L’enfance de la grand-mère d’Israël

Lecture pour BIMI

Une biographie inédite de la prime jeunesse de Golda Meir, traduite par Pierre Lurçat, vient de paraître.

Quelques lecteurs français seront peut-être assez courageux pour lutter contre l’antisionisme politiquement correct au point de lire ce livre.

Ces lecteurs ne le savent pas, mais ils sont des BIMI : Bien Intentionnés Mal Informés. Ils sont plus nombreux que ne l’imaginent les rédacteurs en chef des médias mainstream.

Les BIMI tomberont probablement de leur chaise en découvrant les valeurs fondatrices qui ont guidé les jeunes pionniers du début du XXᵉ siècle (on ne les traitait pas encore de « colonisateurs ») : Golda Meir les définit comme

« le travail juif, la défense juive, la vie collectiviste, le travail de la terre, la volonté de maintenir l’union des ouvriers… »

En effet, explique Lurçat, c’est le sionisme travailliste qui les avait conduits à « renoncer à une vie plus facile et confortable pour devenir des paysans et des travailleurs » :

– Premier choc : le sionisme n’est pas une malfaisante créature d’extrême-droite ;

Deuxième choc : les Juifs ne sont pas tous des richissimes exploiteurs de petits Palestiniens mal nourris.

Du XIXᵉ siècle au troisième millénaire

– Troisième choc (pour les BIMI les plus nuls en maths) : Golda Meir est née au XIXᵉ siècle (en 1898) dans la Russie tsariste. Son grand-père paternel avait été kidnappé à domicile à l’âge de 13 ans et enrôlé de force dans l’armée (pas encore rouge, même si les communistes conservèrent la tradition). Il y resta les 13 années suivantes.

« On essaya de le forcer à se convertir, y compris au moyen de tortures physiques… mais il ne céda pas. C’était apparemment un homme très ferme dans ses convictions religieuses » explique sa petite-fille, qui ne l’a jamais connu.

Golda est née à Kiev, une grande ville interdite aux Juifs. Mais son père étant menuisier, cela faisait de lui un artisan qualifié, au lieu d’un Juif. Kiev, c’était la gamme au-dessus du shtettl dont la famille était originaire, mais ce n’était pas Byzance. D’ailleurs, à l’époque, Byzance s’appelait Constantinople et, dans l’empire ottoman auquel elle appartenait, les pogroms étaient monnaie courante. Les souvenirs que la jeune Golda (née Mabovitch), garde de Kiev, ce sont justement les pogroms et puis « la gêne et la faim ».

Même avant le communisme, le rêve américain touchait les Juifs russes

Golda avait cinq ans quand son père émigra aux États-Unis. Ce n’était pas encore Byzance, mais déjà le Pérou : trois ans plus tard, il avait gagné assez de dollars pour payer la traversée à sa famille. Dans l’intervalle, la mère et ses deux filles avaient vécu à Pinsk, chez le grand-père maternel. Le chat étant parti, une souris, la sœur aînée de Golda, s’était engagée dans le mouvement révolutionnaire socialiste sioniste.

– Quatrième choc pour les BIMI : le sionisme politique, qui date de la vague des mouvements d’émancipation nationale du début du XXᵉ siècle, était d’abord socialiste et non colonialiste ou impérialiste, comme l’en accusent systématiquement les « antisionistes ».

Golda avait donc huit ans quand elle débarqua dans le Nouveau Monde. Elle gardait de la Russie « le souvenir des cosaques, les marécages de Pinsk, la vie de misère à Kiev, les cris provenant du poste de police… »

Elle parlait russe et yiddish. Elle s’imprégna aussitôt de l’anglais et des idées révolutionnaires de sa sœur.« De mon père », dit-elle, « j’ai hérité l’obstination.… De ma mère, j’ai reçu l’optimisme. »

Le père était obstinément opposé aux activités politiques de ses filles. Outre la politique, ses parents refusaient à Golda des études supérieures : elle rêvait de devenir institutrice (hérédité maternelle optimiste). À quatorze ans, elle fugua donc pour rejoindre sa sœur à Denver (hérédité paternelle obstinée) et poursuivre ses études. Elle y rencontra Morris Meirson, peintre publicitaire. Ils se marièrent en 1917. La révolution russe naissait. Golda avait 19 ans.

Dernier exil, fin de l’exode

Golda Mabovitch, épouse Meirson émigra en Palestine avec sœur, neveux et mari comme seuls bagages en 1921. Deux semaines auparavant, des émeutes anti-juives avaient fait 150 morts à Jaffa. Les parents Mabovitch les rejoignirent cinq ans plus tard. Elle avait quitté l’Amérique « avec un sentiment de pleine gratitude pour ses qualités… la liberté qui y régnait, les possibilités qu’elle offrait à l’être humain et la beauté de ses paysages. »

L’exil de Russie avait été guidé par la volonté de fuir un régime impitoyable et l’espoir d’un mieux-être matériel, celui d’Amérique était motivé par un idéal sioniste bien plus puissant, qui impliquait, en toute connaissance de cause, une considérable régression matérielle.

Elle eut l’occasion de faire la synthèse de ses expériences russo-américano-israéliennes en matière de démocratie lorsque, première ambassadrice de l’État juif renaissant en Russie, elle fut interrogée par des femmes russes sur sa fille, membre d’un kibboutz :

« Je leur dis qu’elle cuisait le pain. Elles furent stupéfaites : elles pensaient qu’en tant que fille de diplomate, elle était certainement la directrice du kolkhoze… »

Les BIMI doivent être plein de bleus, à force de tomber de leur chaise, car la réalité du kibboutz est de nature à leur causer encore un choc. C’est, en effet, la seule expérience mondiale de communisme qui n’ait pas transformé l’utopie en tyrannie.

La suite appartient à la grande Histoire

Golda Meirson devint Meir tout court en 1956. Elle fut la quatrième Premier ministre d’Israël (1969-1974) et la troisième de son espèce, après Sirimavo Bandaranaike au Sri Lanka (1960) et Indira Gandhi en Inde (1966).

Pour autant, son féminisme pragmatique tranche sur les récriminations des #Me-Tooeuses contemporaines :

« Je ne suis pas une grande admiratrice de cette forme particulière de féminisme qui se manifeste par les autodafés de soutien-gorge, la haine de l’homme ou les campagnes contre la maternité. Mais j’avais le plus grand respect pour ces femmes énergiques, qui travaillaient dur dans les rangs du mouvement travailliste… en Palestine. Cette sorte de féminisme constructif fait vraiment honneur aux femmes et a beaucoup plus d’importance que de savoir qui balaiera la maison et mettra le couvert. »

De son expérience personnelle, elle retint une reconnaissance vis-à-vis de son mari (dont elle se sépara en 1940) « pour de nombreuses choses que je n’ai pas reçues à la maison et que lui m’a transmises », ajoutant qu’elle était « capable de recevoir en abondance de ceux qui m’entourent ».

En français, cela s’appelle tolérance et c’est âprement combattu par le wokisme auquel se convertissent des néo-féministes qui lui feraient horreur.

L’honneur de l’une est l’horreur des autres

Ce qui ferait horreur aux intersectionnelles de tout poil, c’est une déclaration de Golda Meir adressée aux Palestiniens après la guerre des Six jours :

« Nous pourrons sans doute un jour vous pardonner d’avoir tué nos enfants. Mais il nous sera beaucoup plus difficile de vous pardonner de nous avoir contraints à tuer les vôtres. La Paix viendra quand les Arabes aimeront leurs enfants plus qu’ils ne nous haïssent. »

De quoi bouleverser les BIMI, s’ils vont jusque-là ? Pas les Palestiniens, en tout cas…

Quarante quatre ans après sa mort, elle n’a toujours pas été entendue. LM

Liliane Messika, MABATIM.INFO


NB : une version abrégée de cet article est parue sur Causeur

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