine, elle ne fut pas imposée à la France, même en Algérie où elle résulte de la volonté politique unilatérale du Général de Gaulle et du vote des Français, le FLN qui a appelé à boycotter le référendum n’a pas été suivi par la population musulmane qui a voté.

Les Européens d’aujourd’hui ne sont pas condamnés à vivre sous la pression d’une culpabilité coloniale, l’Afrique est responsable de ses résultats actuels qui ne sont pas la faute des colonisations qui sur les plans de la création d’infrastructures, de l’agriculture, du commerce, de l’industrie, de la fin de l’esclavage, de la médecine, de l’alimentation, du recul de la mortalité infantile… et même en partie de l’éducation ont été des succès.

Cependant, il est vrai que l’histoire des colonisations et des décolonisations devrait être mieux établie et enseignée. Le mot de la fin revenant à un élève pour qui

« la décolonisation était nécessaire, car on ne peut pas laisser les enfants en vacances dans des colonies toute l’année ».

Est-ce le résultat de l’enseignement d’aujourd’hui ? À vous de voir (YouTube) MB

Michel Bruley, MABATIM.INFO

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